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Environnement et énergie

Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /2009 11:13
- Publié dans : Environnement et énergie
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C’est donc fini. Après deux semaines de négociations intenses et difficiles, la COP15 a pondu un accord politique, vague et qui ne fait même pas consensus. Cet accord n’est au final que la confirmation de ce que tout le monde savait avant la conférence : les désaccords entre certains blocs sont encore majeurs et la route sera longue pour trouver un accord qui puise mettre tout le monde d’accord. Quelles leçons peut-on tirer de cet échec ?

Tout d’abord, mon sentiment personnel. J’ai de plus en plus le sentiment d’appartenir à une génération trahie. Nous sommes trop jeunes pour être réellement responsables de la détérioration du climat, c’est un fait. Néanmoins, il est de plus en plus certain que nous serons la première génération à devoir faire face aux catastrophes climatiques de grande ampleur. La lutte contre le réchauffement sera le fait géopolitique marquant du XXI° siècle, et notre génération devra apprendre dans un environnement où les ressources sont plus rares, dans lequel le mode de vie de nos ancêtres a transformé la nature en un élément potentiellement hostile. Dans notre situation actuelle (notre génération ne sera au pouvoir que dans une vingtaine d’années), nous ne pouvons compter que sur la bonne volonté de nos dirigeants politiques, qui à l’évidence ne semble pas exister. Les hommes et femmes les plus puissants du monde viennent d’échouer à se mettre d’accord pour que nous puissions continuer à vivre convenablement sur cette planète. Rien de physiquement trop dramatique pour nous autres, l’Europe sera moins sévèrement touchée que d’autres par le réchauffement, mais à mes yeux, ces leaders se sont discrédités durablement (ô ironie) vis-à-vis des générations suivantes. Cette génération a eu rendez-vous avec l’histoire et a raté ce rendez-vous. Bien sûr Copenhague ne sera qu’une étape, et peut-être que les négociations aboutiront dans un an à Mexico City. Cependant, en termes politique et symbolique, les dirigeants du monde ont échoué. De plus, ce délai, et surtout le retard dans la réduction des émissions va tout simplement condamner plusieurs nations à la disparition, notamment les petit pays insulaires.

you-control.pngLa question logique qui suit ce constat d’échec est : que puis-je faire ? Après tout, il est normal de se sentir complètement dépassé par les enjeux climatiques, en particulier quand on voit à la télévision les grands de ce monde ne pas réussir à résoudre le problème. S’ils ne peuvent rien contre le réchauffement, qu’est-ce que j’y peux ? En fait, tout. Les accords climatiques globaux ont pour but de créer une architecture mondiale qui mette tout le monde à la même page et qui donne une réelle visibilité aux actions de chaque pays. Ils ne nous dispensent pas de changer nos styles de vies. C’est bien d ‘avoir des objectifs, encore faut-il les remplir. Les négociations auraient probablement été plus aisées si les pays développés avaient respectés leurs engagements précédents de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et qui sont les pays développés ? C’est moi, c’est vous. Il est plus impératif que jamais que notre génération ne s’engage pas dans la reproduction du mode de vie de nos parents. Nous ne pouvons simplement pas nous le permettre. C’est de nous que viendra le vrai changement, à tous les niveaux. C’est donc nous qui devons nous mobiliser et prendre en main notre propre futur. Si nos responsables ne peuvent ou ne veulent pas le faire, nous devons le faire pour nous-mêmes. Aujourd’hui, ne pas s’engager pour préserver l’environnement, c’est être criminellement négligeant.

