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Europe

Mardi 10 août 2010 2 10 /08 /Août /2010 12:16
- Publié dans : Europe

Les journaux en parlent amplement: la Russie est, en cette période estivale, dévorée par les flammes. La transformation potentielle en catastrophe nucléaire de ces titanesques feux de forêts ferait presque oublier que, pendant ce temps, 15 millions de Pakistanais sont touchés par de terribles inondations qui semblent donner la réplique au tremblement de terre de 2005.

 

Sans essayer de tirer profit du malheur des hommes, j’aimerai néanmoins démontrer, en écho à un précédent article traitant de la «parlementarisation» de l’Union Européenne, que des politiques «symboliques», efficaces, bienfaitrices, et en lien avec le rêve post-moderne européen, peuvent être mises en place si l’audace politique est au rendez-vous. Il ne s’agit que d’une illustration, mais d’une belle illustration

 

 

Le rapport «Europe Aid»

 

Les récents événements au Pakistan et en Russie m’ont rappelé un projet qui avait été transmis en 2004 par Michel Barnier, à la suite du tsunami en Indonésie. Appelé « Europe Aid » (du nom d’une structure déjà existante au sein de la Commission, en charge de l’aide internationale), ce rapport proposait la création d’un «guichet unique» européen de la réponse humanitaire. Dit autrement, il s’agissait d’une forte mutualisation des moyens nationaux de protection civile et d’aide humanitaire visant à répondre aux besoins urgents en Europe et dans le monde (plusieurs types de catastrophes sont ciblées avec, pages 46 et 48, une liste précise des besoins matériels pour une réponse d’urgence). Plus précisément, le rapport faisait 12 propositions:

 

1. Une force européenne de protection civile : "europe aid" ;

2. L'appui de cette force sur les sept régions ultrapériphériques de l'Union européenne ;

  1. La création d'un Conseil de Sécurité civile et un renforcement du rôle du Conseil Affaires Générales et Relations extérieures ;

4. Un "guichet unique" de la réponse humanitaire ;

5. Une "approche européenne intégrée" pour anticiper les crises ;

  1. La spécialisation de 6 délégations régionales de l'Union européenne dans la gestion des crises ;

7. Un système d'information clair pour le citoyen européen ;

8. Une mutualisation des ressources consulaires ;

  1. La création d'équipes consulaires volantes ;

10. La mise en place de "consulats européens" dans quatre zones expérimentales ;

11. L'élaboration d'un code consulaire européen ;

  1. La spécialisation de laboratoires contre le bioterrorisme et pour l'identification des victimes.

 

 

La symbolique, dans l’engrenage du jeu médiatique.

 

Un point intéressant du rapport était son analyse des médias (page 20). Faisant le constat d’une intensité médiatique variable lors des différentes phases suivant une catastrophe (importante dans les jours qui la suivent, puis décroissant rapidement avec le temps), il invitait l’Union à essayer d’accroître sa visibilité tout en rappelant l’importance cruciale du travail de reconstruction (qui attire peu les médias) dans le long terme.

 

On peut juger la chose cynique. Pourtant l’UE doit faire face à un véritable problème médiatique. Premier donateur mondial, acteur de premier plan pour ce qui est des actions humanitaires, de l’aide au développement, et du maintien de la paix, l’Union se veut le symbole d’un mode nouveau de relations internationales où les rapports de force disparaîtraient par la dilution de la notion de puissance. Il ne s’agit pas simplement de privilégier, pour reprendre Joseph Nye, la douce influence du soft power à la coercition brutale du hard power, mais bien de mettre en commun les sources de la puissance pour mieux la dépasser. Cette mise en commun n’a rien de dogmatique, mais répond à des nécessités bien réelles de notre monde (mondialisation économique, réchauffement climatique…). Le problème, c’est que ça n’a rien de sexy aux yeux de médias qui trouvent plus de spectacle dans le rapport de force Westphalien que dans la coopération Kantienne. On parle plus des troupes Américaines débarquant à Haïti que de l’aide financière massive (près de 1 milliard d’euros) de l’UE à ce pays. The US fights, the UN feeds, the EU funds. Cette division du travail ne se fait médiatiquement pas à la faveur de Union Européenne.

 

Ce constat, partagé par beaucoup d’analystes, amène certains à conclure qu’une armée européenne serait la seule à même de donner une stature internationale et une vraie image à l’Europe. Pourtant, l’UE, en tant que «puissance civile», a une relation ambiguë avec les forces armées. Karen Smith, une experte de la politique extérieure européenne, est même allée jusqu’à défendre que la PESC et la PESD suffisaient à faire perdre à l’UE son statut de «puissance civile» en ouvrant la porte à des interventions militaires sous le drapeau aux douze étoiles. Ses craintes se sont vérifiées pour certaines opérations «militarisées» où la présence de troupes nourrissait la méfiance des humanitaires et de la population.

