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Education et jeunesse

Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /2009 13:30
- Publié dans : Education et jeunesse
Lu dans l'édition de Nice-Matin samedi 5 décembre - les coupures de presse de l'édition du quotidien Le Petit Varois du 11 novembre 1965 sont également reproduites ci-dessus...

Il y est question "de deux jeunes gens [qui] ont tenu la vedette". Deux étudiants "à la Faculté de Droit à Paris, à qui le soleil a quelque peu tourné la tête alors qu'ils se trouvaient en vacances sur notre belle Côte-d'Azur."

Pour en savoir plus, lisez plutôt !

Le Petit Varois.

Tolérance zéro?
 
Le Petit Varois.
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Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /2009 20:45
- Publié dans : Education et jeunesse

Vous est-il jamais arrivé de souhaiter être né bien plus tard ? Ca m’est arrivé récemment. J’ai imaginé que si j’avais 10 ans de moins, je rentrerais en classe de sixième, et au lieu de regarder avec envie le magasin de bonbons stratégiquement situé à deux minutes des grilles de mon collège, je pourrais pousser la porter, acheter toutes sortes de trucs gélatineux rouges, verts ou multicolores. Et tout ça parce que ma maman et mon papa m’auraient dit la veille : « tu as été à l’école aujourd’hui, Nicolas Sarkozy apprécie, voici cinq euros mon enfant. »

Génial, non ? Puis ça augmente comme l’argent de poche, car un seconde n’a pas les mêmes besoin qu’un sixième, et l’assiduité devient plus difficile parce que évidemment, la motivation s’use avec le temps. 10 euros pour un seconde, 10 euros !


Non mais, il y a des gens qui racontent n’importe quoi. Nicolas Sarkozy ne veut pas payer les enfants, il veut augmenter les subventions des classes qui parviendront à de bons résultats d’assiduité. C’est en Angleterre, là bas, qu’ils paient les écoliers ! Ah oui, c’est pas pareil. Tu as oublié la négation mon enfant, c’est un euro de moins sur ta paye ! Et si tu continues à massacrer la syntaxe, tu vas carrément payer des impôts sur ton revenu !

Les professeurs de certains établissements rencontrent de grandes difficultés pour affirmer leur autorité, convaincre les élèves d’aller en classe, de les écouter et de leur obéir. Avoir un moyen de pression aussi merveilleux que le financement de sucreries (ou de cigarettes, ou de voyages scolaires) apparaît séduisant.
Non mais, il y a vraiment des gens qui racontent n’importe quoi, et qui ne comprennent rien, a dit Richard Descoings hier soir (lors de la conférence de Martin  Hirsh à Sciences Po). Pourquoi tant de déchaînement de « bien pensance » (sic) nous a-t-il dit avec emphase ? Enfin, vous ne voyez pas que ce système est exactement le même qu’une bourse ? Et vous y êtes allés vous, dans les lycées professionnels ? Les lycéens ont tous atterris là par hasard, sans orientation, parce qu’ils n’avaient pas de bons parents derrière pour obliger le conseil de classe à les envoyer en lycée général ! Qu’y a-t-il de scandaleux à donner une carotte à des élèves qui n’ont pas envie d’aller à l’école parce qu’ils sont mal orientés ?
Non mais, je fais définitivement partie des gens qui n’ont rien compris à ces arguments. Si les lycéens des lycées professionnels sont mal orientés, pourquoi ne pas s’attaquer au système d’orientation ? Personne ne nie cette inégalité féroce de la fin de troisième, où ceux qui passent en lycée général et technologique sont très souvent ceux issus de familles favorisées. Mais donner de l’argent à des classes, pour qu’elles puissent acheter des ordinateurs ou des voitures, alors que leurs élèves ont déserté les bancs de l’école, à quoi cela peut-il bien servir ? Ceux qui ne se rendent plus au lycée se moquent pas mal de pouvoir partir en voyage ou acheter des ordinateurs.
Puisque cette ressemblance frappante entre ce système et le système des bourses m’avaient échappée, supposons que mes capacités intellectuelles sont au plus bas. Je vais donc en toute humilité, au milieu de ce débat de haute volée, me contenter de poser des questions.
Pourquoi un sujet aussi central que l’éducation des jeunes est toujours traité sous des angles aussi réducteurs que l’absentéisme, ou la violence scolaire ? Parce qu’il faut bien commencer quelque part, ou parce que ce gouvernement est incapable de produire une politique globale ?
Pourquoi l’école devient-elle systématiquement le support de toutes les politiques sociales ? Tout le monde –y compris Richard Descoings dans son combat contre la « bien-pensance » - a reconnu que le problème de l’absentéisme venait avant tout d’un contexte familial défavorisé. Ne faudrait-il pas dès lors mener une politique sociale, sans rapport avec l’école, pour aider ces familles, et laisser à l’école son rôle éducatif ?
Est-ce vraiment à un professeur de motiver ses élèves pour que ceux-ci viennent en classe ? Notre jeunesse  défavorisée est-elle si bête qu’elle ne comprend pas ce que l’éducation nationale peut lui apporter de merveilleux en termes d’avenir ? Ou est-ce l’éducation nationale qui n’est plus capable d’offrir un avenir à ces jeunes ? Et si oui, pourquoi diable dépenser de l’argent pour lutter contre l’absentéisme ?

