Prochain rendez-vous des socialistes de Sciences Po :
- Lundi 23 novembre dès 19h15 => Notre Conférence avec le député Jean-Louis BIANCO
Venez nombreux débattre, discuter avec JL BIANCO, notamment sur la question iranienne.
- Où? à Sciences Po, amphi J Moulin, rue de l'Université, 7è
Personnes extérieures à SciencesPo bienvenues: s'inscrire par mail avant à ps_scpo@yahoo.fr
Les Allemands fêtent les 20 ans de la chute du mur de Berlin! Je dis Allemands, c'est en fait une foule de personnes venues des quatre coins de l'Europe - si on en croit les
journaux allemands - qui se rassemblent depuis quelques jours déjà pour commémorer ce moment que l'on qualifie à juste titre d'historique.
Le contexte étant posé il serait intéressant de se livrer à une petite réflexion sur la signification de cet événement.
Dans le Tagesspiegel du 7 novembre, paraissait un article très intéressant intitulé " 20 Jahre danach: was ist Deutschland?" "20 ans après, qu'est-ce que l'Allemagne?"... et son
auteur Helmut Schümann de poser sur un ton volontairement provocateur ces quatre questions:
20 ans après la chute du mur, les Allemands sont ils plus unis? plus libres? plus sûrs d'eux?
Alors que depuis une semaine la France s'agite autour de la question "qu'est-ce qu'être français", la question "qu'est-ce qu'être allemand" ne cesse d'interpeller la société
allemande qui a décidément du mal à s'accorder avec son passé...
Que fêtera-t-on demain? La fin d'une dictature? Sans doute. La réunification d'un peuple? Moins sûr. 20 ans n'ont visiblement pas suffi à sortir l'ex-Allemagne de l'Est de sa marginalité...et la
présence d'Angela Merkel à la chancellerie n'y change pas grand chose...
Prenons l'éducation: à ce jour, en dehors de la Freie Universität de Berlin, pas une des universités d'excellence , les fameuses "Elite-Uni" allemandes, ne se trouve dans l'un des nouveaux Etats
(Länder) (plus si nouveaux que cela d'ailleurs)...une manifestation de plus du décalage économique auquel sont confrontés depuis 20 ans les "nouveaux" Länder, décalage que la crise économique
semble avoir aggravé.
Si demain tout le monde fêtera, à juste titre, la réunification d'un peuple, l'article de Helmut Schümann nous rappelle qu'être allemand, au delà du partage d'un passé commun et des vagues
d'émotion nationale, au delà des politiques d'affichage et d'ouverture, c'est tout d'abord se sentir "l'égal" de l'autre et de pouvoir bénéficier des mêmes chances...et il ne s'agit pas d'un
débat propre à l'Allemagne même s'il est vrai que, de par son histoire, l'Allemagne et la société allemande nous donnent l'occasion de réfléchir à ce qui fait la "cohésion" (plus que l'identité
d'ailleurs) d'une société.
ML
Le 9 novembre 1989, les berlinois de l’est retrouvaient espoir. L’invraisemblable conférence de presse tenue par le dirigeant est-allemand Schabowski autorisant les allemands de RDA à traverser librement leurs frontières avait galvanisé les habitants de Berlin tous sortis comme un seul homme pour traverser la Spree ou enjamber le mur. 20 ans plus tard, la mélancolie, l’Ostalgie – mélange entre Ost et nostalgie, est le sentiment largement ressenti par les allemands de l’est, encore appelés péjorativement les « ossies ». Le chômage, l’exclusion, la perte de repères sont autant d’épreuves auxquels ils n’étaient pas préparés et qu’ils vivent très mal. La transition s’est faite sans leur avis et elle continue ainsi.