 

Faut-il aller si loin? Certainement pas. La coordination des politiques nationales de défense, une meilleure mutualisation des dépenses et interopérabilité lors des opérations sont autant de solutions intéressantes qu’il faut développer (et qui sont développées par le traité de Lisbonne), ne serait-ce que pour réduire les coûts des armées en cette période de vache maigre budgétaire. A l’opposé, faut-il succomber au rêve d’une armée européenne comme outil principal d’action et de légitimation extérieure de l’Union?

 

 

Le réalisme contre lui-même pour le salut du post-modernisme. 

 

Dans quelle mesure la constitution d’une armée européenne ne marquerait-elle pas la fin du rêve européen? Comment proposer au monde un modèle de gestion des relations internationales où le jeu de la puissance n’aurait plus cours si la championne d’un tel modèle se dote de l’outil de puissance par excellence?

 

La chance de l’Union, c’est de pouvoir se dissocier de ses composantes, à savoir les Etats membres. Pourquoi ne pas laisser les politiques militaires aux Etats membres, qui resteraient ainsi les principaux acteurs européens impliqués dans le beau monde Westphalien, améliorer leur capacités d’action en les coordonnant et rationalisant, et laisser à l’Union sa pureté Kantienne?

 

Serait-ce hypocrite? Une telle attaque serait amusante, surtout de la part des «réalistes», qui ont tendance à considérer que le modèle européen Kantien est un doux rêve («les européens viennent de Vénus, les Américains de Mars», comme se plait à dire Kagan). Le salue du cosmopolitisme Kantien ne se trouvera qu’avec son adaptation mesurée au réalisme Westphalien.

 

Mais qu’est ce qu’est ce qu’une adaptation mesurée ? Ne pas fricoter avec la puissance brute ne dédouane pas l’Europe d’une action extérieure concrète et visible. Ici, il faut faire preuve d’imagination, et trouver un mode d’action capable de mettre en valeur le modèle Kantien de l’UE sans le pervertir. Pour quelle raison les « réalisation concrètes créant d’abord des solidarités de fait » ne pourraient-elle pas trouver le monde comme terrain d’expression ? Et quoi de plus concret, de plus solidaire, et de plus adapté aux défis contemporains qu’un corps de protection civile et d’aide humanitaire spécialement organisé pour se déployer rapidement, à longue distance et dans le long terme?  Lucide, Michel Barnier notait dans une récente interview:

 

«On va avoir, dans les années qui viennent, d'autres catastrophes, comme on a eu un tsunami il y a 5 ans, des catastrophes industrielles comme Tchernobyl, des grands incendies qui ont touché la Grèce ou le Portugal, des inondations comme celles qui ont touché l'Allemagne en 2002, des catastrophes maritimes comme l'Erika. Dans tous ces cas là, de catastrophes qui sont violentes, tellement graves qu'elles dépassent les forces d'un seul pays ou d'une seule région, il faut que la solidarité joue.»

 

A l’heure où les Etats-Unis utilisent leur armée comme support humanitaire, avec toutes les ambiguïtés que cela représente, pourquoi ne pas mettre en place un équivalent civil? En poussant le projet Europe Aid, on pourrait aisément imaginer le pendant civil des Battlegroups (1500 hommes environ déployables dans les 5 à 10 jours qui suivent l’approbation, par le Conseil, des paramètres politiques et militaires d’une opération, pour une mission d’une durée initiale de 30 jours, extensible à un maximum de 120 jours) et de la Force de réaction rapide de l’UE (50.000 à 60.000 militaires – hors réserves – mobilisables par modules et en fonction des besoins, déployables dans un délai de 60 jours maximum et capables de se maintenir une année sur le terrain – la force étant appuyée par des éléments aériens et maritimes, et devant disposer des infrastructures nécessaires en matière de commandement, de logistique et de renseignement). Le projet d’Europe Aid, avec ses aéronefs longue distance, ses avions cargos et autres hélicoptères, peut faire jeu égal dans les médias avec n’importe quelle armée, sans pour autant pervertire l’âme Kantienne de l’Union.

 

Bien entendu, une telle structure serait audacieuse. Mais elle répondrait de manière extraordinairement efficace aux besoins de populations sinistrées et au déficit de symbolique d’une Union Européenne qui doit aujourd’hui, pour le meilleur comme pour le pire, se vendre à ses citoyens. Et puis, il n’y rien de plus grisant que d’user du réalisme pour mieux le dépasser.

 

Lucas B

 

 

 

Communauté : parti socialiste
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Vendredi 30 juillet 2010 5 30 /07 /Juil /2010 15:45
- Publié dans : Europe

Voilà, c’est fait ! Après huit mois de tergiversations, le Service Européen d’Action Extérieure (prononcez suavement « SEAE ») a fini par voir le jour. Concrétisant la transformation institutionnelle opérée par le Traité de Lisbonne pour ce qui est de la politique extérieure de l’Union, le SEAE forme l’embryon solide de ce qui pourrait bien devenir un véritable réseau diplomatique européen. Evolution indéniable depuis la Coopération Politique Européenne (CPE), l’intérêt que représente la création du SEAE se trouve aussi dans les difficultés qui l’ont entourée. Car ce sont ces difficultés qui nous révèlent aujourd’hui une tendance lourde, puissante, au sein de la construction européenne: celle de la parlementarisation.