Un autre aspect de la conférence de Copenhague me semble intéressant : son rôle géopolitique. Le système actuel est un système de relations internationales, qui se trouve être insuffisant pour gérer cette menace globale et multiforme qu’est le réchauffement climatique. On l’a bien vu pendant les négociations : chaque délégation était là pour défendre son bout de gras, et pas pour arriver à une solution générale qui puisse résoudre un problème qui touche virtuellement tous les pays. Aucun accord n’a été trouvé car le Sénat américain défend avant toute chose l’intérêt économique de ses entreprises, et parce que la Chine fait naturellement la même chose. Nous pâtissons de l’incapacité des dirigeants actuels de se projeter dans un monde global, interconnecté. Dans ce monde, ce qui se passe chez toi a une grosse influence sur ce qui se passe chez moi et donc nous avons une responsabilité croissante l’un envers l’autre. Or ce système ne peut mener à une coopération efficace si et seulement si les acteurs agissent de manière responsable. Or, qu’avons-nous vu pendant ces deux semaines ? Nous avons vu les deux titans planétaires refuser de faire le moindre compromis. Nous avons assisté au spectacle paradoxal de la Chine et des Etats-Unis se tétanisant de peur que toute concession ne profite à l’autre. Il est désormais évident que ces deux pays vont régir le sort du monde pendant un moment. Et il est assez effrayant de voir qu’ils ont le même degré de confiance l’un envers l’autre que l’URSS et les USA pendant les glorieuses heures de la Guerre Froide. Si le système international doit évoluer, cela doit passer par une meilleure coopération sino-américaine. Copenhague a aussi clairement démontré que le monde ne sera pas uniquement bipolaire. Je pense qu’il s’agit plus d’un multipolarisme pyramidal : deux nations au sommet, une couche intermédiaire, et le reste. Une chose est certaine : l’Union européenne ne sert pour le moment à rien. Jamais Sarkozy, Brown et Merkel n’auraient dû représenter l’Europe dans les réunions à huit-clos avec les USA et la Chine. Ils n’avaient aucun mandat pour négocier au nom des 27, et ont dû intervenir pour défendre les intérêts européens. Sans leadership unifié, l’Union continuera perpétuellement à jouer en-dessous de sa catégorie.

Enfin, je pense que nous avons assisté à Copenhague à un phénomène sociétal de grande envergure : l’expression d’une conscience mondiale naissante. Jamais la mobilisation pour un enjeu international n’avait atteint cette intensité. Jamais on n’avait vu autant de personnes de toutes origines réunies dans un seul et très précis but, pour agir ensemble et non pas pour s’opposer. Jamais une telle force de proposition et de réflexion n’a été mise en marche auparavant. L’échec de nos dirigeants est d’autant plus patent qu’ils avaient le soutien de leurs opinions publiques et que, contrairement par exemple aux réunions de l’OMC, la société civile dans sa totalité avait fait bloc pour les soutenir. Je n’ai évidemment ni le recul ni le savoir nécessaire pour juger de cela, mais j’ai l’impression que le climat est le ciment qu’il manquait pour bâtir une conscience collective mondiale, et que Copenhague aura servi à catalyser cette multitude de mouvements, associations, ou même peuples qui ne demandaient qu’à s’unir sous une même bannière. Je sais qu’il s’agit d’une vision très naïve, mais je pense qu’une dynamique s’est exprimée à Copenhague qu’il ne sera pas simple à arrêter.

climate-change.pngLe succès c'est d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme disait Churchill. De l’enthousiasme, il va en falloir pour faire face à la douche froide et aux désillusions que ressentent toutes les personnes qui s’engagent d’une manière ou d’une autre pour la protection de notre planète. Mais ne désespérons pas : Copenhague n’est qu’un contretemps, certes plein de conséquences, mais nul ne doute qu’un accord sera trouvé prochainement. C’est le moment ou jamais de maintenir une pression constante sur les décideurs politiques pour que la mobilisation qui a mené à Copenhague ne s’effondre pas. Les négociations sont virtuellement au point mort après plus de deux ans, certains pays voient leur survie sérieusement menacée, l’Afrique risque d’être dévastée par le réchauffement. La situation est grave, et le futur est pire. Mais tant qu’il y aura des négociateurs, citoyens, ONG ou hommes politiques qui se battront sur le front du climat, nous pouvons toujours espérer que nous serons un jour à la hauteur de ce défi sans précédent.

 

Romain I.

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Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /2009 08:46
- Publié dans : Environnement et énergie
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Profitant de l’ouverture du sommet de Copenhague, l’OIM (Organisation internationale des migrations) a souhaité, dans son dernier rapport paru le 8 décembre, attirer l’attention sur l’impact du changement climatique sur les migrations de populations.

En 2008, estiment les auteurs du rapport, intitulé Migration, environnement et changement climatique, 20 millions de personnes se sont déplacées en raison de phénomènes climatiques extrêmes. Ces chiffres pourraient rapidement augmentés d’ici 2050, selon l’estimation la plus couramment admise, 200 millions de personnes seraient ainsi contraintes de migrer pour faire face aux changements climatiques, nombre qui viendrait s’ajouter aux 200 millions de migrants internationaux recensés actuellement. L’OIM souligne néanmoins la grande incertitude qui pèse sur ces calculs qui varient selon certains experts entre 25 millions et 1 milliard ! 

