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Europe

Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /2009 10:43
- Publié dans : Europe

Henry Kissinger a un jour plaisanté sur l’opacité du leadership européen sous la fameuse citation“who do I call if I want to reach Europe?”. Or la semaine dernière, jeudi 19 novembre 2009, l’Union Européenne par la voix du conseil des chefs d’états et de gouvernement (ci-dessous, le Conseil européen) a choisi un ‘président’ pour l’Europe. Voilà un nom, un visage, pour l’Europe ! Mais est-ce que cela signifie pour autant que si je veux joindre l’Europe je devrais appeler Herman van Rompuy ? Si je veux joindre l’Europe, qui puis-je appeler ?
Jeudi 29 novembre, autour d’un diner ma foi assez peu officiel, attablés autour d’un repas, dans un rendez vous avec l’histoire dont peu de gens savent exactement le contenu des conversations et tractations, deux noms ont émergé pour le futur de l’Europe.

Le premier est celui du nouveau ‘président’. Président de quoi ? De l’Europe clament à tort les médias. Bon, mais juridiquement ? Président du Conseil européen, car le Conseil de l’Union Européenne est toujours présidé par une présidence tournante à six mois qui revient en ce moment à la Suède et continuera sa rotation au moins jusqu’en 2020.
Que fait le président du Conseil européen ? Selon le traité de Lisbonne, qui créé cette position et entre en vigueur le 1er décembre 2009, le président est élu à la majorité qualifiée du conseil européen pour 2 ans et demi, renouvelable une fois. Il ne peut exercer de mandat national, et ses attributions sont les suivantes : il préside et anime les travaux du Conseil européen, il assure la préparation et la continuité des travaux du Conseil européen en coopération avec le président de la commission, il œuvre pour faciliter la cohésion et le consensus au sein du Conseil européen, et enfin il assure à son niveau et en sa qualité la représentation extérieure de l’union pour les matières relevant de la Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC), sans préjudice des attributions du Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Voilà qu’entre en jeu un autre acteur du leadership européen : le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (ci après Haut représentant).

Ce Haut représentant nommé pour 5 ans conduit la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union (à nouveau, la PESC) ainsi que la politique étrangère de sécurité et de défense (la PESD). Il contribue à l’élaboration de cette politique et l’exécute en tant que mandataire du Conseil. Il préside le Conseil des affaires étrangères, est l’un des vice-présidents de la Commission européenne, et participe aux travaux du Conseil européen. Mais et c’est là que l’affaire ce complique, entre autres attribution il représente l’union pour les matières relevant de la PESC. Il conduit au nom de l’Union le dialogue politique avec les tiers et exprime la position de l’union dans les organisations internationales et les conférences internationales.

Et il ne faudrait pas oublier le Président de la Commission Européenne, lequel dans les traités assure la représentation extérieure de l’Union, à l’exception de la PESC.

Alors si Kissinger était encore au pouvoir, ou si Hilary Clinton (Secrétaire d’Etat de l’administration Obama) voulait appeler l’Europe aujourd’hui, quel numéro de téléphone lui donner?

En nominant Herman van Rompuy et Catherine Ashton, les chefs d’états et de gouvernement ne nous ont pas aidés à répondre à cette question. Le premier, ancien premier ministre Belge, correspond au rôle qui lui a été attribué car il a prouvé son efficacité dans la cohésion et le consensus à travers la pacification de la situation en Belgique. Cependant, docteur en sciences économique, académicien, il est un homme posé, discret et professoral, qui saura peut être assurer la cohésion du Conseil européen, mais n’aura sans doute pas le courage au moins au début de se faire une place au dessus de ceux qui l’ont nommé. Ses traits de caractère, discret, droit, conservateur, n’en font pas un homme politique remarqué sur la scène internationale. D’ailleurs dans le monde, et même à Bruxelles, il est très peu connu. Sa seule position connue est sa réticence à l’entrée de la Turquie dans l’Union. Il commencera ses fonctions de président du Conseil européen le 1er janvier 2010. 