 

Un accouchement dans la douleur…

La naissance du SEAE ne fut pas aisée, et s’est inscrite dans un débat houleux trouvant son origine dans le modèle du « temple européen»  institué par le traité de Maastricht. Ce terme de «temple européen» recouvre une structure où différentes politiques sont regroupées en «piliers» caractérisés par des modes de gouvernance différents liés à la sensibilité politique du ou des domaines concernés (le premier pilier regroupe les politiques communautaires, les second la PESC et le troisième les Affaires intérieures et de justice, ces deux derniers étant fondés sur le modèle intergouvernemental). Mettant en place une frêle, mais concrète, Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC), le Traité de Maastricht, par sa structure en pilier (supprimée depuis par le Traité de Lisbonne) laissait espérer une (lente) translation du modèle de gouvernance intergouvernementale vers le modèle communautaire. Si nous en sommes encore loin, le SEAE constitue tout de même l’armature institutionnelle nécessaire à toute politique étrangère, ce qui est une évolution importante.

Touchant aux affaires étrangères, domaine politiquement sensible, le SEAE fut l’objet d’un long bras de fer entre les deux Conseils (le Conseil Européen et le Conseil de l’Union Européenne) et le Parlement européen. Plus précisément, c’est la composition du SEAE qui fut âprement discutée: le service doit-il être majoritairement composé de fonctionnaires des Etats membres ou de fonctionnaires de la Commission (cette dernière option tendant à renforcer un phénomène de « communautarisation » de la politique étrangère que les grands Etats membres voulaient éviter)? Finalement voté le 9 juillet (par 549 voix contre 78 et 9 abstentions), la décision du Conseil de l'Union Européenne « fixant l'organisation et le fonctionnement du service européen pour l'action extérieure » représente un pseudo compromis entre la position des Etats membres et celui du Parlement.

Si l’on prend du recul sur l’affaire du SEAE, et plus globalement qu’on l’insère dans la vie politique européenne depuis décembre 2009 (entrée en vigueur du Traité de Lisbonne), on remarquera que le Parlement Européen prend des positions de plus en plus hardies. Comme le note une personnalité « proche du dossier » citée par Jean Quatremer sur son blog (http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/) « Les eurodéputés avaient fait de ce dossier, avec la régulation financière, l’un des symboles du nouveau rapport de force entre le Parlement et le Conseil des ministres hérité du traité de Lisbonne ». Il est vrai que les esprits chagrins (et pro-pro-pro-européens), dont je fais partie, regretteront que le Parlement ait lâché son projet alternatif d’organisation du SEAE, mais l’important est ailleurs: dans le symbole. Et c’est un symbole lourd de sens qui enjoint les socialistes à la réflexion.

 

… qui est l’illustration d’un phénomène de parlementarisation de l’Union Européenne

Le traité de Lisbonne représente une transformation cruciale de la place du Parlement européen au sein de l’équilibre institutionnel de l’UE. Pour être synthétique, le traité de Lisbonne a permis au Parlement européen de gagner un contrôle complet du budget européen ainsi qu’un pouvoir de véto quasi-total sur les textes législatifs à travers la généralisation du système de codécision (un texte proposé par la Commission doit être voté à la fois par le Conseil de l’Union Européenne et le Parlement européen). Contrôle budgétaire et pouvoir législatif: voilà les deux fonctions essentielles d’un parlement. Ces avancées, qui ne sont pas minces, renforcent le comportement déjà «expansionniste» d’un Parlement européen qui se pense, à juste titre, porteur de la légitimité et de l’avenir démocratique européen. Le cas du SEAE en est le parfait exemple : le Parlement n’a aucune compétence dans le domaine des affaires étrangères, et par conséquent virtuellement rien à dire au sujet du SEAE. Reste qu’il contrôle l’ensemble du budget et pourrait ainsi transformer, en jouant l’avare, la décision du Conseil de l’Union Européenne en simple coquille vide.   

Ce type de «spillover» institutionnel, qui fut beaucoup utilisé par la CJCE et la Commission pour étendre leurs compétences, pourrait être d’une toute autre ampleur dans le cas d’une institution composée d’élus. Si l’on jouait sur les mots, on pourrait dire «spillover» institutionnel n’est rien de moins qu’une «parlementarisation» de l’Union Européenne. Toutefois ces avancées sont loin d’être suffisantes, la démocratie étant bien plus que la simple somme des compétences d’une assemblée. Encore aujourd’hui le débat sur une hypothétique démocratie européenne reste d'actualité. Ainsi, le débat démocratique s’est vu amplifié par la méthode opaque de nomination du président du Conseil Européen (Herman Van Rompuy) et de la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (Catherine Ashton). Face à la défiance croissante des citoyens européens vis-à-vis d’une Europe jugée insuffisamment démocratique, soutenir ce processus de parlementarisation devient incontournable. Il ne s’agit plus de justifier le particularisme démocratique de l’Union (le fait que les Etats sont des citoyens comme les autres), mais bien de prendre conscience que depuis Maastricht, la construction européenne s’est pleinement engagée sur le terrain politique et que, ce faisant, elle doit respecter les principes démocratiques qu’elle défend. Du respect de ces principes démocratiques dépend le soutien des citoyens et la pérennité du projet européen. Et quand bien même l’entêtement persisterait, l’arrêt du tribunal constitutionnel Allemand de Karlsruhe (vous trouverez ici un intéressant rapport du Sénat à son sujet) nous rappelle à l’ordre en interdisant tout approfondissement de la construction européenne (tout nouveau transfert de compétences) qui  ne s’accompagnerait pas d’une démocratisation institutionnelle.