Le rapport révèle également une double caractéristique des migrations environnementales, marquées à la fois par une forte internalisation des flux dans certains cas -les migrants se déplaçant d’une région à l’autre d’un même pays- et par une importante dimension régionale dans d’autres endroits, les mouvements de population s’effectuant alors au sein d’un même continent ou entre pays voisins.

Ce type de migration n’a rien à voir avec la plupart de celles observées jusqu’ici à l’échelle mondiale. Les migrations internationales s’organisent en effet autour de réseaux transnationaux (d’origine familiale, économique, et pas seulement mafieuse comme certains ont tendance à le présenter) et nécessite de pouvoir mobiliser des ressources financières, et un certain capital social permettant de construire ce que Catherine Wihtol de Wenden appelle « un imaginaire migratoire ».

Dans le cas des migrations environnementales, les populations touchées par les catastrophes naturelles soudaines ou lentes (comme la sécheresse) se retrouvent généralement totalement démunies, privées de leurs moyens d’existence, et ont peu de chances de disposer de l’organisation et des ressources nécessaires pour envisager une migration transfrontalière. Les mouvements de population se peuvent se faire, par conséquent, qu’à l’échelle d’un même pays ou entre territoires limitrophes.
 

Cette analyse va ainsi à l’encontre du péril migratoire tel que se le représente les pays riches, qui craignent de voir déferler des vagues de migrants climatiques venant des pays les pauvres du globe.

L’étude de l’OIM pose plus fondamentalement la question des politiques d’aide au développement à apporter à ces pays, mal préparés face aux catastrophes, et qui seront confrontés à de profonds déséquilibres démographiques et sociaux avec la concentration de population dans certaines régions urbaines ou rurales plus développées et à l’abri des risques naturels.

Cette solidarité à l’égard des pays pauvres paraît d’autant plus nécessaire, que les zones potentiellement les plus exposées sont clairement identifiées : Afghanistan, Bangladesh, la plupart des pays d’Amérique centrale, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et d’Asie du Sud-est. Ce sont tous des pays où il existe une forte corrélation entre difficultés socio-économiques et inadaptation face aux catastrophes naturelles auxquels ces régions du monde se trouvent confrontées. 
L’autre défi majeur qui se pose à la communauté internationale réside dans l’absence de réponse apportée en termes de statut juridique pour cette nouvelle catégorie de migrants.

La convention de Genève paraît totalement inadaptée et ce ne sont pas les multiples violations du droit d’asile, notamment en France, qui peuvent créer un contexte favorable à la définition d’un cadre juridique capable de protéger les victimes annoncées du changement climatique. 

Arnaud L. 

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Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /2009 01:00
- Publié dans : Environnement et énergie
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Voici donc les points principaux du débat qui va se tenir, et qui se tient depuis quelques jours, à Copenhague. Les négociations vont-elles aboutir à un accord global ou échouer misérablement ? C’est pour l’instant difficile à dire. Le jeu habituel a été amorcé il y a plusieurs mois : on diminue les attentes du grand public pour éviter que la déception ne soit trop grande si on échoue, et pour provoquer l’euphorie si on réussit. D’ailleurs, si Copenhague débouche sur un accord, vous entendrez sans aucun doute notre  cher Président s’en attribuer tout le mérite. Si les négociations préparatoires ont difficilement voir pas avancé, on a quand même assisté dans les dernières semaines à des signes positives. Il y a eu tout d’abord l’annonce concertée sino-américaine de leurs propres objectifs de réduction. L’Inde a suivi une semaine après, alors qu’il y a à peine un an, il s’agissait d’un tabou politique dans ce pays. Peu avant, l’Inde et les USA ont signé un accord de principe sur le climat. La France et le Brésil ont fait de même. Ce que cette activité diplomatique sans précédent sur le front du climat nous apprend, c’est que les négociations techniques ont leurs limites. Il y a des questions qui ne peuvent être tranchées qu’entre chefs d’état, et qui ne le seront donc qu’à la fin de la conférence, au tout dernier moment. Nul ne sait à l’heure actuelle si Copenhague verra la signature d’un accord global et contraignant ou d’une déclaration politique devant se traduire durant l’année 2010 par un accord plus large. Contrairement à ce que tout le monde pense, le monde ne va s’autodétruire si aucun accord n’est trouvé au Danemark. Les  textes laissent jusqu’à la CDP 16 à Mexico City pour continuer le processus, et c’est malheureusement ce qui risque de se passer. Il vaut de toute façon mieux un accord large et équitable plutôt qu’un accord bancal qui ne sera respecté par personne.

