Voir à l'horizon

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Pour la première fois depuis 1970, le seuil aussi tragique qu’historique du milliard d'affamés dans le monde a été franchi. À l'occasion de la semaine de l'alimentation, un rapport conjoint de la FAO et du Programme alimentaire mondial estime en effet qu'une personne sur six souffre désormais de la faim.

 

Devant ce terrible constat, que faire ?  Plus que jamais, nous, socialistes, devons remettre l’universalisme au cœur de notre philosophie. Le combat pour la dignité humaine dépasse nos seules frontières et se situe au niveau de la planète toute entière. Ce n’est  « ni une question de générosité, ni de morale », mais une question « d’adresse postale », comme nous l’a appris Gilles Deleuze : « Tu vois à l’horizon, tu sais simplement que cela ne pourra pas durer, ces milliards de gens qui crèvent de faim et cette injustice absolue. On considère que ce sont là les problèmes à régler. Et ce n’est pas se dire simplement : il faut diminuer la natalité. C’est trouver des arrangements, les agencements mondiaux. Etre de gauche, c’est savoir que les problèmes du Tiers Monde sont plus proches de nous que les problèmes de notre quartier ».

 

Dès lors, quels agencements mondiaux la gauche doit-elle soutenir pour réformer les politiques commerciales et agricoles qui maintiennent actuellement les pays en voie de développement dans la dépendance ? Sur quels leviers appuyer afin de mettre un coup d’arrêt à la volatilité des cours des denrées alimentaires ? Comment investir massivement dans l’agriculture des pays du Sud ?

 

Plus que jamais, la résolution de ces interrogations centrales passe par un engagement résolu des socialistes dans l’unification politique européenne. Loin des tentations souverainistes, les hommes et femmes de progrès se doivent de penser le monde en projetant leur réflexion au niveau du seul échelon qui vaille désormais : celui du Vieux Continent. C’est que l’exacerbation de la mondialisation nous a conduits à méditer sur la vieille - et bonne - intuition de l’internationalisme prolétarien : puisque les nations font écran à la résolution de la question sociale, la mission historique des socialistes doit être de façonner des solidarités politiques dans un espace plus étendu permettant de faire face au déploiement du capital.

Cette conviction nous invite à militer pour une véritable Europe-puissance, capable de peser dans les négociations sur le commerce mondial et pouvant offrir un contrepoids de taille à la libéralisation des forces économiques et financières. Aussi, face à la crise alimentaire mondiale, les socialistes européens gagneraient à proposer un ambitieux plan de coopération qui viendrait faire échec à la spéculation sur les prix des denrées alimentaires et soutenir le commerce équitable de façon structurelle. En outre, les progressistes européens doivent porter haut l’idée que tout accord commercial conclus par l’Union comporte désormais des clauses en faveur des droits humains, sociaux, environnementaux des habitants des pays partenaires, dont l’application serait vérifiée par ces derniers.

On le voit, les socialistes ont vocation à proposer une politique de développement exigeante et réinventée. Face aux iniquités du monde, Simone de Beauvoir affirmait avec raison que « ce qu’il y a de scandaleux, dans le scandale, c’est qu’on s’y habitue ». Il revient aux socialistes de ne jamais, eux, s’y habituer.

Clara B.

Publié dans Point de vue militant

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