L’affaire du SEAE montre que, volontairement ou non, le Parlement européen s’est saisi de la question. Conscient de représenter l’avenir démocratique de l’Union,  et désireux d’accroitre sa légitimité, le Parlement a commencé à s’attaquer à son principal obstacle: le taux d’abstention des citoyens aux élections législatives européennes.  Que ce soit à travers sa critique de la non intervention de Ashton en Haïti, son rejet de SWIFT, ou encore sa résistance pour le SEAE, le Parlement européen cherche à se forger une image d’égal du Conseil de l’Union Européenne et de défenseur des intérêts des citoyens, le tout pour se donner de l’importance aux yeux de ces derniers. Et il faut se féliciter de cette situation: il n’existe aujourd’hui aucune alternative à la parlementarisation permettant d’éviter que les citoyens européens, poussés par un déni de démocratie, ne deviennent une force centrifuge dans l’Union.

 

La politisation de l’Union Européenne, ou la chance historique d’une re-parlementarisation de la République française ?

Cette dynamique de parlementarisation de l’Union est nouvelle. L’Union devient par la force des choses plus politique. A l’heure des solidarités nécessaires entre Etats membres touchés avec plus ou moins de violence par la crise, de la refonte du modèle de gouvernance économique européen, ou encore du questionnement sur un modèle de redistribution européen, la construction de l’Europe politique, loin d’être un luxe, est devenu la clé de notre avenir. Si le Parlement semblent avoir compris une partie de cet enjeu en essayant, parfois dans un jusqu'auboutisme ridicule, de paraître l’égal du Conseil de l’Union Européenne, ce ne semble pas encore être le cas des partis politiques. A commencer par un Parti Socialiste Européen qui ne rempli pas son rôle de parti d’opposition! Bâtir une vie politique, c’est avant tout créer de l’intérêt pour cette vie politique. Quel intérêt aurait le citoyen européen à participer à des élections où le principal parti d’opposition, en plus de voter du bout des lèvres pour un président de la Commission Européenne ouvertement médiocre, commet une véritable injure démocratique en acceptant un accord de partage  de la présidence du Parlement avec le parti majoritaire? Pas d’opposition, pas de débat, pas de symbolique démocratique, pas d’intérêt, pas de participation aux élections…

Passé ce coup de gueule, il faut aussi voir que cette parlementarisation pose des problématiques institutionnelles concrètes liant échelons européen et national. Le fait que le Parlement s’affirme par son opposition au Conseil de l’Union Européenne peut faire craindre un affrontement systémique aboutissant au blocage de l’Union.  C’est un risque majeur pour la dynamique de construction européenne auquel le traité de Lisbonne, en réaffirmant la nécessaire coopération entre le Parlement européen et les Parlements nationaux, tente de remédier. Le pari, bien qu’audacieux, semble pourtant réaliste à la lumière du phénomène «d’européanisation» des responsables et leaders politiques: avec la médiation des parlements nationaux, les positions du Parlement européen et des gouvernements nationaux pourraient se rapprocher, harmonisant du même coup les positions entre Conseil Européen, Conseil de l’UE et Parlement Européen.

Mais clairement, ce schéma ne fonctionnera qu’avec des régimes parlementaires où les gouvernements sont fortement soumis aux parlements, ce qui ne caractérise pas notre République semi-présidentielle. Coïncidence de l’histoire, la réaffirmation du modèle parlementaire en Europe semble se produire en parallèle d’un essoufflement profond de la Vème République. C’est inévitable, certains eurosceptiques crieront au scandale démocratique en évoquant une transformation de notre République imposée par une Europe politique balbutiante. Reste que ce n’est pas comme si le parlementarisme n’avait pas marqué la majeur partie de l’histoire Républicaine française, et que le Parti Socialiste français (qui ne se réduit pas à Mitterrand) n’avait jamais porté une critique véhémente de la monarchie républicaine établie par la Constitution de 1958.

Clairement, le phénomène de parlementarisation de l’Union Européenne représente une opportunité unique pour moderniser la vie politique française. Il convient pour le Parti Socialiste de s’en saisir. Ne rentrons pas dans le jeu fallacieux des détracteurs du modèle parlementaire, souvent obnubilés par les échecs de la IIIème et IVème Républiques au point d’en oublier les nombreux succès. Que ce soit à travers les multiples travaux menés sur le parlementarisme rationalisé (on peut penser à Pierre Mendès-France) ou les nombreux exemples offerts par les autres pays européens, le Parti Socialiste a la matière première nécessaire à la formulation d’un modèle français de parlementarisme rationalisé. Attention toutefois de ne pas perdre de vue que cette réflexion, bien qu’inévitablement française, ne trouvera une réelle modernité que si elle s’inscrit dans la perspective d’une Europe politique en devenir.

