"Y'en a marre des grévistes!"

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

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Cette phrase vous semblera sans doute provocatrice: le droit de grève reconnu depuis 1884 constitue un droit pilier au sein de la "famille" socialiste: et pourtant ce droit subit des attaques quotidiennes et que celui d'entre nous qui n'a jamais râlé contre la Sncf ou la Ratp se manifeste.
A la veille des fêtes de fin d'année, la grève des conducteurs du RER A qui dure depuis près de quinze jours arrive à point nommé pour jouer le rôle de catalyseur voire de "défouloir" pour les usagers exaspérés comme pour le citoyen lambda...
Il ne s'agit pas de revenir dans les détails  sur les revendications ni de me prononcer sur leur justesse ou non: c'est le plus important me direz-vous! Il serait tentant de se lancer dans ce débat, j'entends déjà les arguments:
"Quoi une augmentation de salaire d'au moins 120 euros nets plus une prime de 30 euros au cas où le RER serait à l'heure ? Pour des conducteurs  payés 2800 euros nets en fin de carrière qui travaillent à peine quatre heures par jour et qui prennent les usagers en otage (eh oui parce que les grévistes ne sont plus seulement des empêcheurs de tourner en rond mais des délinquants, des terroristes...) ?"

Et c'est vrai: que dire à cette femme obligée de se lever deux heures plus tôt pour partir à son travail? Que dire à ces gens qui attendent dans le froid sur les quais qu'un RER se manifeste et qui regardent leur montre en songeant à ce que leur dira leur employeur quand ils arriveront avec une heure de retard?
On voit toute l'habileté de ce raisonnement au cas par cas qui consiste à recueillir des témoignages qui nous brisent le coeur et nous font prononcer le fameux "Oui quand même, ils exagèrent à la Ratp"

Le discours est toujours le même! L'histoire que nous entendons est toujours la même: nous n'avons qu'à changer les personnages principaux...

Je vous propose un autre exemple:
"Les profs qui défilent dans la rue y en a marre! 10h de cours par semaine et les vacances scolaires: mais de quoi ils se plaignent? Et invirables par dessus le marché! C'est tellement facile de prendre les élèves en otage à la veille du bac ou d'empêcher des étudiants qui paient pour leurs études de passer leurs examens!"

Et c'est vrai: que dire à cet étudiant qui bosse chez MacDo pour payer ses études et qui voit ses examens reportés en septembre ou à un étudiant de SciencesPo dont les parents auront payé 13000 euros de frais de scolarité à qui l'on demande de venir manifester plutôt que de réviser ses examens (ou de se prélasser dans le fauteuil rouge du BDE en écoutant radio RSP - la radio de Sciences PO).
Je vous ai épargné l'exemple des fonctionnaires de la Commission européenne qui décrochent pourtant la palme de la grève injustifiée dans la presse européenne et les commentaires des lecteurs... mais on pourrait continuer cet exercice pendant des heures: une autre fois je me livrerais à une rétrospective de la bataille menée en bonne et due forme contre les chercheurs, ultime symbole de l'"inutilité sociale".

C'est pour cela que je souhaiterais m'extirper de ce raisonnement au cas par cas qui ne nous avance pas à grand chose. Je commençais cet article en parlant de "défouloir": la grève est devenue un défouloir pour tous les gens qui n'en peuvent plus, qui travaillent dans des conditions souvent difficiles et ont du mal à joindre les deux bouts, qui vivent dans une insécurité sociale (pour reprendre le mot de Robert Castel) perpétuelle...

Qui peut encore nier que nos sociétés sont dans un profond malaise? Or qui dit malaise dit besoin d'un bouc-émissaire et c'est là que les politiques de stigmatisation entrent en scène....ce que le pouvoir en place manie avec habileté depuis bientôt trois ans.