Catherine Ashton est plus familière que son collègue à Bruxelles, car depuis 1 an elle est commissaire britannique au commerce à la Commission. D’après sa réputation, Catherine Ashton a toujours réussi dans les missions qu’on lui a confiées, et à la commission a fait sa place dans le poste qui a été le sien pendant un an. Cependant elle n’a jamais été élue, n’a jamais été ministre, en vérité elle n’a jamais eu de rôle politique. Même si elle a présidé la chambre des Lords, elle n’a aucune expérience diplomatique. Pourtant elle va se retrouver à diriger un service de plusieurs milliers de fonctionnaires, et la technostructure de Bruxelles n’est pas négligeable ! Elle devrait prendre ses fonctions le 1er décembre 2009 mais lorsque la commission de José Manuel Barroso entrera en vigueur elle sera comme ses collègues soumise à l’approbation du Parlement. De plus, dans l’exercice de ses fonctions, elle risque d’être subordonnée au président de la commission, dont elle n’est que vice-présidente.

Ces deux personnages ne seront donc ni un Tony Blair ni un Jean-Claude Juncker, deux noms cités dans les négociations et qui avaient une renommée bien plus importante sur la scène internationale. Mais Herman van Rompuy et Catherine Ashton n’ont pas encore pris leur poste, et il est difficile de prédire s’ils peuvent grandir à la mesure de leurs fonctions et véritablement représenter l’Europe à l’étranger. A ce jour, leurs nominations ne reflètent que les fragilités de l’Europe telle qu’elles s’observent aujourd’hui : des personnages discrets, consensuels mais qui ne semblent pas représenter véritablement l’Europe à l’heure actuelle.

Il est facile d’observer que les chefs d’états et de gouvernement de l’Union Européenne n’ont pas choisi des personnages qui pourraient, du moins pour l’instant, leur faire de l’ombre. Ces calculs pourraient se révéler erronés mais à l’heure actuelle, entre Barroso à la Commission, Ashton comme Haut représentant, Van Rompuy comme président et tous les chefs d’états et de gouvernements des états membres, en particulier les grands pays à forte diplomatie, il n’est toujours pas aisé pour Clinton, ou pour nous, de savoir qui appeler.

Lucile C.
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Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /2009 09:51
- Publié dans : Europe

Avec les deux moments forts que furent la commémoration de la chute du Mur de Berlin lundi, et celle de l’armistice mettant un terme à la Grande Guerre mercredi, la semaine dernière semble marquer un temps fort dans les relations franco-allemandes. Le balancier Berlin-Paris semble parfaitement huilé, en dépit d’une semaine bien chargée pour Mme Merkel, culminant mardi avec la déclaration gouvernementale de politique générale devant le Parlement (Regierungserklärung).

Avec sa forte coloration symbolique, la cérémonie sous l’Arc de triomphe mercredi s’inscrivait explicitement dans la lignée des « grandes images » qui fleurissent dans nos manuels d’histoire, alternant les embrassades entre couples de dirigeants. Dans leurs discours, les deux dirigeants célébraient une période d’entente forte, scrutant avec satisfaction les réalisations d’un demi-siècle passé.

Cette dimension symbolique ne peut néanmoins faire oublier que la période que nous traversons restera dans les mêmes manuels d’histoire comme un vide marital dans la vie de ce « couple » tant commémoré. En dépit de l’interprétation de M. Sarkozy donnée mercredi, selon laquelle les baisses d’impôts annoncées par la nouvelle coalition au pouvoir outre-Rhin montrent une convergence des réponses à la crise économique, les logiques de sortie de crise entre nos deux Etats divergent largement depuis un an. La tempérance allemande des propositions françaises lors du sommet européen de décembre 2008 l’a assez montré. Côté européen, si le concept de « moteur franco-allemand » se voit naturellement dépassé dans une Union à 27, force est néanmoins de constater l’absence de proposition d’un grand projet commun par les deux puissances, apte à relancer l’intégration dans une période où de telles initiatives seraient particulièrement bienvenues. Bref, on est bien loin des grandes réalisations communes, de la CECA à l’opposition à la seconde Guerre du Golfe.

Les symboles sont certes nécessaires. Ils ont historiquement montré qu’ils constituaient le préalable à toute avancée commune. Ne nous méprenons pas : le couple est aujourd'hui bien peu fécond, et ne semble pas appelé à le redevenir à court terme.

Bastien L.