Une transition brutale
Le processus de réunification lui-même est tout un symbole. La RFA et la RDA ne se sont pas réunifiées, c'est-à-dire qu’elles n’ont pas été fusionnées pour former un nouveau tout. Les cinq Länder de RDA ont en fait intégré la République Fédérale Allemande, monnayant plusieurs milliards de marks et quelques lignes de crédits accordés à l’URSS par la RFA. Par conséquent, les institutions de la RDA ont été brutalement détruites du jour au lendemain et remplacées par celles de la RFA. Suivant les préceptes d’un néolibéralisme triomphant en cette fin des années 1980 avec le thatchérisme en Grande Bretagne, le reaganisme aux Etats-Unis et la libéralisation de l’économie et des marchés financiers voulue par Jacques Chirac, la RFA a imposé une transition radicale et simultanée de leur système politique, de leur économie et de leurs rapports sociaux.
Une crise économique sans fin
Suites aux premières réformes, les entreprises est-allemandes ont très rapidement sombré les unes après les autres. Utilisant des procédés moins efficaces qu’à l’ouest, produisant des produits totalement obsolètes, elles ont emporté dans leur chute des millions de travailleurs qui découvraient pour la première fois le chômage et ce qu’il occasionne : la perte d’un statut, une certaine exclusion sociale et une baisse substantielle de revenus que les aides fédérales ne peuvent pas entièrement compenser. A Bonn, cette période brutale était considérée comme un mal nécessaire. La fin de l’économie est-allemande était censée ouvrir la voie aux entreprises de l’ouest désireuses de profiter d’une main d’œuvre moins cher qu’à l’ouest et de développer de nouveaux marchés. Mais le miracle ne se produisit pas. Avec une productivité plus faible que de l’autre côté de l’Elbe, les allemands de l’est ont certes, au fil des années 1990 et 2000 attiré des entreprises, mais pas suffisamment pour repasser durablement en dessous de la barre des 20% de chômeurs.
L’Etat fédéral n’a pas pour autant abandonné les allemands de l’est à leur sort et a déboursé des milliards pour construire de vastes projets d’infrastructures, pour rénover la plupart des villes, notamment Dresde et Berlin ou pour créer des friches industrielles. Mais une bonne partie de cet argent n’a pas permis de créer des emplois stables et des régions compétitives. Seul de rares ilots industriels modernes et compétitifs ont émergés comme autours de Chemnitz ou de Leipzig.
Avec les réformes néolibérales introduites par Schröder (Harz IV), la situation économique des allemands de l’est fragilisés a encore empirés.
La négation d’une identité
Déclassés, les allemands de l’est ont aussi le sentiment, pour une partie d’entre eux, d’être méprisés
par
ceux de l’ouest, bien que la chancelière Angela Merkel soit elle aussi une
« ossie ». Dés la réunification, la république fédérale s’est appliquée méthodiquement pour faire disparaître tous les symboles de la RDA : les statuts ont été déboulonnées, les
rue rebaptisées, les bâtiments détruits. Si horrible eut été le régime, il n’en reste pas moins que les allemands de l’est étaient attachés aux noms de leurs rues, aux établissements municipaux
ou même à leur « Palast der Republik », gigantesque bâtiment d’architecture soviétique ou siégeaient l’assemblée est-allemande mais qui accueillait également les cérémonies de mariages
ou de nombreuses conférences. Beaucoup d’allemands de l’est ne comprennent pas, d’autant plus que les bâtiments ministériels construit par les nazis tels que le stade des jeux olympiques de 1936
ont été conservés et même rénovés. Ils ont ainsi toujours un certain mal à se positionner, à se définir, surtout les plus vieux qui ont eu la malchance de connaître deux régimes totalitaires l’un
à la suite de l’autre avant de découvrir un capitalisme dérégulée.
Dés lors, il ne faut pas s’étonner de voir l’ostalgie marcher à plein régime et des marques de produits est-allemands ressortir en magasin. Le succès que ce mouvement rencontre en Allemagne comme à l’étranger leur permet de retrouver une certaine fierté, même si la réalité économique reste pesante.