Mais le malaise auquel nous assistons n'est pas civilisationnel, il est profondément social dans une société dans laquelle nous oublions progressivement les notions basiques de solidarité et de collectif.
A tout recentrer constamment sur l'individu, le consommateur,  nous oublions que la dégradation des conditions de travail (car au final c'est aussi voire surtout de cela qu'il s'agit) est le résultat  Les grèves auxquelles nous assistons ne sont que la partie visible de politiques qui depuis des décennies visent à en finir avec le statut de "fonctionnaire à vie" et le service public gratuit et universel.
Les attaques quotidiennes faites à l'encontre du droit de grève, même si elles peuvent être justifiées sur le plan individuel, ne doivent donc pas être prises à la légère. Les grandes ruptures sont souvent le fruit d'un long processus de maturation, de socialisation: le droit de grève est petit à petit remis en cause, par nos parlementaires à travers la loi sur le service minimum, mais aussi par nous mêmes à travers nos critiques...ou notre absence de réaction.
Mon professeur d'économie avait coutume de dire "Quand vous voulez tuer votre chien vous dites qu'il a la rage": je pense que le pouvoir en place en a fait son mot d'ordre et la grève du Rer A est aussi là pour nous le rappeler, même si "Quand même la Ratp...!"

ML

Publié dans Point de vue militant

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Sharky 07/01/2010 10:18


Salut Elsa
Loin de moi l'idée de remettre en cause le droit de grève. Ma démonstration visait juste à mettre en évidence l'insupportable réalité. Rien ne justifie ces grèves, ce sont juste des catégories
archi privilégiées en situation de dominance et de monopole qui abusent largement d'un droit pour leurs seuls intérêts sur le dos de la communauté. Et ils sont poussés, soutenus et encouragés à
l'escalade par des syndicats à la ramasse qui sont en concurrence sauvage sur ces derniers bastions.
On parle souvent, à raison souvent, de patrons voyous mais là c'est pareil voire pire, ce sont des salariés et des syndicats voyous. Ils piochent dans la caisse de force, c'est pour moi assimilable
à un détournement de fond et tout aussi condamnable et insupportable. Ils le font juste légalement mais ils le font en plus (c'est pire qu'un détournement privé) sur des deniers publics à
l'encontre des intérêts collectifs.

De plus, aidés par des syndicats irresponsables, enfermés dans des guerres intestines qui font monter la sauce, ils vont à l'encontre de l'ensemble des intérêts des autres salariés. Ce sont eux qui
empêchent et discréditent le droit de grève, ils le détournent et le monopolisent, le rendant inabordable pour d'autres catégories qui en auraient elles sans doute bien plus besoin.

Aujourd'hui les grèves et les syndicats sont les seuls luxes de la fonction publique focalisés sur la SNCF, la Poste et l'Enseignement. Pourquoi parce qu'ils sont restés coincés à l'époque de la
lutte des classes alors que le Monde a évolué, mais pas eux. Les syndicats se réduisent comme peau de chagrin parce qu'ils ne sont pas crédibles, ils sont recroquevillés sur ces quelques bastions
et se livrent une bataille féroce entre eux avec de faux combats pour préserver leurs « parts de marché ».
Cette mentalité et cette incompétence font que les syndicats ont désertés la sphère Privé, laissant à l'abandon des millions de salariés dont des patrons voyous peuvent abuser tranquillement. Oh il
y a bien des grandes grèves sporadiques dans le Privé mais généralement c'est déjà trop tard et l'affaire est déjà entendue et pliée. Ca fait juste de la Pub médiatique aux syndicats.

