Hier soir, plus de 6000 républicains étaient rassemblés au Zénith à l’occasion d’un
concert-meeting en opposition à l’instauration de tests ADN dans le cadre du regroupement familial. Cet évènement était organisé
à l’initiative de Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, de Laurent Joffrin, directeur de Libération et de Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Il faisait suite
au lancement d’une pétition nationale qui a déjà recueilli plus de 200 000 signatures.
La section PS de Sciences Po était présente afin de réaffirmer son opposition à l’amendement Mariani auquel nous avons déjà consacré un article.
De nombreuses personnalités du monde politique, artistique et scientifique sont intervenues à la tribune pour dénoncer les dangers de l’amendement Mariani. Parmi les interventions, on comptait hier bien sûr celles des responsables socialistes mais aussi, au-delà de la gauche, celle de François Bayrou et de ces hommes et femmes animés comme nous par leur attachement aux droits de l’homme et aux valeurs de la République. Ainsi François Goulard, député UMP du Morbihan et ancien secrétaire d’Etat à la recherche et à l’enseignement supérieur, a-t-il courageusement rappelé son opposition à cet amendement. Autre intervention particulièrement marquante : celle de François Léotard, ministre (UDF) de la Défense de 1993 à 1995.
Nous retiendrons également les réquisitoires contre le recours aux tests ADN du sénateur (apparenté PCF) Jack Ralite, du généticien Axel Kahn et du comédien Michel Piccoli.
Tous se sont accordés à souligner que si l’amendement d’origine avait été édulcoré, l’attachement persistant du gouvernement à son adoption ne lui retirait rien de sa portée et du symbole qu’il représente dans la manière dont la France envisagerait désormais l’immigration, au contraire.
L’occasion d’un rassemblement multicolore, témoignage de notre détermination à nous opposer avec force au renoncement
démagogique que constitue plus largement le projet de loi sur l’immigration présenté actuellement au Parlement.
Malgré l’exhortation hier matin de Thierry Mariani aux partisans de son amendement de se rendre au Zenith, les personnes présentes hier étaient bien toutes déterminées à combattre son projet. Elles étaient le visage de cette France de l’ouverture, de la tolérance, fidèle au précieux héritage des Lumières.
Ce rassemblement intervenait alors que va se réunir la commission mixte paritaire chargée d’élaborer une version du texte du projet de loi qui sera soumise en des termes identiques à l’Assemblée et au Sénat. Parmi les parlementaires membres de cette commission, Georges-Pau Langevin, députée socialiste de Paris dont le travail déjà remarquable lors du débat parlementaire doit être salué, aura pour tâche de convaincre ses collègues de ne pas, en consacrant un amendement même édulcoré, ouvrir une brèche dans les principes fondamentaux de notre République.
Mais au-delà de la personnalité de Thierry Mariani, il ne faut pas non plus oublier que cet amendement, loin d’être spontané, est le fruit de la volonté d’un gouvernement et d’un Président de la République qui ont vu dans la voie de l’amendement parlementaire une échappatoire au contrôle du Conseil d’Etat. Que l’on salue ici le courage politique dont ils se targuent pourtant si souvent.
Le PS Sciences Po réaffirme ainsi son opposition la plus totale à ce texte dangereux et démagogique et tient à saluer les élus qui, au-delà de notre famille politique, ont le courage de s’y opposer clairement.
Bastien Taloc
François Bayrou distribuait ses bons points, cet après-midi dans sa conférence de presse. S'il a critiqué les divergences entre lui et notre candidate sur les questions liées à l'Etat, il a surtout chargé Nicolas Sarkozy qui, dans l'exercice du pouvoir, représente un danger. "Il y a du Berlusconi en Sarkozy" a ajouté François Bayrou, qui a accepté le débat public que lui avait proposé Ségolène Royal.
La Marseillaise
Dimanche dernier, c’est la Marseillaise qui a clôt le meeting du Parti Socialiste porte de Versailles. Evidemment ce choix a entraîné des commentaires à la Gauche comme à la Droite de l’échiquier politique.
A chaque fois que la Gauche essaye de s’approprier un symbole national, que se soit le drapeau tricolore ou la Marseillaise, la presse et la classe politique de droite comme d’extrême gauche crient à la tentation de l’extrême droite. On peut citer Besancenot, qui a déclaré dimanche : «Ça me choque et ça me fait flipper. Il y a [ la Marseillaise] , plus l'identité nationale, plus les drapeaux [...], ça crée un petit climat.»
Un chant réservé à l’extrême droite ?
Bon je ne voudrais pas faire ma Sciences Po et imposer aux lecteurs de ce post un cours d’Histoire, mais je tenais quand même à rappeler quelques faits. Premièrement, l’idée de nation est historiquement une valeur de gauche. En 1789 l’emblème de la nation c’est les soldats de l’an II et la victoire de Valmy. Ce sont des symboles chers aux députés assis à gauche de la toute jeune assemblée et pas aux députés assis à droite de la tribune. Rappelons aussi que La Marseillaise est déclarée chant national le 14 juillet 1795, soit après 1793, date fatidique sur laquelle se divise aujourd’hui encore Droite et Gauche. La Droite ayant reconnu la Révolution Française jusqu’en 1793, considérant que suit ensuite un régime de Terreur, la Gauche considérant la Révolution Française comme un tout jusqu’en 1799.
Bon j’ai fini avec le cours d’Histoire, nous pouvons retourner au débat politique.