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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 09:47
- Publié dans : Europe

Les Allemands fêtent les 20 ans de la chute du mur de Berlin! Je dis Allemands, c'est en fait une foule de personnes venues des quatre coins de l'Europe - si on en croit les journaux allemands - qui se rassemblent depuis quelques jours déjà pour commémorer ce moment que l'on qualifie à juste titre d'historique.
Le contexte étant posé il serait intéressant de se livrer à une petite réflexion sur la signification de cet événement.
Dans le Tagesspiegel du 7 novembre, paraissait un article très intéressant intitulé " 20 Jahre danach: was ist Deutschland?" "20 ans après, qu'est-ce que l'Allemagne?"... et son auteur Helmut Schümann de poser sur un ton volontairement provocateur ces quatre questions:
20 ans après la chute du mur, les Allemands sont ils plus unis? plus libres? plus sûrs d'eux?
Alors que depuis une semaine la France s'agite autour de la question "qu'est-ce qu'être français", la question "qu'est-ce qu'être allemand" ne cesse d'interpeller la société allemande qui a décidément du mal à s'accorder avec son passé...
Que fêtera-t-on demain? La fin d'une dictature? Sans doute. La réunification d'un peuple? Moins sûr. 20 ans n'ont visiblement pas suffi à sortir l'ex-Allemagne de l'Est de sa marginalité...et la présence d'Angela Merkel à la chancellerie n'y change pas grand chose...
Prenons l'éducation: à ce jour, en dehors de la Freie Universität de Berlin, pas une des universités d'excellence , les fameuses "Elite-Uni" allemandes, ne se trouve dans l'un des nouveaux Etats (Länder) (plus si nouveaux que cela d'ailleurs)...une manifestation de plus du décalage économique auquel sont confrontés depuis 20 ans les "nouveaux" Länder, décalage que la crise économique semble avoir aggravé.
Si demain tout le monde fêtera, à juste titre, la réunification d'un peuple, l'article de Helmut Schümann nous rappelle qu'être allemand, au delà du partage d'un passé commun et des vagues d'émotion nationale, au delà des politiques d'affichage et d'ouverture, c'est tout d'abord se sentir "l'égal" de l'autre et de pouvoir bénéficier des mêmes chances...et il ne s'agit pas d'un débat propre à l'Allemagne même s'il est vrai que, de par son histoire, l'Allemagne et la société allemande nous donnent l'occasion de réfléchir à ce qui fait la "cohésion" (plus que l'identité d'ailleurs) d'une société.

ML

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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 14:49
- Publié dans : Europe

Le 9 novembre 1989, les berlinois de l’est retrouvaient espoir. L’invraisemblable conférence de presse tenue par le dirigeant est-allemand Schabowski autorisant les allemands de RDA à traverser librement leurs frontières avait galvanisé les habitants de Berlin tous sortis comme un seul homme pour traverser la Spree ou enjamber le mur. 20 ans plus tard, la mélancolie, l’Ostalgie – mélange entre Ost et nostalgie, est le sentiment largement ressenti par les allemands de l’est, encore appelés péjorativement les « ossies ». Le chômage, l’exclusion, la perte de repères sont autant d’épreuves auxquels ils n’étaient pas préparés et qu’ils vivent très mal. La transition s’est faite sans leur avis et elle continue ainsi.

 
Une transition brutale

Le processus de réunification lui-même est tout un symbole. La RFA et la RDA ne se sont pas réunifiées, c'est-à-dire qu’elles n’ont pas été fusionnées pour former un nouveau tout. Les cinq Länder de RDA ont en fait intégré la République Fédérale Allemande, monnayant plusieurs milliards de marks et quelques lignes de crédits accordés à l’URSS par la RFA. Par conséquent, les institutions de la RDA ont été brutalement détruites du jour au lendemain et remplacées par celles de la RFA. Suivant les préceptes d’un néolibéralisme triomphant en cette fin des années 1980 avec le thatchérisme en Grande Bretagne, le reaganisme aux Etats-Unis et la libéralisation de l’économie et des marchés financiers voulue par Jacques Chirac, la RFA a imposé une transition radicale et simultanée de leur système politique, de leur économie et de leurs rapports sociaux.