La politique de l’éducation est LE chantier de l’action publique, car il détermine la vie de toute une génération. L’aborder par petits bouts, par mesures ridicules, est presque un crime, contre les millions d’enfants à qui on promet l’égalité des chances.

La politique de l’éducation est aussi un merveilleux chantier pour la gauche, pour qu’enfin on puisse porter des propositions cohérentes et novatrices au service des grands idéaux que sont l’égalité et la liberté, permises d’abord par une éducation complète, gratuite, laïque, obligatoire.  Quand on a en face, un gouvernement qui en est réduit à jeter des pièces de monnaie du haut de sa tour pour appâter les enfants au lieu de se donner les moyens d’une grande vraie belle politique, ça ne devrait pas être difficile de faire mieux. C’est même un devoir politique.

M.P.

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Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /2009 16:07
- Publié dans : Education et jeunesse

Le 28 septembre dernier, l’Assemblée nationale a adopté définitivement la proposition de loi du sénateur UMP Jean-Claude Carle, visant à « garantir la parité de financement entre les écoles élémentaires publiques et privées sous contrat lorsqu’elles accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence ». Déjà voté par le Sénat le 10 décembre 2008, ce texte est présenté par son auteur comme un « projet de loi gagnant-gagnant pour les maires et l’enseignement privé », tandis que le ministre de l’Education nationale Luc Chatel le décrit comme « un texte d’apaisement et d’équilibre ». En dépit de ces déclarations lénifiantes, la loi Carle marque bel et bien un nouvel épisode de la guerre scolaire entre établissements privés et publics, dont les derniers pourraient sortir durablement affaiblis. Cette loi consacre en effet une forme à peine atténuée de « chèque scolaire à la française », mettant à mal les établissements qui sont déjà les plus défavorisés au profit d’une vision consumériste de l’enseignement.

 

Pour bien comprendre les implications de cette loi, qui vient de faire l’objet d’un recours devant le Conseil Constitutionnel de la part des groupes de députés socialistes et apparentés, il importe d’effectuer un retour en arrière. Le présent texte abroge l’article 89 de la loi « libertés et responsabilités locales » du 13 août 2004[1], où était énoncée pour la première fois cette obligation faite aux maires de financer la scolarité de leurs élèves fréquentant des écoles privées situées dans des communes voisines. Une telle disposition représente une surcharge financière estimée à 500 millions d’euros pour les élus concernés[2], non compensée par l’Etat et contre laquelle ils ne peuvent dire mot. Plus fondamentalement, elle paraît constituer une atteinte au principe constitutionnel de « libre administration des collectivités locales », en contraignant celles-ci à apporter des financements publics à l’enseignement privé. C’est donc, du même coup, l’idée même de service public laïque de l’Education nationale qui semble être remise en cause, avec la bénédiction (!) du ministre de la République censé en être le garant.