Les dirigeants du monde vont-ils se montrer à la hauteur du défi sans précédent auquel ils sont confrontés ? Allons-nous assister en direct à l’échec pitoyable de la gouvernance internationale, et donc de l’ONU ? Pour l’instant, nul ne sait. Rendez-vous tout au long de ces deux semaines qui s’annoncent terriblement intéressantes.

Romain I.
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Vendredi 11 décembre 2009 5 11 /12 /2009 15:49
- Publié dans : Environnement et énergie
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ACTE 2, Les négociations

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’elles portent de moins en moins sur les questions de climat. Comme le dit Shyam Saran, le chef négociateur de l’Inde,  il s’agit des négociations économiques les plus importantes de l’histoire. L’ampleur des transferts monétaires et technologiques nécessaires pour que les pays en voie en développement puissent mettre en œuvre des mesures de ralentissement et d’adaptation au  réchauffement est colossale. Financièrement, ces besoins sont estimés à près de 100 milliards d’euros par an. Vous me direz, si on peut dépenser 10 fois plus que ça pour sauver des banques véreuses, on doit pouvoir les trouver pour sauver la planète. Il n’empêche qu’il s’agit d’une somme assez considérable et qu’il est toujours plus facile de faire accepter à l’opinion publique de dépenser des milliards pour sauver des emplois à la maison plutôt que pour sauver des africains d’une lente agonie économique et sociale. Reconnaissant l’importance de ces questions, la feuille de route de Bali a établi quater piliers sur lesquels les négociations – et les points de désaccord- se concentrent. Il s’agit de l’atténuation, l’adaptation, du financement et de la technologie.

L’atténuation concerne principalement les réductions d’émission. Les scientifiques estiment que pour éviter un réchauffement catastrophique, les pays riches doivent réduire leurs émissions de 25 à 40% d’ici 2020 par rapport à 1990. Au même moment, les pays en voie de développement doivent opérer une déviation substantielle par rapport « business as usual », c’est-à-dire de l’évolution normale de leur émissions en l’absence de toute mesure. L’atténuation est un des points centraux de désaccord dans les négociations, c’est le nerf de la guerre en quelques sortes. Les PED accusent, à raison, les pays riches de ne pas faire suffisamment d’efforts pour atteindre cet objectif. De plus, du fait de la responsabilité historique de ces pays, ils devraient supporter la grande majorité des efforts de « décarbonisation ». Or, si tous les pays sont d’accords sur le principe, son application est loin d’être aisée et requerrait des changements radicaux et très couteux dans notre manière de produire, de consommer, de vivre en réalité. Et force est de constater que tous les pays riches ne sont pas au même niveau : les Etats-Unis ne proposent une réduction de 4% par rapport à 1990, l’Australie ne propose virtuellement rien, le Japon vient de proposer 25% et l’Union européenne a annoncé 20% minimum et jusqu’à 30% si les autres pays développés fournissent des efforts comparables. Du coup, jusqu’à très récemment, les PED refusaient de s’engager dans des réductions d’émission car leur objectif principal est le développement économique, et qu’après tout il n’y aucune raison pour qu’ils dépensent des milliards d’euros qui pourraient servir à sortir leur peuple de la pauvreté alors qu’ils ne sont pas responsables du réchauffement. Pour résumer, si vous ne faites rien, je ne vois pas pourquoi je ferais.

De l’autre côté, les pays riches, également à raison, affirment que tous les pays doivent participer à l’effort car le problème est global. De plus, certains PED sont déjà des émetteurs majeurs de GES : la Chine est maintenant le premier émetteur, l’Inde le quatrième. Ce sont des pays qui comptabilisent plus de 2 milliards d’habitants et des taux de croissance et en faire pleurer un technocrate de la Banque de France. Par conséquent, si ces pays ne font rien pour « décarboner » leur croissance, l’augmentation de leurs émissions sera bien plus grande que la réduction des pays riches, et à ce point-là, il ne reste qu’à prier très fort. Fort heureusement, la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie se sont rendus compte de ce petit détail et ont annoncé des objectifs chiffrés, pour la première fois, récemment. La Chine va réduire la quantité de GES émise par point de PNB par 40 – 45% et l’Inde par 20 – 25%. Cependant, ces objectifs sont unilatéraux et volontaires  et ces deux pays refuseront de signer tout d’accord leur imposant  des objectifs chiffrés. Ainsi, tous les grands acteurs du dossier climatique ont des objectifs chiffrés. Le blocage vient de la perception de certains acteurs que les autres ne font pas assez. En réalité, un autre, les Etats-Unis. Obama vient à Copenhague avec une proposition faiblarde, qui ne pourra pas à première vue satisfaire qui que ce soit. Or, il ne peut pas se permettre de promettre plus car le monde n’est pas parfait. D’un côté on a la Chine et l’Inde  qui refuseront de mettre en péril leur développement si les USA ne s’engagent pas fortement à agir, et de l’autre une bonne partie des Sénateurs américains qui prennent en otage la planète en déclarant que les USA ne devraient pas handicaper leur industrie si la Chine et l’Inde ne font rien. A l’heure actuelle, nul ne sait comment les négociations avanceront sur ce point.

