Refaire de l’UE une fierté

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

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L’objectif serait-il de nous persuader que l’UE n’est que barrières, entraves et contraintes, qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Que la critique soit muse des Eurosceptiques et des Europhobes, je ne peux que le déplorer, argumenter contre, mais en rien m’en étonner. Il n’en est pas de même de mon avis, à l’égard de ceux qui se proclament pro-européens, gauche et droite confondues, et qui pourtant peinent à défendre un bilan européen. Il apparaît alors judicieux de se prouver à nouveau, que l’Union Européenne est au regard du passé un bel objet, ce qui ne contraint pas à délaisser toute ambition pour l’avenir.

 

 

« Il fallait régler la crise née en 2005, et le Traité de Lisbonne en constitue une réponse - imparfaite mais - nécessaire. » Telle est l’opinion qui traverse les rangs des défenseurs de l’UE. Sans occulter les améliorations institutionnelles qui demandent toujours à être mises en œuvre, ne serait-il pas plus judicieux, afin de faire accepter l’UE dans les chaumières européennes, de savoir en vanter les mérites, ce qui est plus ardu politiquement, demande une plus grande exigence argumentative, bref, qui nécessite plus de courage ? Car l’UE demeure un objet qui a servi les intérêts des peuples européens, et parmi eux, ceux du peuple français. Nous assistons à une sorte de retour à la mode des sentiments nationaux. Ces derniers soufflent chaud et froid dans plusieurs régions. L’UE incarne le projet dont le but est de les tempérer, pour faire d’un passé douloureux et destructeur, un simple souvenir. Après 60 ans de paix entre ses grandes puissances, après la fin de la guerre dans les Balkans, l’Europe est aujourd’hui la région la plus stable du monde. Dès lors, plutôt que de fustiger, à longueur d’interviews la défense des intérêts nationaux, la règle de l’unanimité, le manque d’allant des dirigeants de l’UE, (ce qui est, au demeurant, vrai) nous pourrions aussi souligner que l’UE constitue un exemple inégalé dans le monde de coopération internationale, de mutualisation d’intérêts diversifiés. Il ne faut pas oublier que les PECO ont vécu pendant 40 ans sous le joug soviétique et que la volonté de respirer l’air de l’indépendance et de la souveraineté est donc compréhensible. Bien entendu, le jour où la règle de l’unanimité au Conseil Européen aura totalement disparu, au profit de la double majorité, voire de la majorité simple, où le rapport de force Conseil Européen/Commission se sera rééquilibré, la situation sera meilleure ; pour autant celle d’aujourd’hui n’est pas catastrophique.

 

On peut regretter que seul le Parlement Européen soit élu au suffrage universel direct, et que ce dernier, bien que voyant ses pouvoirs augmenter au gré des traités, ne soit pas plus puissant, qu’il ne puisse pas, par exemple voter au même titre que le Conseil les recettes de l’UE, ce qui permettrait sans doute que le budget de l’UE dépasse 1% de son PIB. Pour autant, à y regarder un tableau moins noir, on peut aussi y voir que tous les organes de l’UE découlent directement ou indirectement du vote des électeurs. Au Conseil Européen, ce sont des dirigeants nationaux, élus explicitement ou implicitement au suffrage universel direct qui font la décision. Les Commissaires Européens sont choisis par ce Conseil et doivent être investis par le Parlement Européen, après audition. Et ce Parlement Européen, élu au suffrage universel direct, n’hésite pas à se servir de son pouvoir de censure. Aussi Barroso se vit contraint en 2004 de ne pas choisir l’italien Boutiglione (coupable de propos homophobes) comme commissaire aux libertés, le Parlement menaçant de refuser la Commission entière si ce dernier y figurait. En janvier 2010, Roumania Jeleva, ministre bulgare, nommée six mois plus tôt au poste de Commissaire de la coopération internationale et de l’aide au développement, fut obligée de renoncer à son poste devant le refus du Parlement, au motif de soupçons de fausses déclarations fiscales, et de contacts de son mari avec la mafia russe

 

En ce qui concerne les réalisations concrètes, il est évident qu’il vaut mieux être dans l’UE, qu’à côté. C’est tout d’abord le cas sur le plan économique. Comme une illustration qui éclaire le texte, le cas irlandais : le “oui“ au Traité de Lisbonne coïncide avec des difficultés économiques qui étaient moins probantes au moment du “non“ initial. Idem pour l’européisme d’urgence de l’Islande. D’autre part, l’Euro a prouvé ses vertus, parmi lesquelles, la stabilité monétaire. Parce que la monnaie unique inspire plus la confiance des investisseurs que le franc, la lire et le peso en d’autres temps, la crise n’a pas entrainé une chute des monnaies dans ces pays, qui aurait fait explosé les déficits publics et le poids de la dette, de manière plus importante encore. (Que ceux qui s’apprêtent à m’opposer le cas de la Grèce gardent leur plume au chaud. La situation hellénique est issue d’une falsification des comptes publics par les deux anciens gouvernements, et d’une spéculation (encore une !) sur la dette grecque, permettant d’augmenter les taux intérêts des emprunts de l’Etat grec). De la même manière, l’Euro a permis de développer les échanges intra-zones, dans laquelle plus aucun obstacle ne s’oppose à l’échange.