Le syndicalisme à la française est une honte, des incompétents, des apparatchiks, des notables qui ne sont assis sur rien et gueulent très fort de temps en temps pour exister. Ils ne sont ni
crédibles, ni réalistes, ni constructifs que ce soit vis à vis du patronat et pire des salariés, les chiffres d'embrigadement même dans les bastions le démontrent.
Un vrai syndicalisme moderne à l'Allemande pourrait exister mais il faudrait repartir d'une page vierge ce que les actuels locataires squatteurs ne laisseront jamais faire. Dans cette affaire tout
le monde est content, syndicalistes qui détienne un seul pouvoir abruti de nuisance, le patronat qui se joue de ces pantins, les quelques catégories caution privilégiées qui abusent à loisir de cet
avantage. Il n'y a que les salariés qui sont livrés à eux même et quand ça se passe mal (loin d'être la règle fort heureusement), la minorité de petits malins s'en sortent bien, la majorité morfle.
Mais ça les syndicats et les agents du RER A s'en balancent pas mal, ils ne perçoivent pas l'once d'une responsabilité là dedans, ils dorment tranquille avec le sentiment du devoir accompli et
surtout les poches pleines. Mais quand on rempli ses poches (surtout dans la fonction publique), on en vide d'autres.


Elsa 07/01/2010 02:18


Et si, au contraire, croire au droit de grève et vouloir le défendre c'est penser que
- la grève est quelque chose de suffisamment fort et il ne faut donc pas en abuser ni l'utiliser à tort et à travers pour qu'elle ne perde pas de sa force;
- les moyens d'action doivent évoluer. La grève est démocratique, la prise en otage de certains usagers (si si, utilisons le mot qui n'est pas caricatural) est un scandale. Surtout quand les
usagers les plus touchés ne viennent pas des hautes classes...

Deuxièmement, il y a un énorme fossé entre le droit de grève d'un entreprise à l'autre. Là où les syndicats sont puissants et organisés, faire grève est possible, et c'est un moyen d'action utilisé
sans trop de difficulté. Avec légimité, bien évidemment !
Sauf que dans une petite PME, il est en pratique quasi-impossible de lancer une grève, notamment du fait de la précarité des emplois.

Le vrai combat pour défendre le droit de grève c'est donc de dénoncer les grèves abusives là où il y en a (typiquement, celle du RER A), et de s'engager pour améliorer le droit de grève là où il
n'est pas appliqué.


Sharky 30/12/2009 13:06


Salut les progressistes égalitaristes. Alors là chapeau pour défendre une caste qui milite dans le sens inverse.
Mais au nom du Droit de Grève, au nom du Droit à la défense des intérêts acquis, au nom du Droit syndical, au nom du Droit de quelques catégories qui pourraient voter pour vous (ce qu'elles ne font
pas forcément) vous justifiez ce Droit de minorités à entuber grave un système et la majorité des français mais pour quels Devoirs en face. Le sacro saint Service Public, mais il est ou et
s'adresse à qui si ce n'est à ces petits apparatchiks terroristes en situation de monopole.

Tout cela comme votre diatribe n'est que du blabla, je vais cependant l'étayer comme à mon habitude de quelques données bien factuelles et pointer là ou ça fait mal.
Comme tous les ans à la même époque, on a droit à notre petite grève à la SNCF / RATP. On devrait s'y habituer mais visiblement la coupe déborde de plus en plus. Pourquoi? Peut être parce que le
commun des mortel subit lui une crise mondiale qui apporte son lot de stress, craintes et autres sur leur propre avenir et que les états d'âme des nantis qui pourrissent la vie des autres et
l'activité économique (des pertes/coûts indirects sur l'économie de quelques 400 millions d'Euros est évoquée pour cette grève!) . Côté gréviste, la crise connait pas.
On rentre à la RATP/SNCF à partir de 20 ans avec CAP minimum
Evolution salaire base brut RATP de 2001 à 2007 = +18,65% soit 3,1% / an (pas beaucoup de français ont eu droit à un tel traitement sur la période),
Prime moyenne 2007 par agent = 680€ (+110% vs 2006)
Plus de 98% ont un statut à vie qui les préserve de tout licenciement!
Retraite moyenne à 53,7 ans (RATP) vs 61 ans pour le régime général. 29 ans de cotisation moyenne pour 29 ans de retraite moyenne (hors reversion qui dégrade encore plus l'ensemble) à un taux qui
n'a rien à voir avec le régime général, bien évidemment déficit chronique (400 millions actuel qui devrait tripler en 2050) payé par les autres. On paye plus de 2 fois moins sa retraite à la RATP
pour toucher beaucoup plus, champagne!
Avantages liés à la quasi gratuité des transports sans compter les multiples résidences de vacances pour 2€ 6 cents...
Plutôt pas mal comparativement aux millions d'autres salariés.