Il n’est pas si fréquent que le mouvement vers la modernité, à travers la construction européenne, se trouve à ce point au diapason avec un vieux rêve du Parti Socialiste : celui de réhabiliter le parlementarisme en France. Il serait dommage pour les socialistes de laisser passer cette chance. 

 

Lucas B

Communauté : Les blogs socialistes
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Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 11:37
- Publié dans : Europe

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L’objectif serait-il de nous persuader que l’UE n’est que barrières, entraves et contraintes, qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Que la critique soit muse des Eurosceptiques et des Europhobes, je ne peux que le déplorer, argumenter contre, mais en rien m’en étonner. Il n’en est pas de même de mon avis, à l’égard de ceux qui se proclament pro-européens, gauche et droite confondues, et qui pourtant peinent à défendre un bilan européen. Il apparaît alors judicieux de se prouver à nouveau, que l’Union Européenne est au regard du passé un bel objet, ce qui ne contraint pas à délaisser toute ambition pour l’avenir.

 

 

« Il fallait régler la crise née en 2005, et le Traité de Lisbonne en constitue une réponse - imparfaite mais - nécessaire. » Telle est l’opinion qui traverse les rangs des défenseurs de l’UE. Sans occulter les améliorations institutionnelles qui demandent toujours à être mises en œuvre, ne serait-il pas plus judicieux, afin de faire accepter l’UE dans les chaumières européennes, de savoir en vanter les mérites, ce qui est plus ardu politiquement, demande une plus grande exigence argumentative, bref, qui nécessite plus de courage ? Car l’UE demeure un objet qui a servi les intérêts des peuples européens, et parmi eux, ceux du peuple français. Nous assistons à une sorte de retour à la mode des sentiments nationaux. Ces derniers soufflent chaud et froid dans plusieurs régions. L’UE incarne le projet dont le but est de les tempérer, pour faire d’un passé douloureux et destructeur, un simple souvenir. Après 60 ans de paix entre ses grandes puissances, après la fin de la guerre dans les Balkans, l’Europe est aujourd’hui la région la plus stable du monde. Dès lors, plutôt que de fustiger, à longueur d’interviews la défense des intérêts nationaux, la règle de l’unanimité, le manque d’allant des dirigeants de l’UE, (ce qui est, au demeurant, vrai) nous pourrions aussi souligner que l’UE constitue un exemple inégalé dans le monde de coopération internationale, de mutualisation d’intérêts diversifiés. Il ne faut pas oublier que les PECO ont vécu pendant 40 ans sous le joug soviétique et que la volonté de respirer l’air de l’indépendance et de la souveraineté est donc compréhensible. Bien entendu, le jour où la règle de l’unanimité au Conseil Européen aura totalement disparu, au profit de la double majorité, voire de la majorité simple, où le rapport de force Conseil Européen/Commission se sera rééquilibré, la situation sera meilleure ; pour autant celle d’aujourd’hui n’est pas catastrophique.

 

On peut regretter que seul le Parlement Européen soit élu au suffrage universel direct, et que ce dernier, bien que voyant ses pouvoirs augmenter au gré des traités, ne soit pas plus puissant, qu’il ne puisse pas, par exemple voter au même titre que le Conseil les recettes de l’UE, ce qui permettrait sans doute que le budget de l’UE dépasse 1% de son PIB. Pour autant, à y regarder un tableau moins noir, on peut aussi y voir que tous les organes de l’UE découlent directement ou indirectement du vote des électeurs. Au Conseil Européen, ce sont des dirigeants nationaux, élus explicitement ou implicitement au suffrage universel direct qui font la décision. Les Commissaires Européens sont choisis par ce Conseil et doivent être investis par le Parlement Européen, après audition. Et ce Parlement Européen, élu au suffrage universel direct, n’hésite pas à se servir de son pouvoir de censure. Aussi Barroso se vit contraint en 2004 de ne pas choisir l’italien Boutiglione (coupable de propos homophobes) comme commissaire aux libertés, le Parlement menaçant de refuser la Commission entière si ce dernier y figurait. En janvier 2010, Roumania Jeleva, ministre bulgare, nommée six mois plus tôt au poste de Commissaire de la coopération internationale et de l’aide au développement, fut obligée de renoncer à son poste devant le refus du Parlement, au motif de soupçons de fausses déclarations fiscales, et de contacts de son mari avec la mafia russe

 