L’anniversaire des 20 ans de la chute du mur ne doit donc pas être l’occasion d’oublier définitivement les 40
années de RDA qui constitue malgré tout une partie de l’identité des allemands de l’est qui ont vécu sous ce régime. Cet évènement devrait au contraire servir de point de départ
à des politiques économiques plus ciblées, à une politique culturelle plus soucieuse de respecter les passés de chacun, et à des politiques sociales plus fortes pour enrayer le
cercle vicieux de la précarité à l’est. Hélas, le projet de réductions d’impôts prévu par la nouvelle coalition en pleine crise risque d’anéantir toute marge de manœuvre et tout espoir
d’en finir enfin avec la transition en Allemagne de l’est.
Arnaud L.
"Le 9 novembre au matin, nous nous intéressons aux informations qui arrivent de Berlin, et semblent annoncer
du changement dans la capitale divisée de l'Allemagne. Nous décidons de quitter Paris avec Alain Juppé ...pour participer à l'événement qui se profile", raconte le chef de l'Etat sur son
profil facebook. Info ou Intox?
Evénement qui se profile?... Echt*? Nicolas Sarkozy, la Pythie de Neuilly, devait être bien le seul à avoir prédit la chute du Mur. Autre explication: sa mémoire se
lézarde.
* vraiment, dans la langue de Goethe
Repoussée le plus tard possible et surtout bien après les élections européennes, la saison de la Turquie a fini par être inaugurée vendredi 9 octobre au Grand palais avec la visite éclair de Nicolas Sarkozy et de son ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, accompagné du président turc Abdullah Gül, arrivé en France deux jours auparavant.
Pour Nicolas Sarkozy, il s’agissait de ne pas trop s’attarder en compagnie d’un président turc dont le désir d’Europe est bien embarrassant pour un chef d’Etat français qui
bloque toujours l’avancée des négociations entre Bruxelles et Ankara.
Alors que la Turquie a signé samedi à Zurich un protocole d’accord historique pour normaliser ses relations avec l’Arménie, la France reste enfermée dans son refus catégorique de voir la Turquie entrer dans l’Union Européenne.
On comprend dès lors que le thème même de l’exposition, intitulée « De Byzance à Istanbul » et qui montre le double ancrage de la Turquie en Europe et en Orient, ait pu déplaire à Nicolas Sarkozy qui ne cesse d’affirmer, carte à l’appui, que la Turquie n’a pas vocation à être en Europe.
La position bornée du président de la République est bien connue, mais qu’en est-il du ministre de la culture censé promouvoir l’organisation des différents événements culturels qui doivent ponctués la saison ?
Apparemment, il s’agit de ne pas froisser les susceptibilités du chef de l’Etat. Solidarité gouvernementale oblige, pas question d’en faire trop sur la préparation de la saison turque. Un bref communiqué de presse publié sur le site internet et rappelant le déroulement des événements prévus suffit. Pour reprendre le titre d’un article du Monde daté du 9 octobre, il s’agit de veiller au « service minimum », exigé pour ne pas créer d’incident diplomatique.
On attendrait pourtant davantage d’un ministre de la culture, qui ne cesse de clamer que son entrée dans le gouvernement Fillon, ne le privera pas de sa liberté de ton et de parole.
Plutôt que de se lancer dans une polémique nauséabonde, aux relents homophobes, lancée par un FN en quête de voix pour les régionales, et qui n’a rien trouvé d’autre à se mettre sous la dent, qu’un roman de gare publié il y a près de quatre ans, certains de nos dirigeants du PS auraient mieux fait d’attaquer le Ministre de la Culture sur le terrain politique.
Alors que l’ouverture de cette saison culturelle composée de plus de 400 événements
à travers toute la France, devrait être l’occasion de tisser des liens forts avec un pays stratégique pour la France et pour l’avenir de l’Europe, l’inauguration a minima et l’accueil réservé au
président turc, dont la réception à l’IFRI s’est faite sans qu’aucun ministre n’aient été présent, sont autant de fautes politiques et diplomatiques majeures !
Ar. L.
Commentant le (très) décevant résultat du SPD au soir des élections du 27 septembre : le SPD a recueilli à peine 23% des suffrages devancé de 10 points par la CDU d’ Angela Merkel, Frank-Walter Steinmeier concédait : « C’est un jour amer pour la social-démocratie allemande. Un nouveau rôle nous attend, celui de l’opposition ».