Alors pourquoi on fait grève? Ah oui, il paraît que la SNCF a fait des profits, il y a donc du pognon et il faut le redistribuer, logique. Exigeons donc une petite prime de 150€ supplémentaire mais
sans contrepartie hein que de l'inconditionnel. Sauf que la SNCF a un déficit structurel de plus de 40 milliards qui coute entre 10 et 12 milliards par an au contribuable français, soit 1000 € net
par contribuable payant l'impôt et prenant le train ou pas. Mais ça ils s'en foutent pas mal les agents.

On fait grève pour les autres aussi, quoiqu'on l'entend un peu moins celle là, elle a fait son temps.

Oui mais nous à la RATP, on a un travail bien plus pénible que les autres (les acquis viennent des Michelines à charbon). Leur espérance de vie moyenne à 82 ans n'explique pourtant pas cette
pénibilité annoncée. Allons donc voir ailleurs comment est gérée cette pénibilité et comparer ce qui est comparable. Il semblerait qu'il y ait 30% de personnel en trop à la SNCF comparativement aux
autres pays ayant un système de rail comparable. Evitons l'exemple anglais qui est mauvais dans ce pays ultra libéraliste et voyons nos voisins allemands plus comparable. Ils sont effectivement
comparativement 30% de moins mais roulent en moyenne 1217 heures par an dans la « RATP » berlinoise là ou ils ne roulent que 449 heures sur la même durée à Paris!!! Les Allemands
seraient-ils des surhommes? La pénibilité annoncée serait-elle réaliste et crédible face à ces faits? Alors on va parler sécurité mais je n'ai jamais entendu parler d'accident ferroviaire majeur à
Berlin, mais je suis preneur. Et pour couronner le tout leurs salaires sont 30% inférieurs en haut de l'échelle, les primes 3 fois inférieures et ils travaillent jusqu'à 67 ans. Vraiment trop cons
ou trop bons ces allemands vu de la lorgnette française. Ca dépend de qui la tient.

Bon allez j'arrête là car c'est vraiment déprimant surtout avec des inconscients comme vous qui défendez l'indéfendable. La palme revient à Huchon et sa sortie sur le sujet qui ne fait que
manifester son incompétence et son inconscience.
Finalement, en tant que contribuable français, je pense que c'est un mal pour un bien à terme. Je m'explique, les syndicats de cheminot ont bon dos de tirer à mort sur la vache à lait, ça
fonctionne grace à la faiblesse des politiques successifs dans le domaine face au terrorisme monopolistique. Sauf qu'à mon avis, cela ne fait que précipiter la chute à terme. A faire trop le malin
on finit dans le ravin. De tels écarts se sont creusés entre ces catégories et le reste de la population qu'ils en deviennent indécents et indéfendables face aux français. Le jour ou le dossier
retraite sera réouvert, cela fera très mal pour les apparatchiks, pas tant que ça car ils rentreront dans le lot commun finalement. Deuxio, cette quasi impasse accélèrera la demande et la volonté
des politiques à se tourner vers le tout automatique comme la ligne 14 qui est elle un havre de paix, de respect et de service Public. Et je suis prêt à parier que les futures lignes du Grand Paris
seront majoritairement automatiques accélérant la chute et la disparition de cette incongruité anti Publique inégalitaire et insupportable pour la majorité silencieuse, qui n'est juste bonne qu'a
payer cher pour en chier au profit de quelques syndicats à la ramasse et des quelques nantis qu'elle représente.

Pour reprendre votre titre, oui « Y en a marre des grévistes »!