Quelques réflexions personnelles sur Copenhague

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

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C’est donc fini. Après deux semaines de négociations intenses et difficiles, la COP15 a pondu un accord politique, vague et qui ne fait même pas consensus. Cet accord n’est au final que la confirmation de ce que tout le monde savait avant la conférence : les désaccords entre certains blocs sont encore majeurs et la route sera longue pour trouver un accord qui puise mettre tout le monde d’accord. Quelles leçons peut-on tirer de cet échec ?

Tout d’abord, mon sentiment personnel. J’ai de plus en plus le sentiment d’appartenir à une génération trahie. Nous sommes trop jeunes pour être réellement responsables de la détérioration du climat, c’est un fait. Néanmoins, il est de plus en plus certain que nous serons la première génération à devoir faire face aux catastrophes climatiques de grande ampleur. La lutte contre le réchauffement sera le fait géopolitique marquant du XXI° siècle, et notre génération devra apprendre dans un environnement où les ressources sont plus rares, dans lequel le mode de vie de nos ancêtres a transformé la nature en un élément potentiellement hostile. Dans notre situation actuelle (notre génération ne sera au pouvoir que dans une vingtaine d’années), nous ne pouvons compter que sur la bonne volonté de nos dirigeants politiques, qui à l’évidence ne semble pas exister. Les hommes et femmes les plus puissants du monde viennent d’échouer à se mettre d’accord pour que nous puissions continuer à vivre convenablement sur cette planète. Rien de physiquement trop dramatique pour nous autres, l’Europe sera moins sévèrement touchée que d’autres par le réchauffement, mais à mes yeux, ces leaders se sont discrédités durablement (ô ironie) vis-à-vis des générations suivantes. Cette génération a eu rendez-vous avec l’histoire et a raté ce rendez-vous. Bien sûr Copenhague ne sera qu’une étape, et peut-être que les négociations aboutiront dans un an à Mexico City. Cependant, en termes politique et symbolique, les dirigeants du monde ont échoué. De plus, ce délai, et surtout le retard dans la réduction des émissions va tout simplement condamner plusieurs nations à la disparition, notamment les petit pays insulaires.

you-control.pngLa question logique qui suit ce constat d’échec est : que puis-je faire ? Après tout, il est normal de se sentir complètement dépassé par les enjeux climatiques, en particulier quand on voit à la télévision les grands de ce monde ne pas réussir à résoudre le problème. S’ils ne peuvent rien contre le réchauffement, qu’est-ce que j’y peux ? En fait, tout. Les accords climatiques globaux ont pour but de créer une architecture mondiale qui mette tout le monde à la même page et qui donne une réelle visibilité aux actions de chaque pays. Ils ne nous dispensent pas de changer nos styles de vies. C’est bien d ‘avoir des objectifs, encore faut-il les remplir. Les négociations auraient probablement été plus aisées si les pays développés avaient respectés leurs engagements précédents de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et qui sont les pays développés ? C’est moi, c’est vous. Il est plus impératif que jamais que notre génération ne s’engage pas dans la reproduction du mode de vie de nos parents. Nous ne pouvons simplement pas nous le permettre. C’est de nous que viendra le vrai changement, à tous les niveaux. C’est donc nous qui devons nous mobiliser et prendre en main notre propre futur. Si nos responsables ne peuvent ou ne veulent pas le faire, nous devons le faire pour nous-mêmes. Aujourd’hui, ne pas s’engager pour préserver l’environnement, c’est être criminellement négligeant.