Mais aujourd’hui, me diront certains, la Marseillaise c’est l’hymne de Le Pen et De Villiers, du colonialisme et du chauvinisme. Citons dans ce sens Laguiller qui a déclaré « La Marseillaise a été un chant révolutionnaire pendant la Révolution Française, mais après, c'est le chant qui a accompagné toutes les guerres coloniales, qui a accompagné le massacre des communards[1].» En suivant une telle logique, on comprend qu’utiliser ce chant serait faire le jeu de l’extrême droite.
A cela il faudra qu’on m’explique en quoi M. Le Pen ou M. Philipe de Villiers de son vrai nom Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon sont plus légitimes que les socialistes pour chanter la Marseillaise. C’est vrai ce Monsieur, noble et vendéen, est très bien placé pour revendiquer l’héritage de la Révolution Française ! L’hymne national est un chant révolutionnaire qui prône l’égalité (couplet IX « chaque citoyen respire //Sous les lois de l’Égalité ») et l’abolition des privilèges s’il doit être réservé à une catégorie politique c’est de la Gauche dont il s’agit.
Un chant pas assez internationaliste ?
Olivier Besancenot, dans une interview à la Télélibre.fr[2] a déclaré « C’est pas la Marseillaise ma chanson préféré c’est l’Internationale ». Il y aurait un donc un champ réellement internationaliste d’un côté et de l’autre un autre coincé entre les six faces de l’hexagone. La meilleure réponse à ce tissu d’âneries ? Une étude de texte :
VIII
« Nous avons de la tyrannie
Repoussé les derniers efforts ;
De nos climats, elle est bannie ;
Chez les Français les rois sont morts. (Bis)
Vive à jamais la République !
Anathème à la royauté !
Que ce refrain, partout porté,
Brave des rois la politique.
Aux armes, citoyens ! Etc. »
IX
« La France que l'Europe admire
A reconquis la Liberté
Et chaque citoyen respire
Sous les lois de l'Égalité ; (Bis)
Un jour son image chérie
S'étendra sur tout l'univers.
Peuples, vous briserez vos fers
Et vous aurez une Patrie !
Aux armes, citoyens ! Etc. »
La Révolution Français, il faut apparemment le rappeler à M. Besancenot, a toujours eu une vision internationaliste. Elle souhaitait que les trois valeurs Liberté/Egalité/Fraternité « partout porté[es] » « s’étend[ent] sur tout l’univers ». Il suffit de lire la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen pour comprendre cette évidence.
Alors l’Internationale et la Marseillaise, des chants incompatibles ? Pas le moins du monde à mon avis : ils représentent tous deux les espoirs d’une époque et ont leur place l’un à côté de l’autre. La preuve lors des meetings des jeunes socialistes, nous avons une fâcheuse tendance à chanter les deux à la suite !
Patricia Perrenes.
On voudrait nous faire croire aujourd'hui que Ségolène Royal aurait attendu aujourd'hui pour s'intéresser à la Nation. FAUX. Elle en parle très souvent dans ces discours depuis toujours, simplement la presse ne relayait pas ses propos avant il y a 3 jours.
Par exemple, voici une vidéo made by PS Sciences Po le 7 février lors d'un meeting de Ségolène à Paris.
Le thème de l’identité nationale a semblé ces derniers jours au cœur de la campagne. Certains ont cru bon d’y voir une frénésie voire, selon François Bayrou, une « obsession nationaliste ».
Si la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale (sic) mérite d’être condamnée car elle opère un rapprochement douteux entre
immigration et identité nationale dont nous avons déjà parlé sur ce blog, il est contestable de faire l’amalgame entre le discours de Nicolas Sarkozy et celui de Ségolène
Royal.
En insistant sur la nécessité d’apprendre notre hymne national et en remarquant que dans beaucoup d’Etats, les citoyens avaient chez eux le drapeau national, Ségolène Royal aurait, selon François
Bayrou, cédé à une « obsession nationaliste ».
Il est
maladroit de qualifier de nationaliste une position qui relève en fait du patriotisme. La France et l’Europe savent trop bien que le nationalisme qui a détruit notre continent à deux reprises au
siècle dernier procède d’un sentiment négatif et exclusif. Plus que sur la fierté d’appartenir à une nation, il s’appuie sur une volonté de domination et d’exclusive.
Le patriotisme renvoie à un sentiment d’appartenance, de fierté. Ouvert, dans l'esprit de notre candidate, à d’autres appartenances, il n’est en aucun cas exclusif. Il permet d’assurer la cohésion d’un pays. Cette fierté, elle consiste aussi à porter, comme l'a dit Ségolène Royal à Marseille, "le message universel de la France à travers le monde".
Il faut employer les mots avec
prudence et ne pas jeter l’anathème avec simplisme.
Jean Jaurès disait qu’un peu d’internationalisme éloignait de la patrie mais que beaucoup d’internationalisme en rapprochait. A ceux qui verraient dans les propos de
Ségolène Royal une source d’éloignement de l’Europe à la veille de l’anniversaire du traité de Rome, il convient de dire, en renversant la formule de Jaurès, que notre attachement à notre
appartenance à la France n’est certainement pas incompatible avec notre volonté de construire une union politique au niveau européen. Au
contraire.
Notre société a besoin de repères et c’est le sentiment d’un affaiblissement des identités qui a pu parfois conduire une partie de notre pays au
rejet de l’Europe. Loin de flatter le nationalisme ou le repli identitaire, Ségolène Royal a voulu simplement rappeler la nécessité d’assurer la cohésion nationale autour de nos symboles
et de nos valeurs.
Bastien Taloc