Qu’on ne s’y trompe pas : si tous les journaux français ont eu à cœur de souligner l’éclatante victoire d’ « Angie », le score réalisé par la CDU reste tout de même le second plus mauvais score de son histoire…La presse française a tôt fait d’oublier la position indélicate dans laquelle se trouvait encore Angela Merkel à la veille des élections : critiquée au sein de son parti pour avoir mené une politique jugée trop « gauchisante », critiquée tout court pour ce qu’elle incarne (nos lecteurs et lectrices avisé(e)s comprendront que l’arrivée d’une femme, originaire de l’Est, divorcée et qui plus est sans enfant à la tête DU parti conservateur allemand n’a pas été une mince affaire…) Angela Merkel était donc une femme politique fragilisée.
Si victoire il y a eu, c’est donc bien davantage celle des « petits » partis, de ceux dont dépendait en
fait la nouvelle coalition : le FDP – die Freie Demokratische Partei – , le parti des libéraux emmené par Guido Westerwelle qui totalise 15% des
suffrages, die Linke, le parti de gauche qui recueille 13% des voix et enfin les Verts – die Grünen -
qui avec 10% des suffrages réalisent également un bon score.
L’Allemage aurait-elle basculé à droite comme le titre le journal Les Echos en ce mardi 29 septembre ? Une lecture plus fine du scrutin et de la presse allemande nous en apprend davantage sur le dilemme devant lequel les Allemands étaient placés depuis quelque temps. Alors que « tout le monde », dirigeants, partisans et électeurs s’accordaient sur la nécessité d’en finir avec la « Grande Coalition » - que nous avions tant loué 4 ans auparavant admirant le courage d’un compromis dont seuls nos cousins germains étaient capables…. Le jeu des alliances ne laissait guère de choix.
Quelle alternative ? Un tournant à gauche ou un « coup de barre à droite » comme le titrait encore Les Echos décidément très inspiré par ce résultat en termes d’innovations lexicales.
Dans un contexte de crise économique, certains diront que la « prudence » a triomphé : l’avenir
nous dira si cette coalition « jaune-noire » sera effectivement aussi libérale qu’elle l’annonce ; mais contrairement à l’UMP, la CDU, qui reste le parti majoritaire de cette
coalition, est plus complexe et surtout « moins à droite » que l’étiquette conservateur pourrait le laisser penser. Ceci reste à voir mais il n’en demeure pas moins que cette victoire
conservatrice semble – du moins me semble - davantage due à un sentiment sinon d’impuissance du moins de lassitude de la part de nos voisins que d’une véritable « droitisation » de la
société allemande.
On aurait pu imaginer un autre scénario - rêvons un peu nous en avons besoin - celui d’une coalition rouge- rouge - verte : parce que nous sommes dans un contexte de crise économique justement peut-être serait-il temps de mettre fin aux vieilles recettes qui nous y ont justement précipité…Mais le SPD, grandement fragilisé par l’ère Schröder, ne semblait pas prêt à ce choix ou du moins les propositions avancées en matière sociale sont arrivées un peu tard. Ne jetons pas non plus tout l’opprobre sur le SPD : si le succès de die Linke est incontestable, Oskar Lafontaine est loin de faire l’unanimité. Par ailleurs le fait que d’anciens membres du SED, le parti d’Allemagne de l’Est, aient rejoints les rangs de die Linke constitue un véritable point d’ombre un parti qui, du reste, semble enthousiasmer la gauche allemande. L’étiquette radicale véhicule souvent presque autant d’enthousiasme que d’inquiétude et peut-être les Allemands n’étaient-ils tout simplement pas prêts. Ceci reste matière à discussion.
Reste donc un espoir comme l’a souligné Steinmeier : l’opposition. Espérons qu’elle sera constructive. Il en est d’autres toutefois, de l’autre côté du Rhin, qui ont encore deux ans pour nous proposer une véritable alternative…du courage politique et un véritable tournant à gauche seront peut-être « de rigueur ».
M.L.
Le PS et la question LGBT
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