Polémique sur l’absentéisme : on touche le fond.

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Vous est-il jamais arrivé de souhaiter être né bien plus tard ? Ca m’est arrivé récemment. J’ai imaginé que si j’avais 10 ans de moins, je rentrerais en classe de sixième, et au lieu de regarder avec envie le magasin de bonbons stratégiquement situé à deux minutes des grilles de mon collège, je pourrais pousser la porter, acheter toutes sortes de trucs gélatineux rouges, verts ou multicolores. Et tout ça parce que ma maman et mon papa m’auraient dit la veille : « tu as été à l’école aujourd’hui, Nicolas Sarkozy apprécie, voici cinq euros mon enfant. »

Génial, non ? Puis ça augmente comme l’argent de poche, car un seconde n’a pas les mêmes besoin qu’un sixième, et l’assiduité devient plus difficile parce que évidemment, la motivation s’use avec le temps. 10 euros pour un seconde, 10 euros !


Non mais, il y a des gens qui racontent n’importe quoi. Nicolas Sarkozy ne veut pas payer les enfants, il veut augmenter les subventions des classes qui parviendront à de bons résultats d’assiduité. C’est en Angleterre, là bas, qu’ils paient les écoliers ! Ah oui, c’est pas pareil. Tu as oublié la négation mon enfant, c’est un euro de moins sur ta paye ! Et si tu continues à massacrer la syntaxe, tu vas carrément payer des impôts sur ton revenu !

Les professeurs de certains établissements rencontrent de grandes difficultés pour affirmer leur autorité, convaincre les élèves d’aller en classe, de les écouter et de leur obéir. Avoir un moyen de pression aussi merveilleux que le financement de sucreries (ou de cigarettes, ou de voyages scolaires) apparaît séduisant.
Non mais, il y a vraiment des gens qui racontent n’importe quoi, et qui ne comprennent rien, a dit Richard Descoings hier soir (lors de la conférence de Martin  Hirsh à Sciences Po). Pourquoi tant de déchaînement de « bien pensance » (sic) nous a-t-il dit avec emphase ? Enfin, vous ne voyez pas que ce système est exactement le même qu’une bourse ? Et vous y êtes allés vous, dans les lycées professionnels ? Les lycéens ont tous atterris là par hasard, sans orientation, parce qu’ils n’avaient pas de bons parents derrière pour obliger le conseil de classe à les envoyer en lycée général ! Qu’y a-t-il de scandaleux à donner une carotte à des élèves qui n’ont pas envie d’aller à l’école parce qu’ils sont mal orientés ?
Non mais, je fais définitivement partie des gens qui n’ont rien compris à ces arguments. Si les lycéens des lycées professionnels sont mal orientés, pourquoi ne pas s’attaquer au système d’orientation ? Personne ne nie cette inégalité féroce de la fin de troisième, où ceux qui passent en lycée général et technologique sont très souvent ceux issus de familles favorisées. Mais donner de l’argent à des classes, pour qu’elles puissent acheter des ordinateurs ou des voitures, alors que leurs élèves ont déserté les bancs de l’école, à quoi cela peut-il bien servir ? Ceux qui ne se rendent plus au lycée se moquent pas mal de pouvoir partir en voyage ou acheter des ordinateurs.
Puisque cette ressemblance frappante entre ce système et le système des bourses m’avaient échappée, supposons que mes capacités intellectuelles sont au plus bas. Je vais donc en toute humilité, au milieu de ce débat de haute volée, me contenter de poser des questions.
Pourquoi un sujet aussi central que l’éducation des jeunes est toujours traité sous des angles aussi réducteurs que l’absentéisme, ou la violence scolaire ? Parce qu’il faut bien commencer quelque part, ou parce que ce gouvernement est incapable de produire une politique globale ?
Pourquoi l’école devient-elle systématiquement le support de toutes les politiques sociales ? Tout le monde –y compris Richard Descoings dans son combat contre la « bien-pensance » - a reconnu que le problème de l’absentéisme venait avant tout d’un contexte familial défavorisé. Ne faudrait-il pas dès lors mener une politique sociale, sans rapport avec l’école, pour aider ces familles, et laisser à l’école son rôle éducatif ?
Est-ce vraiment à un professeur de motiver ses élèves pour que ceux-ci viennent en classe ? Notre jeunesse  défavorisée est-elle si bête qu’elle ne comprend pas ce que l’éducation nationale peut lui apporter de merveilleux en termes d’avenir ? Ou est-ce l’éducation nationale qui n’est plus capable d’offrir un avenir à ces jeunes ? Et si oui, pourquoi diable dépenser de l’argent pour lutter contre l’absentéisme ?

La politique de l’éducation est LE chantier de l’action publique, car il détermine la vie de toute une génération. L’aborder par petits bouts, par mesures ridicules, est presque un crime, contre les millions d’enfants à qui on promet l’égalité des chances.

La politique de l’éducation est aussi un merveilleux chantier pour la gauche, pour qu’enfin on puisse porter des propositions cohérentes et novatrices au service des grands idéaux que sont l’égalité et la liberté, permises d’abord par une éducation complète, gratuite, laïque, obligatoire.  Quand on a en face, un gouvernement qui en est réduit à jeter des pièces de monnaie du haut de sa tour pour appâter les enfants au lieu de se donner les moyens d’une grande vraie belle politique, ça ne devrait pas être difficile de faire mieux. C’est même un devoir politique.

M.P.

Publié dans Education et jeunesse

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