Les délégations vont également s’escrimer sur les questions d’adaptation au changement climatique. Les pays pauvres vont être les plus durement touchés et n’ont bien souvent pas les moyens de développer les infrastructures ou les politiques publiques nécessaires pour amortir les effets sur leur population. Les pays riches ont une responsabilité légale, mais surtout morale, de contribuer de manière substantielle au financement de ces politiques d’adaptation. Ils doivent fournir des fonds supplémentaires pour faire en sorte que les PED ne se retrouvent pas piéger dans la pauvreté à cause du réchauffement. Les négociations portent également sur la gouvernance mondiale et la gestion des risques pour les pays vulnérables : comment faire en sorte que leurs défis soient mieux pris en compte sur la scène internationale ? Quel mécanisme mettre en œuvre pour protéger de manière efficace les populations à risque ?

Ensuite, vient la question absolument centrale du financement. Le sujet a provoqué des débats très vifs entre représentants des pays riches et les autres. Là encore, tout le monde est d’accord tant que c’est l’autre qui s’y colle. Le débat porte à la fois sur le montant, estimé à 100 milliards d’euros par an (mais je vous parie ce que vous voulez que les pays en développement demanderont plus) et sur la répartition de la charge. Il s’agit en fait d’une guéguerre américano-européenne : ni les USA, ni l’UE n’ont annoncé à quelle hauteur ils contribueraient à l’effort nécessaire, et ceci pour une raison simple. Si l’un annonce avant l’autre, le deuxième risque d’annoncer moins, et du coup le premier se fait flouer.  Du coup, on peut être sûr qu’on devrait entendre beaucoup de spéculations pendant les prochaines semaines, mais les vrais chiffres ne devraient apparaître qu’avec l’arrivée des chefs d’états à la fin de la conférence. Les pays riches refusent de financer le développement des autres pays. Ils veulent s’assurer que ces fonds seront utilisés dans des buts strictement climatiques, et non pas pour financer des projets économiques sans rapport avec l’environnement. Le but est que ces fonds servent à mettre les économies de tous les pays au même niveau, sans créer de désavantage compétitif pour les industries des pays riches, qui écoperaient ainsi d’une double peine.  L’origine des financements n’est pas non plus arrêtée. La crise financière étant passée par là, les finances publiques font sérieusement la gueule. Par conséquent, les financements publics ne représenteront qu’une faible partie des fonds. Le reste viendra probablement des marchés de quotas d’émissions. Au cours des dernières années, les discussions ont porté sur la création d’un marché mondial du carbone, comme celui qui existe en Europe. Un tel système, s’il fonctionne de manière optimale, permettrait de générer un flot de ressources financières conséquent et prévisible  qui servirait à aider les pays les plus dans le besoin. De plus, il faut trouver un système de gouvernance tel que les pays victimes du réchauffement aient leur mot à dire dans la détermination des sommes qui leur sont allouées. En effet, c’est une question de responsabilité morale : les pays riches doivent payer, et ne doivent pas être les seuls à décider du montant. Celui-ci doit être basé sur les besoins concrets des pays et ne pas servir de bras armé de la politique étrangère des grandes puissances. Je suis conscient qu’il est naïf de ma part de penser cela, mais je suis quand même persuadé que les enjeux sont trop importants pour pratiquer de la real-géopolitique sur le dos de millions de potentiels réfugiés climatiques. La dernière question concerne la gestion de cet argent : faut-il créer un fond mondial pour l’adaptation qui sera chargé de répartir les fonds ? Faut-il les confier à la Banque mondiale ? Faut-il les distribuer sous forme d’aide au développement ? Ces questions devront êtres tranchées soit à Copenhague, soit, en cas d’échec, au cours de l’année 2010 ou durant la CDP 16 à Mexico dans un an.