En ce qui concerne les réalisations concrètes, il est évident qu’il vaut mieux être dans l’UE, qu’à côté. C’est tout d’abord le cas sur le plan économique. Comme une illustration qui éclaire le texte, le cas irlandais : le “oui“ au Traité de Lisbonne coïncide avec des difficultés économiques qui étaient moins probantes au moment du “non“ initial. Idem pour l’européisme d’urgence de l’Islande. D’autre part, l’Euro a prouvé ses vertus, parmi lesquelles, la stabilité monétaire. Parce que la monnaie unique inspire plus la confiance des investisseurs que le franc, la lire et le peso en d’autres temps, la crise n’a pas entrainé une chute des monnaies dans ces pays, qui aurait fait explosé les déficits publics et le poids de la dette, de manière plus importante encore. (Que ceux qui s’apprêtent à m’opposer le cas de la Grèce gardent leur plume au chaud. La situation hellénique est issue d’une falsification des comptes publics par les deux anciens gouvernements, et d’une spéculation (encore une !) sur la dette grecque, permettant d’augmenter les taux intérêts des emprunts de l’Etat grec). De la même manière, l’Euro a permis de développer les échanges intra-zones, dans laquelle plus aucun obstacle ne s’oppose à l’échange.

 

D’un point de vue politique, diplomatique, l’UE apparaît comme la seule chance des pays européens de peser sur la scène internationale. Constatons tout d’abord un fait : de la même manière que lorsque le Royaume-Uni et la France dominaient le monde, ils s’appuyaient sur un vaste empire colonial peuplé, l’Inde, la Chine, le Brésil s’étendent sur de grands territoires, et reposent sur une importante population. La démographie est un facteur essentiel de la hiérarchie internationale. Or, pour peser dans les négociations de l’ONU, de l’OMC, la France, nue sans son défunt empire, tout comme ses voisins, ne pourra guère influencer grand-chose. En revanche, l’Union Européenne, en tant que telle, constitue une force démographique à peu près équivalente aux Etats-Unis (imaginez avec l’intégration de la Turquie !). Elle est d’autre part, la première puissance commerciale mondiale, et attire ses voisins, qui souhaitent pour beaucoup y adhérer. Si les vieux européens veulent peser demain, l’UE sera leur seul vecteur. Le passé proche a déjà illustré la capacité de l’UE à peser par sa production de normes. Ses exigences envers les PECO au cours du (long) processus d’intégration, ont encadré, avec succès, le passage de ces démocraties populaires vers des démocraties libérales à économie de marché, ont permis la mise en route du rattrapage économique. Les exemples espagnols et portugais symbolisent le succès de ce processus.

 

Il ne s’agit pas de poser un regard naïf et indulgent sur l’intégration européenne. Au contraire l’exigence et l’audace me paraissent être les meilleurs leviers de progrès. De nombreuses questions restent en suspens. « La norme sans la force » (cf. le livre éponyme de Zaki Laïdi) sera-t-elle suffisante pour faire de l’Europe une puissance globale ? Quels projets à venir ? Quel projet pour finalité ? Plus concrètement, une armée européenne plus puissante sera-t-elle nécessaire ? La politique sociale, la politique d’emploi, la fiscalité intégreront-elles le cercle des politiques communautaires ? Autant de questions dont l’absence actuelle de réponses frustre les europhiles dont je fais partie. Pour autant, un des meilleurs moyens de redonner force et vigueur à l’UE est d’en dynamiser le soutien populaire. Dès lors, il me semble nécessaire, indispensable, avant d’évoquer les limites, les nouvelles ambitions voraces et légitimes, de savoir souligner, avec pédagogie les réussites de l’UE. Une Europe expliquée et reconnue pour ses vertus sera plus appréciée qu’une Europe dont chacun critique la bataille qui n’a pas encore eu lieu, occultant celle qui vient d’être remportée. Au nom de l’effet Placebo, le propos politique mériterait donc d’être rééquilibré entre bilan et objectif, afin de donner à l’Union Européenne plus légitimité politique, de mieux servir son ambition.

 

 

Timothée L

Communauté : Les blogs socialistes
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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /Fév /2010 09:58
- Publié dans : Europe

Il y a cinq mois, le parti social-démocrate allemand (SPD) subissait lors des élections du 27 septembre 2009 la plus grande défaite depuis la fondation de la République Fédérale d’Allemagne en 1949. Avec 23% des votes, encore 5,8% de moins qu’en 1953, et avec seulement 9,9 millions des électeurs contre 21,5 millions en 1998 c’était le point tournant de la social-démocratie allemande, mais aussi de toute la gauche allemande.

 

Une réforme structurelle du parti social-démocrate allemand

 

Au congrès de la SPD à Dresde, début novembre 2009, le parti changeait de président. Investi avec un résultat vraiment socialiste de 94,2%, l’élection de Sigmar Gabriel met fin à l’ère Schröder. Avec un discours émouvant et tranchant il a su convaincre les délégués qu’il serait celui qui incarnerait le début d’une nouvelle période

(discours en allemand : http://www.youtube.com/watch?v=Xwa-g_XjpTg). Quelques semaines avant, Gabriel avait déclaré dans une lettre adressée aux membres de la SPD qu’il mettrait fin aux processus de décision qui vont de haut en bas. Sa volonté de réformer le processus de formation de la volonté politique à l’intérieur du parti en introduisant des votes de la base et d’autres formes d’intervention directe des membres simples fut le signal de départ pour une discussion sur une réforme de toute la structure du parti qui s’est engagée depuis. Ses propos étaient la raison des nombreuses propositions, il faudra maintenant que chaque membre veille à ce qu’il tienne ses promesses. C’est la fin de la «politique basta».