 

En effet, Luc Chatel a justifié l’adoption de la loi Carle en expliquant que celle-ci « permet le respect du principe de parité tel qu’imposé par la loi Debré de 1959 », laquelle régit les « rapports entre l’Etat et les établissements d’enseignement privé »[3]. Un tel argument est fallacieux, car le principe de parité sur lequel s’appuie Luc Chatel n’a aucune valeur constitutionnelle et parce qu’il laisse entendre que les établissements privés sous contrat souffrent d’une concurrence déloyale à l’égard du public, alors même qu’ils peuvent sélectionner les élèves venant étudier en leur sein.

 

La loi Carle est censée mettre fin aux difficultés juridiques et à la forte contestation des élus qui avaient suivi l’adoption du texte de 2004, en encadrant plus strictement les conditions dans lesquelles cette obligation de financement trouve à s’appliquer afin d’apporter une meilleur sécurité juridique aux maires concernés. Toutefois, l’esprit de l’article 89 reste inchangé, et les conditions qui ont été introduites par le nouveau texte paraissent aisément contournables. Les communes auront en effet obligation de payer (sans que le maire puisse exprimer un avis préalable) dans chacun des quatre cas de figure suivants :

-    si la commune de résidence ne dispose pas des capacités d’accueil nécessaires ;

-    en cas d’obligation professionnelle des parents ;

-    en cas de raison médicale ;

-    si un frère ou une soeur sont déjà scolarisés dans la commune d’accueil.

 

De nombreux élus, indépendamment de leur coloration politique, ont déjà pointé la faiblesse de ce nouveau dispositif. Parmi eux, le député des Yvelines Pierre Cardo (UMP), qui craint des « détournements prévisibles » : « Prenons l'exemple des communes qui n'ont pas de collège ou de lycée : il suffira d'avoir un enfant scolarisé dans le collège de la ville d'à côté pour pouvoir inscrire son enfant dans l'école privée de cette même ville ! Et le maire de la commune de résidence devra payer ! » Argument rejeté par le ministre, qui estime que demander l’avis du maire reviendrait à porter atteinte à la liberté d’enseignement.

 

Les conséquences de cette loi sont hélas prévisibles : en encourageant une forme de consumérisme scolaire qui pousse les parents à délaisser l’école publique pour inscrire leurs enfants dans le privé, elle affaiblira davantage les établissements les plus défavorisés et renforcera certains phénomènes de ghettoïsation en leur sein. Elle menace aussi directement les écoles situées en milieu rural, en accélérant leur désertification, à une époque où les habitants de ces communes rurales ressentent déjà avec acuité la dégradation de certains services publics qu’ils vivent comme un abandon de la part de l’Etat.

 

Cette perspective inquiétante, plusieurs membres de la majorité semblent s’en réjouir et l’appeler de leurs vœux. Ainsi du député Christian Vanneste (plus connu pour ses saillies verbales contre les homosexuels) qui estime qu’un chèque éducation serait « l’idéal » : il pourrait, selon lui « rendre réelle une liberté aujourd'hui virtuelle. Chaque famille, munie de ce chèque, choisirait son école, qui disposerait des deniers publics en proportion des inscrits ». Avec cette vision, c’est toute une conception de l’Ecole comme lieu de socialisation et d’apprentissage républicain qui semble battue en brèche. On espère que le Conseil Constitutionnel saura la préserver[4]


Alexandre B.

[1] 1 Il s’agissait d’un amendement introduit subrepticement dans le texte de loi, à l’initiative du sénateur PS Michel Charasse (triste ironie du sort !)