 

D’un point de vue politique, diplomatique, l’UE apparaît comme la seule chance des pays européens de peser sur la scène internationale. Constatons tout d’abord un fait : de la même manière que lorsque le Royaume-Uni et la France dominaient le monde, ils s’appuyaient sur un vaste empire colonial peuplé, l’Inde, la Chine, le Brésil s’étendent sur de grands territoires, et reposent sur une importante population. La démographie est un facteur essentiel de la hiérarchie internationale. Or, pour peser dans les négociations de l’ONU, de l’OMC, la France, nue sans son défunt empire, tout comme ses voisins, ne pourra guère influencer grand-chose. En revanche, l’Union Européenne, en tant que telle, constitue une force démographique à peu près équivalente aux Etats-Unis (imaginez avec l’intégration de la Turquie !). Elle est d’autre part, la première puissance commerciale mondiale, et attire ses voisins, qui souhaitent pour beaucoup y adhérer. Si les vieux européens veulent peser demain, l’UE sera leur seul vecteur. Le passé proche a déjà illustré la capacité de l’UE à peser par sa production de normes. Ses exigences envers les PECO au cours du (long) processus d’intégration, ont encadré, avec succès, le passage de ces démocraties populaires vers des démocraties libérales à économie de marché, ont permis la mise en route du rattrapage économique. Les exemples espagnols et portugais symbolisent le succès de ce processus.

 

Il ne s’agit pas de poser un regard naïf et indulgent sur l’intégration européenne. Au contraire l’exigence et l’audace me paraissent être les meilleurs leviers de progrès. De nombreuses questions restent en suspens. « La norme sans la force » (cf. le livre éponyme de Zaki Laïdi) sera-t-elle suffisante pour faire de l’Europe une puissance globale ? Quels projets à venir ? Quel projet pour finalité ? Plus concrètement, une armée européenne plus puissante sera-t-elle nécessaire ? La politique sociale, la politique d’emploi, la fiscalité intégreront-elles le cercle des politiques communautaires ? Autant de questions dont l’absence actuelle de réponses frustre les europhiles dont je fais partie. Pour autant, un des meilleurs moyens de redonner force et vigueur à l’UE est d’en dynamiser le soutien populaire. Dès lors, il me semble nécessaire, indispensable, avant d’évoquer les limites, les nouvelles ambitions voraces et légitimes, de savoir souligner, avec pédagogie les réussites de l’UE. Une Europe expliquée et reconnue pour ses vertus sera plus appréciée qu’une Europe dont chacun critique la bataille qui n’a pas encore eu lieu, occultant celle qui vient d’être remportée. Au nom de l’effet Placebo, le propos politique mériterait donc d’être rééquilibré entre bilan et objectif, afin de donner à l’Union Européenne plus légitimité politique, de mieux servir son ambition.

 

 

Timothée L

Publié dans Europe

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Sharky 23/02/2010 17:27


Bon alors, ça dort ou ça bosse, rien sur les Régionales qui approchent?

Et puis j'attends avec impatience la photo de l'Iphone 3G+ de fonction de Mme Hidalgo qui montre que Mr Soumare était en train de donner la soupe aux petites soeurs des pauvres sur les faits qui
lui étaient reprochés...

C'est Dray qui doit l'avoir mauvaise! Que dire de Hamon qui plaidait pour l'attentisme judiciaire à son propos et qui là fait les gros yeux paternalistes.
Pour Huchon rien de plus normal, entre collègues, a moins qu'ils ne se soit pris une mornifle pour une investiture sous contrainte.

Ce qui est drôle, c'est que vous petits militants courageux, sans casier, avec un haut niveau... allez pâtir de la discrimination positive en voyant des avions sortir des cités et vous manger sous
le nez des fromages pour lesquels vous avez bati votre plan de carrière. Mais bon, vous pourrez toujours vous présenter aux concours de fonctionnaires en étant dirigés par des Soumaré. L'arroseur
arrosé.