 

Peut-être la fin des hostilités entre Lafontaine et Schröder

 

Peu avant le congrès de Dresde, en octobre 2009, Oskar Lafontaine renonça à toute position au niveau fédéral dans le parti «Die Linke» (Parti de Gauche allemand). Lafontaine qui souffre d’un cancer déclarait il y a quelques jours qu’il ne se représenterait pas comme futur président de «Die Linke » lors du congrès à Rostock qui se déroulera en mai 2010. Le parti qui lui doit une grande partie de son succès, doit se recomposer sans lui. Pour la gauche allemande ceci met fin à une querelle qui dure depuis 1999, quand Lafontaine quitta le gouvernement Schröder suite à des querelles lors desquelles il dénonçait la politique trop néolibérale de ce gouvernement, qui s’était ensuite manifestée dans l’idée du «troisième voie» et dans les réformes «Hartz». Lafontaine, en 2005, quittait la SPD et participait à la fondation du nouveau parti «Die Linke», composé des anciens sociaux-démocrates et des néo-communistes de la PDS, dont il devenait un des deux présidents. Aujourd’hui, les médias allemands parlent d’une possible réconciliation de Lafontaine et Schröder. Suite à des vœux de bon rétablissement de la part de Doris Schröder-Köpf, la femme de l’ancien chancelier Schröder, Lafontaine s’est déclaré favorable à un entretien avec Schröder pour «en parler». Dans l’entourage de Schröder, on pouvait entendre que celui-ci «y réfléchit». Une réconciliation des deux grands hommes de la gauche allemande de ces vingt dernières années sera un symbole très fort ; beaucoup des reproches des dernières années ne concernaient plus la politique, mais les personnages. En démontrant que les querelles personnelles ne doivent pas empêcher la réconciliation, ni arrêter la voie progressiste, les deux hommes peuvent donner un nouvel élan à la gauche allemande.

 

La politique du clientélisme nuit gravement à la droite

 

La coalition bourgeoise-néolibérale, qui a pris le pouvoir en septembre 2009, a toute suite commencé à se lancer dans le clientélisme. C’est notamment la baisse du TVA pour l’hôtellerie de 19 à 7% suite à un don d’un million de la part d’un hôtelier, qui cause des problèmes. Cette mesure, toute de suite dénoncée par les médias, est très mal accueillie par la population, les sondages en témoignent. Et ce sont les sondages qui font peur, car dans trois mois auront lieu les élections en Rhénanie-Du-Nord-Westphalie. Les élections dans ce Land, qui est pour l’instant gouverné par une coalition conservateur-libéral comme au niveau fédéral, sont de loin les élections les plus importantes après les élections nationales et devancent même les élections européennes. Les chefs des partis conservateur (CDU) Rüttgers et libéral (FDP) Pinkwart en Rhénanie-Du-Nord-Westphalie ont alors dénoncé ce week-end la baisse de la TVA pour l’hôtellerie de peur de perdre les élections, mesure qu’ils ont eux-mêmes voté au sein du Bundesrat il y a quelques semaines. Espérons dont que la population n’acceptera pas de telles hypocrisies et qu’elle fera payer cher les dirigeants de la droite allemand le 09 mai 2010 en Rhénanie-Du-Nord-Westphalie. Une victoire de la gauche le 09 mai pourrait être le premier grand obstacle qui barrera la route au démantèlement définitif de l’état-providence par le gouvernement Merkel. (voir mon article sur la majorité dans le Bundesrat d’octobre 2009).

 

Martin A.

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Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /Déc /2009 19:42
- Publié dans : Europe
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Contrairement à ce qui était annoncé précédemment (cf. n° 16 de la Rose au poing), il semblerait que la bataille pour la nomination aux deux nouveaux postes créés par le traité de Lisbonne n’ait pas eu lieu…Il aura suffi d’une petite heure aux chefs d’Etat et de gouvernement réunis en sommet extraordinaire à Bruxelles pour plier l’affaire. Loin des querelles que l’on était en droit d’attendre, la nomination de Herman van Rompuy et Catherine Ashton s’est faite apparemment sans heurts et sans douleur.

Il était acquis depuis longtemps que le Président du conseil européen serait de droite alors que le poste de Haut représentant reviendrait à une personnalité de gauche. Les chefs d’Etat et de gouvernement ont donc choisi leur candidat en fonction de leur couleur politique : les six chefs de gouvernement de gauche (Grande-Bretagne, Espagne, Portugal, Grèce, Hongrie et Slovaquie) se sont ainsi mis d’accord sur Catherine Ashton, choix idéal pour les Britanniques, qui pouvaient ainsi placer l’une des leurs à un des deux postes tant convoités après l’échec de la candidature Tony Blair, mollement appuyée – il faut le dire – par Gordon Brown. De même, il est revenu aux 21 autres dirigeants européens (de droite) d’élire le Président du conseil européen : une femme ayant été nommée aux affaires étrangères, c’est la conscience tranquille que les 21 ont pu aboutir à la candidature van Rompuy. On peut donc regretter que ce soit plus des profils que des candidats qui ont été choisi, mais ainsi tout le monde était apparemment content : les conservateurs, les socialistes, les femmes, les petits et les grands (Etats), et même les Belges, wallons et flamands, dont les intérêts semblent pourtant si souvent inconciliables.