[2] Cela s’explique par le fait que plus d’un tiers des quelques 900 000 élèves inscrits dans le privé le sont dans une commune autre que leur lieu de résidence (ce qui n’est pas surprenant, puisque l’inscription dans le privé est motivée moins souvent par des choix confessionnels que par la volonté d’échapper à la carte scolaire...)

[3] C’est cette loi qui a introduit le système de contrats entre l’Etat et les écoles privées, qui reste en vigueur aujourd’hui : en échange d’une aide financière de l’Etat, ces derniers doivent conformer leurs programmes à ceux de l’enseignement public (et font l’objet d’une inspection obligatoire), l’appartenance religieuse de l’enfant ne peut être un motif de refus de son inscription, et le statut des enseignants exerçant dans ces établissements est calé sur ceux du public.

[4] Comme il le fit dans une décision du 8 juillet 1999, dans laquelle il avait jugé qu’ « on ne saurait exiger que toutes les formations dispensées dans les établissements de l’enseignement public le soient avec l’aide de l’Etat dans les établissements de l’enseignement privé », rejetant ainsi l’argument de la « parité ».

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Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /2009 18:05
- Publié dans : Education et jeunesse

La nouvelle direction du Parti socialiste a lancé depuis quelques mois plusieurs chantiers thématiques, ouvrant le débat aux experts et aux citoyens à l'extérieur du Parti. Le blog participatif consacré à l'éducation vient d'ouvrir : www.agirpourleducation.fr. Il est accompagné d'un petit livret, L'école en danger, qui fait le point sur la politique du gouvernement en matière d'éducation depuis deux ans.

Le site présente dix axes de réflexion de la petite enfance à l'orientation vers les études supérieures. La réussite scolaire, la place de la culture dans l'éducation, la formation des enseignants mais aussi la laïcité sont autant de questions sur lesquelles nous sommes invités à témoigner. Nous continuerons de le faire comme c'est le cas depuis plusieurs semaines au cours desquelles notre blog s'est engagé aux côtés des enseignants chercheurs et des étudiants. L'école a besoin de nous !

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Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /2009 11:31
- Publié dans : Education et jeunesse

Le Parti Socialiste doit apparaître aux yeux des Français comme une force crédible de propositions justes, efficaces et novatrices. Or, il a été pendant ces dernières années trop souvent inaudible, peu clair, assumant – à demi-mot seulement – des choix idéologiques pourtant entérinés de facto lorsque les socialistes étaient aux responsabilités de 1997 à 2002. L’élocution hésitante des instances dirigeantes du PS a ainsi créé de la confusion, voire une souffrance, chez les Français de gauche, y compris chez les militants eux-mêmes. Nous devons aujourd’hui mettre un terme à la fossilisation des idées afin de faire émerger des propositions neuves, alternatives aux réformes iniques de Nicolas Sarkozy, crédibles aux yeux des Français et s’inscrivant harmonieusement dans une grille de lecture remaniée et lisible de la société et des dynamiques à l’œuvre. Nous ne devons plus avoir peur de nous-mêmes. Nous ne devons pas craindre notre capacité - intacte - à réinventer le socialisme au risque de bousculer les dogmes confortables sur lesquels nous nous étions assoupis. C’est à cette condition sine qua non que nous pourrons convaincre les Français de nous faire confiance en 2012. Le récent plan de relance alternatif va ainsi dans la bonne direction. Il n’est toutefois qu’un tesson de la fresque politique d’ensemble que le PS doit encore créer à l’image d’une société moderne, plus solidaire, plus juste et respectueuse de chacun. Cette ambition n’est pas démesurée si nous réfléchissons collectivement et que les principaux responsables écoutent la prolixe production idéelle des militants des sections qui, eux, n’ont jamais cessé d’imaginer. Commençons – et l’actualité s’y prête –  par nous pencher sur un mode de financement de l’Université audacieux et porteur de justice sociale.