Un autre aspect de la conférence de Copenhague me semble intéressant : son rôle géopolitique. Le système actuel est un système de relations internationales, qui se trouve être insuffisant pour gérer cette menace globale et multiforme qu’est le réchauffement climatique. On l’a bien vu pendant les négociations : chaque délégation était là pour défendre son bout de gras, et pas pour arriver à une solution générale qui puisse résoudre un problème qui touche virtuellement tous les pays. Aucun accord n’a été trouvé car le Sénat américain défend avant toute chose l’intérêt économique de ses entreprises, et parce que la Chine fait naturellement la même chose. Nous pâtissons de l’incapacité des dirigeants actuels de se projeter dans un monde global, interconnecté. Dans ce monde, ce qui se passe chez toi a une grosse influence sur ce qui se passe chez moi et donc nous avons une responsabilité croissante l’un envers l’autre. Or ce système ne peut mener à une coopération efficace si et seulement si les acteurs agissent de manière responsable. Or, qu’avons-nous vu pendant ces deux semaines ? Nous avons vu les deux titans planétaires refuser de faire le moindre compromis. Nous avons assisté au spectacle paradoxal de la Chine et des Etats-Unis se tétanisant de peur que toute concession ne profite à l’autre. Il est désormais évident que ces deux pays vont régir le sort du monde pendant un moment. Et il est assez effrayant de voir qu’ils ont le même degré de confiance l’un envers l’autre que l’URSS et les USA pendant les glorieuses heures de la Guerre Froide. Si le système international doit évoluer, cela doit passer par une meilleure coopération sino-américaine. Copenhague a aussi clairement démontré que le monde ne sera pas uniquement bipolaire. Je pense qu’il s’agit plus d’un multipolarisme pyramidal : deux nations au sommet, une couche intermédiaire, et le reste. Une chose est certaine : l’Union européenne ne sert pour le moment à rien. Jamais Sarkozy, Brown et Merkel n’auraient dû représenter l’Europe dans les réunions à huit-clos avec les USA et la Chine. Ils n’avaient aucun mandat pour négocier au nom des 27, et ont dû intervenir pour défendre les intérêts européens. Sans leadership unifié, l’Union continuera perpétuellement à jouer en-dessous de sa catégorie.

Enfin, je pense que nous avons assisté à Copenhague à un phénomène sociétal de grande envergure : l’expression d’une conscience mondiale naissante. Jamais la mobilisation pour un enjeu international n’avait atteint cette intensité. Jamais on n’avait vu autant de personnes de toutes origines réunies dans un seul et très précis but, pour agir ensemble et non pas pour s’opposer. Jamais une telle force de proposition et de réflexion n’a été mise en marche auparavant. L’échec de nos dirigeants est d’autant plus patent qu’ils avaient le soutien de leurs opinions publiques et que, contrairement par exemple aux réunions de l’OMC, la société civile dans sa totalité avait fait bloc pour les soutenir. Je n’ai évidemment ni le recul ni le savoir nécessaire pour juger de cela, mais j’ai l’impression que le climat est le ciment qu’il manquait pour bâtir une conscience collective mondiale, et que Copenhague aura servi à catalyser cette multitude de mouvements, associations, ou même peuples qui ne demandaient qu’à s’unir sous une même bannière. Je sais qu’il s’agit d’une vision très naïve, mais je pense qu’une dynamique s’est exprimée à Copenhague qu’il ne sera pas simple à arrêter.

climate-change.pngLe succès c'est d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme disait Churchill. De l’enthousiasme, il va en falloir pour faire face à la douche froide et aux désillusions que ressentent toutes les personnes qui s’engagent d’une manière ou d’une autre pour la protection de notre planète. Mais ne désespérons pas : Copenhague n’est qu’un contretemps, certes plein de conséquences, mais nul ne doute qu’un accord sera trouvé prochainement. C’est le moment ou jamais de maintenir une pression constante sur les décideurs politiques pour que la mobilisation qui a mené à Copenhague ne s’effondre pas. Les négociations sont virtuellement au point mort après plus de deux ans, certains pays voient leur survie sérieusement menacée, l’Afrique risque d’être dévastée par le réchauffement. La situation est grave, et le futur est pire. Mais tant qu’il y aura des négociateurs, citoyens, ONG ou hommes politiques qui se battront sur le front du climat, nous pouvons toujours espérer que nous serons un jour à la hauteur de ce défi sans précédent.

 

Romain I.

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