Jean Quatremer, dans son excellent blog « les coulisses de Bruxelles », ne peut cependant s’empêcher de noter – et on ne saurait lui donner totalement tort – que les dirigeants européens ont avant tout jeté leur dévolu sur « deux personnalités sans charisme qui révèlent un choix a minima ». En effet, alors que certains rêvaient d’un Président du conseil européen (on allait même jusqu’à dire « Président de l’Europe »), pouvant s’ériger en véritable figure de proue de l’UE, capable de la représenter dans le monde, d’y défendre ses intérêts, de faire entendre sa voix, de tenir tête à Hu Jintao, Poutine et Obama réunis, de donner corps aux ambitions de l’Europe, de lui offrir un visage, nous voilà avec un Président dont 95% des Européens n’ont jamais entendu parlé avant son élection. De même, alors qu’on aurait pu espérer un Haut représentant fin diplomate et rompu à l’art de la négociation, voilà que les chefs d’Etat et de gouvernement nous proposent « une personne, certes intelligente, mais qui a fait une carrière d’apparatchik au sein du parti travailliste sans jamais avoir été élue et qui n’a aucune expérience de la diplomatie », selon les dires même de The Economist, ce qui démontre bien, selon un diplomate britannique, leur volonté de « tuer le poste ».

Ainsi, les deux nominés du grand jeu de la nouvelle star européenne ne passaient pas pour des grands habitués de la scène bruxelloise, car ce n’est pas les quelques conseils européens auxquels a participé van Rompuy et le bref mandat de commissaire au commerce de Catherine Ashton (qui succédait à Peter Mandelson, rappelé au gouvernement par Gordon Brown) qui leur ont forgé une expérience à toute épreuve. Des candidats plus aguerris, tels Jean-Claude Juncker et Jan Peter Balkenende, auraient pu tout à fait faire l’affaire : le premier, au départ favori du couple franco-allemand mais surement jugé trop fin connaisseur des rouages de l’UE et donc potentiellement dangereux, a finalement été lâché par Nicolas Sarkozy, alors que le second s’est de lui-même écarté pour laisser la voie libre à son homologue belge.

Ainsi, dans le choix historique qui s’offrait aux dirigeants européens, ceux-ci ont choisi la discrétion plutôt que le charisme, le consensus plutôt que l’audace. Doit-on d’ores et déjà leur en tenir rigueur ? Il pour l’instant difficile de le dire. Une chose semble cependant certaine, Herman van Rompuy a été désigné pour être un Président fort discret, peu enclin à faire de l’ombre aux chefs d’Etat et de gouvernement et à leur tenir tête. Plus qu’un véritable représentant de l’UE, il semble que les chefs d’Etat et de gouvernement veulent voir en M. van Rompuy l’homme du compromis, capable de trouver les arbitrages mettant tout le monde d’accord. A n’en pas douter, la (courte) expérience de M. van Rompuy à la tête du gouvernement belge a influencé les 27 dans leur choix : un homme capable de ramener en un an et demi un certain calme politique en Belgique est surement apte à maintenir le conseil hors des crises et des dissensus insolubles.

Il n’en reste pas moins que jusqu’à récemment, les positions de M. van Rompuy sur l’Europe demeuraient floues. Certains, tels le libéral wallon Denis Ducarne, n’ont pas manqué de noter que M. van Rompuy appartient au parti Chrétien Démocrate flamand (CD&V), dont est aussi membre Yves Leterme et qui va jusqu’à exiger le départ de la minorité wallonne de Flandre, en violation complète de la liberté d’établissement et de circulation des francophones. Toujours est-il que M. van Rompuy n’a jamais vraiment pris ouvertement position sur cette question et s’est même il y a peu déclaré « fédéraliste européen »…Voilà qui serait donc plutôt rassurant. On pourrait être tenté de fermer les yeux et de se mettre à rêver : et si Herman van Rompuy était finalement un bon Président du conseil européen, convaincu par l’idée européenne, capable de travailler efficacement, en silence, loin des projecteurs, à faire avancer l’Europe dans la bonne direction, capable d’être un « fédérateur » qui « essaie toujours de trouver des accords » comme il aime à le répéter lui-même. Ainsi, Catherine Trautmann, eurodéputée socialiste, estime qu’il ne faut pas commettre d’« excès dans les critiques » car « on peut avoir des surprises ». De même, Kader Arif, eurodéputé socialiste lui aussi, plaide, sur le modèle de la présomption d’innocence, pour une « présomption de compétence » à l’égard de M. van Rompuy. Présumons donc, et espérons.

Paul H.

* Cet article faisait initialement partie de la maquette de la Rose au Poing du mois décembre.

 

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