Il incombe en effet au Parti Socialiste d’avancer des solutions alternatives pour réformer le système actuel qui souffre de graves difficultés. La liste est longue des symptômes révélateurs des maux de l’Université française, depuis la régression de la France dans la compétition internationale, en passant par les conditions déplorables d’études dans certains établissements en situation de quasi-faillite, jusqu'à la colère légitime des enseignants-chercheurs dénigrés par le chef de l’Etat. Tandis que la cécité, la surdité et la brutalité de Nicolas Sarkozy n’ont fait qu’accentuer la crispation de la communauté universitaire, le PS doit être force d’écoute des premiers intéressés et force de propositions solides.  Il faut en effet trouver de nouvelles solutions – au-delà des réorientations budgétaires que le PS demande – pour financer l’Université qui souffre d’un cruel manque de moyens.

Un levier de financement privilégié par le gouvernement Fillon est d’augmenter encore davantage les frais de scolarité en sachant que les étudiants contribuent pour environ 4% seulement au financement de l’enseignement supérieur. Nommé par le pouvoir comme tuteur de Xavier Darcos, le directeur de Sciences Po Richard Descoings vient d’ailleurs de décider d’une augmentation spectaculaire des droits d’inscription pour tous dès la rentrée 2009. Cette solution n’est actuellement pas acceptable car elle ne satisfait pas aux exigences de justice sociale et d’égal accès de tous à ce bien fondamental : l’enseignement supérieur. De plus, la paupérisation étudiante – accentuée en période de crise économique (difficulté de trouver un job pour financer ses études) et financière (restriction bancaire et durcissement des conditions d’emprunt) – est déjà insupportable car elle met en péril la réussite des étudiants et les précarise prématurément. La gratuité des études supérieures est aujourd’hui un mythe. Aux frais d’inscription en constante hausse s’ajoutent les frais de logement, de transport, de sécurité sociale, l’achat de livres, d’un ordinateur personnel devenu souvent indispensable… Or l’Etat français aide peu les étudiants – 0,2% du PIB – contre 0,6% en Suède, 0,5% en Grande-Bretagne et 0,4% aux Pays-Bas. Augmenter les frais de scolarité, c’est donc, d’une part, décourager les étudiants des familles les plus modestes à s’engager dans des études supérieures - surtout depuis l’allongement d’un an de la durée des études consécutif a l’application du processus de Bologne (LMD). D’autre part, c’est obérer les chances de réussite des étudiants qui devront augmenter leurs quotes-parts d’heures d’activité professionnelle au détriment du temps consacré aux études. Majorer les frais d’inscription n’est assurément pas une solution de justice sociale. C’est également une aberration économique en ce que cela génère des désincitations fortes à l’abandon d’études supérieures à l’heure où la compétitivité de notre pays repose principalement sur le niveau et la qualité de formation des travailleurs.


Un second levier possible pour les universités est de rechercher des fonds privés pour financer des chaires, des laboratoires… Je pense qu’il ne faut pas être obtus sur la question, mais cette option ne doit être que résiduelle et doit s’inscrire dans les circonstances bien définies d’un projet et d’un partenariat aux contours précisément tracés. Si ce mode de financement effraie souvent, c’est parce que sont redoutés le spectre du désengagement concomitant de l’Etat et une compétition sous-jacente des établissements pour attirer des fonds par nature tendus vers la recherche d’un profit économique. Seraient avantagées les universités déjà les mieux dotées en atouts et privilégiées les disciplines les plus rémunératrices en termes de prestige et d’applications industrielles et tertiaires. De toutes manières, il y a fort à parier que la disponibilité des fonds des acteurs privés serait limitée et trop fluctuante pour être à la hauteur des besoins.

Les deux premiers leviers ne sont donc pas satisfaisants car ils ne répondent pas aux exigences de justice sociale et d’égalité devant l’accès à un enseignement supérieur de qualité.