Et finalement, la technologie. Les PED réclament des transferts massifs de technologies de pointe, faiblement émettrices de carbone, afin d’opérer leur transition vers une croissance verte. Le problème, c’est qu’une technologie ne se transmet pas comme ça. La plupart de ces technologies sont brevetées et sont dans les mains du secteur privé. Un gouvernement ne peut pas simplement envoyer les plans d’une machine à un autre gouvernement. Les questions de circulation de la technologie sont régies par des traités internationaux, en particulier via l’OMC. Un autre problème récurrent dans les négociations est la création d’un cadre international pour faciliter l’émergence et la diffusion des technologies vertes. Les entreprises innovantes ne veulent bien évidemment pas diffuser pour rien les technologies dont l’acquisition leur a été couteuse et dont elles tirent un avantage comparatif important à l’heure actuelle. Je dois avouer que je maîtrise mal ces questions qui sont d’une complexité difficile à imaginer. D’après ce que j’ai pu en lire, un accord sur ces questions pourrait remettre en cause l’ensemble du régime de propriété intellectuelle international.

Romain I.
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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 16:16
- Publié dans : Environnement et énergie

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Depuis plusieurs années déjà, l’industrie des énergies renouvelables (éolienne, solaire, biocarburants) connaît une croissance exceptionnelle au niveau mondial. Alors que la croissance du secteur de l’énergie évolue généralement au même rythme que le PIB, la production d’électricité des énergies vertes a quant à elle crû de 20% en 2007 et de 42% en 20081. Certes avec 1,3% de la production d’électricité mondiale en 2008, la part des énergies renouvelables reste marginale. Mais avec un chiffre d’affaire annuel de 116 milliards de dollars en 2008, ce secteur attire désormais de nombreux investisseurs d’autant plus qu’il devrait tripler en valeur d’ici dix ans.

 

Un risque de bulle

Loin d’être mature, le business vert est en pleine expansion et le nombre d’acteurs présent sur le marché aussi. Profitant de politiques fiscales avantageuses, les promoteurs d’énergies vertes connaissent une croissance de leur chiffre d’affaires à deux voire trois chiffres par an. Ils n’ont donc aucun mal à trouver des fonds prêts à investir dans leur entreprise, surtout en période de crise lorsque les placements lucratifs se font rares. Toutefois, le risque d’une bulle spéculative est réel. Kyoto et peut être Copenhague fixant des objectifs chiffrés en matière de réduction des émissions de CO2, les gouvernements vont s’arracher les projets de construction d’éoliennes à l’approche des dates butoirs, faisant grimper les prix inexorablement. Flairant le bon coup, un nombre pléthorique de promoteurs se lancent dans l’aventure à l’image des start-up du début des années 2000 dans les NTIC. Comme dans toute croissance forte d’un secteur, la perception du risque diminue. Les investisseurs prennent alors moins le temps d’évaluer les projets et même les plus hasardeux trouvent preneur. Il ne serait donc pas étonnant de voir se former une bulle « verte » dans les prochaines années à l’instar de la bulle internet des années 2000 entraînant dans sa chute indifféremment bons et mauvais élèves, ce qui réduirait les possibilités de construction en matière d’énergies renouvelables.

Un besoin d’encadrement

Il est encore temps d’agir. D’où l’appel de l’ONU et de certains pays souhaitant créer une organisation internationale dédiée à l’environnement. Elle permettrait ainsi, outre la coordination en matière de lutte contre le réchauffement climatique, de réguler le marché mondial des énergies vertes. Cela peut passer par la notation des entreprises du secteur, par des études approfondies sur les segments concernés et par la promotion de politiques publiques en la matière.

Sur le plan national, c’est aux gouvernements de prendre leurs responsabilités. Plutôt que d’essayer de rattraper leur retard au dernier moment et pour un prix exorbitant, ces derniers doivent planifier la construction d’éoliennes et de panneaux solaires dans le respect des objectifs de Kyoto et bientôt de Copenhague. Afin d’éviter la formation d’une bulle spéculative dans le secteur, ils doivent également agir du côté de l’offre en soutenant la création de moyennes et grandes entreprises du secteur dont la taille et l’expertise pourraient élargir considérablement les capacités de production d’électricité verte.

L’encadrement par la sphère publique du business vert, tant du côté de l’offre que de la demande, est indispensable afin d’éviter l’émergence de bulles néfastes tant pour  l’économie que pour l’écologie. Espérons que cette question ne sera pas occultée à Copenhague.

Arnaud L.

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