Une crise économique sans fin

Suites aux premières réformes, les entreprises est-allemandes ont très rapidement sombré les unes après les autres. Utilisant des procédés moins efficaces qu’à l’ouest, produisant des produits totalement obsolètes,  elles ont emporté dans leur chute des millions de travailleurs qui découvraient pour la première fois le chômage et ce qu’il occasionne : la perte d’un statut, une certaine exclusion sociale et une baisse substantielle de revenus que les aides fédérales ne peuvent pas entièrement compenser. A Bonn, cette période brutale était considérée comme un mal nécessaire. La fin de l’économie est-allemande était censée ouvrir la voie aux entreprises de l’ouest désireuses de profiter d’une main d’œuvre moins cher qu’à l’ouest et de développer de nouveaux marchés. Mais le miracle ne se produisit pas. Avec une productivité plus faible que de l’autre côté de l’Elbe, les allemands de l’est ont certes, au fil des années 1990 et 2000 attiré des entreprises, mais pas suffisamment pour repasser durablement en dessous de la barre des 20% de chômeurs.

L’Etat fédéral n’a pas pour autant abandonné les allemands de l’est à  leur sort et a déboursé des milliards pour construire de vastes projets d’infrastructures, pour rénover la plupart des villes, notamment Dresde et Berlin ou pour créer des friches industrielles. Mais une bonne partie de cet argent n’a pas permis de créer des emplois stables et des régions compétitives. Seul de rares ilots industriels modernes et compétitifs ont émergés comme autours de Chemnitz ou de Leipzig.

Avec les réformes néolibérales introduites par Schröder (Harz IV), la situation économique des allemands de l’est fragilisés a encore empirés.

La négation d’une identité

Déclassés, les allemands de l’est ont aussi le sentiment, pour une partie d’entre eux, d’être méprisés par ceux de l’ouest, bien que la chancelière Angela Merkel soit elle aussi une « ossie ». Dés la réunification, la république fédérale s’est appliquée méthodiquement pour faire disparaître tous les symboles de la RDA : les statuts ont été déboulonnées, les rue rebaptisées, les bâtiments détruits. Si horrible eut été le régime, il n’en reste pas moins que les allemands de l’est étaient attachés aux noms de leurs rues, aux établissements municipaux ou même à leur « Palast der Republik », gigantesque bâtiment d’architecture soviétique ou siégeaient l’assemblée est-allemande mais qui accueillait également les cérémonies de mariages ou de nombreuses conférences. Beaucoup d’allemands de l’est ne comprennent pas, d’autant plus que les bâtiments ministériels construit par les nazis tels que le stade des jeux olympiques de 1936 ont été conservés et même rénovés. Ils ont ainsi toujours un certain mal à se positionner, à se définir, surtout les plus vieux qui ont eu la malchance de connaître deux régimes totalitaires l’un à la suite de l’autre avant de découvrir un capitalisme dérégulée.

Dés lors, il ne faut pas s’étonner de voir l’ostalgie marcher à plein régime et des marques de produits est-allemands ressortir en magasin. Le succès que ce mouvement rencontre en Allemagne comme à l’étranger leur permet de retrouver une certaine fierté, même si la réalité économique reste pesante.

L’anniversaire des 20 ans de la chute du mur ne doit donc pas être l’occasion d’oublier définitivement les 40 années de RDA qui constitue malgré tout une partie de l’identité des allemands de l’est qui ont vécu sous ce régime. Cet évènement devrait au contraire servir de point de départ à des politiques économiques plus ciblées, à  une politique culturelle plus soucieuse de respecter les passés de chacun, et à des politiques sociales plus fortes pour enrayer le cercle vicieux de la précarité à l’est. Hélas, le projet de réductions d’impôts prévu par la nouvelle coalition en pleine crise risque d’anéantir toute marge de manœuvre et tout espoir d’en finir enfin avec la transition en Allemagne de l’est.


Arnaud L.

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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 11:58
- Publié dans : Europe

"Le 9 novembre au matin, nous nous intéressons aux informations qui arrivent de Berlin, et semblent annoncer du changement dans la capitale divisée de l'Allemagne. Nous décidons de quitter Paris avec Alain Juppé ...pour participer à l'événement qui se profile", raconte le chef de l'Etat sur son profil facebook. Info ou Intox?

Evénement qui se profile?... Echt*? Nicolas Sarkozy, la Pythie de Neuilly, devait être bien le seul à avoir prédit la chute du Mur. Autre explication: sa mémoire se lézarde.

* vraiment, dans la langue de Goethe

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