Quelle solution, juste et audacieuse, peut-on donc proposer, à gauche, pour refinancer l’Université en considérant la situation budgétaire et financière de notre pays ? L’idée, c’est de faire contribuer au financement de l’Université les anciens étudiants dans la mesure où ils ont un CDI, avec un niveau de salaire suffisant (à définir selon un certain nombre de paramètres).

L’Etat pourrait, dans ces conditions seulement, augmenter virtuellement les frais d’inscription annuels. Donnons un exemple plus concret. L’Etat décide qu’un parcours en Faculté (5 ans pour un master) justifie une contribution post diploma de l’étudiant de 2500 euros (soit 500 euros par an). Pendant son parcours, l’étudiant ne paie absolument rien, ce qui le libère, lui et sa famille, d’une contrainte financière. Mais un pourcentage du salaire sera prélevé au salarié pendant quelques années pour doter directement le budget de l’enseignement supérieur. Si le travailleur perd son emploi, les prélèvements s’interrompent jusqu'au prochain CDI. A la retraite la « dette étudiante » non remboursée cesse d’être exigible. Cette idée d’organiser la solidarité entre les différentes générations d’étudiants via une contribution financière des anciens étudiants (bien intégrés dans la vie active et disposant de ressources stables) a notamment été soutenue par le keynésien James Tobin qui l’expérimenta à Yale au début des années 1970. On appelle aussi cela prêts à remboursement contingent, car les remboursements n’interviennent que dans les bonnes années.

Cette solution permet de répondre aux besoins de financement supplémentaire des Universités (cf. l’exemple de l’Australie et la réforme de 1988, qui a inspiré la réforme de Tony Blair en 2004), appelle la création de véritables pôles d’insertion professionnelle des futurs diplômés afin - au-delà de la logique de l’emploi - d’assurer la fluidité du mécanisme de transferts. Mieux, le principe d’équité en ressort affermi. En effet, financer les classes préparatoires et les grandes écoles intégralement par l’impôt sur le revenu revient aujourd’hui à faire peser sur l’ensemble des contribuables (dont la majorité n’a pas pu bénéficier de ces filières encore cadenassées par les élites, et dont les enfants ont statistiquement toujours moins de chances d’intégrer que la progéniture de parents CSP+) le financement des étudiants déjà les plus favorisés. Il faut savoir que le parent référent de 62% des étudiants en prépas littéraires et scientifiques est cadre ou exerce une profession intellectuelle supérieure. Notons aussi que l’Etat investit 4 fois plus pour une scolarité complète en Grande Ecole que pour un parcours en Faculté. A cet égard, on peut imaginer un système de remboursement majoré pour les travailleurs issus de tels parcours classe prépa/grande école. Encourageant une logique de péréquation, l’Etat pourrait choisir de porter la contribution de ces étudiants à 10000 euros pour cinq années (contre 2500 dans l’exemple ci-dessus de la Fac).

La logique de justice sociale veut ainsi que l’investissement dans l’enseignement supérieur soit davantage financé par les contribuables qui en ont bénéficié directement – dans une conception assurantielle un peu similaire aux systèmes de pension par répartition. Cela libérerait des crédits pour les secteurs universitaires les plus en souffrance et afin de mener une politique de bourses volontariste et ambitieuse en direction des jeunes qui aujourd’hui sont tenus à l’écart de l’Université et des Grandes Ecoles ou contraints de cumuler les jobs pour s’en sortir.

Justice sociale, équité entre les étudiants et les filières, financement plus abondant : cette idée mérite d’être discutée au Parti socialiste, débattue, sophistiquée. La situation de l’enseignement supérieur français, en particulier de l’Université, exige de nous, socialistes, une vision claire et des solutions renouvelées et audacieuses. C’est, sur cette problématique comme sur d’autres enjeux, le seul moyen de replacer durablement l’espoir à gauche.

Thomas E.
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