Ce qui est malheureux, c'est la répercussion ultra négative que l'incompétence du PS en quête démago sur la diversité à tout crin, va déverser sur les bons français d'origine étrangère sans casier,
qui travaillent dur... Eux vont la subir de plein fouet. Merci qui, merci le PS.

Elle est belle l'équipe PS de l'IDF, tous au gnouf!


Lucas B 13/02/2010 22:54


Fervent Européen, et membre du Parti Socialiste, j'ai lu ton article avec beaucoup d'intérêt. Il me semble ouvrir de nombreux débat d'intérêt.

Je me permets juste de répondre à ton dernier paragraphe.
Il me semble que plus que de dépeindre une image positive de l'Europe,il faut surtout enlever aux citoyens ce sentiment de "subir" l'Europe. Tu l'as très bien dit, l'Europe se démocratise. Tout
bien calculé, l'image antidémocratique de l'Union est peut être abusive. Le Traité de Lisbonne a étendu à presque tous les sujets la codécision, et le contrôle du budget Européen incombe maintenant
intégralement au Parlement (qui d’ailleurs a tendance à l’exercer pour peser sur les domaines où il n’a aucune autorité, spécialement les politiques extérieures de l’Union). Le Parlement fait
aujourd’hui jeu égale avec le Conseil des Ministres de l’Union.

Tu l’as aussi dit, le meilleur moyen de redonner force et vigueur à l’UE, c’est d’y lancer une dynamique citoyenne (je dirais même que c’est le seul et unique moyen depuis l’arrêt de la cour
constitutionnelle Allemande de Karlsruhe).

Mais cette dynamique citoyenne ne peut pas naitre d’un débat sur l’aspect positif ou négatif de l’Union. Ce débat a déjà eu lieu en 2005, et il sera très certainement toujours biaisé.

Non, cette dynamique ne peut naitre que de l’espoir suscité par les positions fortes prise au sein du Parlement Européen. Le Parlement est l’avenir institutionnel de l’Europe, mais cet avenir ne se
concrétisera pas si nous ne parvenons pas à en faire une structure légitime aux yeux des Européens.

Et j’entends très clairement par « nous » le parti socialiste ainsi l’ensemble des autres formations politiques présentes dans l’hémicycle européen.

Dans quelle mesure l'image négative de l'UE n'est-elle pas le fruit de l'action des partis politiques au sein du PE? Qu'elle image renvoie un parti socialiste européen qui vote les yeux fermés (à
l'exception des socialistes français) une Commission Barroso II qui s'annonce aussi médiocre que la précédente. Comment espérer une vision positive de l’Europe au sein des populations après les
nominations totalement opaques (et avec la bénédiction de plusieurs gouvernements socialistes) du Président de l'UE et du Haut Représentant? Qu'elle espoir peut bien donner au citoyen l'image d'un
parti socialiste européen qui donne sa confiance à Catherine Ashton, inconnue dont l'incompétence semble de plus en plus criante?

Il est grand temps que le parti socialiste européen prenne ses responsabilités. Il n’est pas normal, à mon sens, que le PSE soit inscrit dans ce que Cohn Bendit a très justement appelé la «
coalition des hypocrites ».

Le rejet de l'accord SWIFT est déjà un exemple extrêmement positif de la capacité d'action du PE. Il ne fait aucun doute pour moi que les retombées médiatiques de ce vote ont été très valorisantes
pour l'Union. Il faut continuer dans cette voie, et faire du PE l'institution où le citoyen est au cœur de toutes les attentions.

L’Union est ce qu’elle est. Maintenant que le Traité de Lisbonne donne une latitude bien plus large au Parlement, il est temps que les partis poussent pour que l’Union devienne ce que les peuples
européens en attendent.


Les Bisounours en folie 11/02/2010 15:44


Racisme ordinaire en France

93 : Elodie, collégienne de 15 ans lynchée par une cinquantaine d’élèves

11 février 2010, 14:09 | Auteur : François | Bookmark and Share |

Elodie, 15 ans, a découvert malgré elle “le jeu de la boule” le 18 janvier dernier, à la sortie du collège René Descartes au Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis. Sans raison particulière,
cette adolescente de 15 ans a été encerclée par plusieurs dizaines d’élèves et frappée à de nombreuses reprises.
“Tu es morte à la sortie”


Section socialiste de Sciences-Po 11/02/2010 19:57


Cher les bisounours en folie ,

Autant il n'y a pas de problème à lire sur le blog tes critiques des articles. C'est la règle du jeu démocratique.
En revanche, je te demanderais de ne pas poster des commentaires qui n'ont aucun rapport avec le sujet de l'article. La prochaine fois qu'un commentaire de la sorte sera posté, je suis désolé de te
dire qu'il sera supprimé.