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Point de vue militant

Jeudi 16 décembre 2010 4 16 /12 /Déc /2010 12:00
- Publié dans : Point de vue militant

 

Raffaele Simone – Le Monstre doux, L'Occident vire-t-il à droite?

Edition Gallimard, paru en Italie en 2008, traduit de l'italien en 2010

Résumé

"Ce livre décrit un déclin et une ruine : en Occident, la gauche sous toutes ses formes recule et ses principes fondamentaux sont partout attaqués. Il s'agit de comprendre pourquoi cet ensemble d'objectifs politiques, que beaucoup considèrent encore comme fertiles en possibilités d'améliorer la condition humaine, sont en train de reculer, pourquoi dans tant de pays, se moderniser signifie le plus souvent aspirer à boire du Coca-Cola, à intégrer le processus de consommation dans l'opulence. Parallèlement à cette ruine, une « droite nouvelle » promet bonheur et bien-être à tous, même si elle a, en réalité, bien d'autres intérêts et objectifs. Si la droite nouvelle avance, pendant que la gauche survit péniblement, ce n'est pas seulement pour des raisons politiques: c'est parce qu'elle peut compter sur un paradigme de culture exceptionnellement attirant et affable, la culture de la modernité, en tant que système économico-idéologique total. Nous nous trouvons en présence d'une nouvelle grande forme résultant de la métamorphose de la modernité de masse, d'un Grand Bond en avant: l'avènement du « Monstre doux » dont les premiers effets sont visibles dans le délitement de la gauche, dans le changement de nature de ses idéaux et des partis dans lesquels elle s'incarne."

 


      Critique littéraire 

Dans cet ouvrage, Raffaele Simone invente une figure tout à fait intéressante, le Monstre doux, figure qui lui permet d'analyser les différents changements qui s'opèrent dans le monde occidental. Selon l'auteur, ces changements sont non seulement politiques, mais touchent aussi d'autres champs de la vie quotidienne des individus, voire tous ses champs. Simone identifie ainsi un tournant culturel fatal, qui s'affirme lentement et subrepticement dans nos sociétés : nos systèmes de valeurs sont en train de changer. Par conséquent, les idéaux prônés par la gauche ne correspondent plus à l'esprit de notre temps, focalisé sur une consommation effrénée. Cette « carnavalisation » de nos vies nous donne toutes les apparences du bonheur. Les individus ne se rendent pas compte de ce revirement et restent dans une sorte d'état second passif, semblable au divertissement pascalien« Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère et l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux de n'y point penser », écrit Pascal. Dans ces conditions, oui, la gauche est « out », pour reprendre les mots de Simone; alors que la droite, elle, est attirante : l'air du temps est de vivre, s'amuser sans réfléchir. La droite a su intégrer cela dans son discours, a su même le rendre plaisant, la gauche, non. Et contre un changement des mentalités, il est en effet bien difficile de lutter.

Sur ce point, je rejoins la théorie de Simone. En effet, comme nous avons pu le constater cet été, la France est restée dans une passivité étonnante face à la dérive sécuritaire très dure, voire choquante, amorcée par Nicolas Sarkozy. Un certain nombre de principes qui fondent notre démocratie et nos valeurs ont été bafoués explicitement et brutalement, et personne, à part quelques irréductibles, n'a eu l'air de s'en rendre compte. La dérive langagière de certains membres du gouvernement ne pouvait pourtant pas laisser de marbre celui qui , même en vacances, y prêtait attention. Dans leur majorité, les Français ont au contraire montré un attitude de « laissez-faire », qui a été interprétée (à tort!) par certains sondeurs comme une attitude de légitimation de ces politiques. La gauche, face à ces événements, a paru impuissante. Il est vrai qu'elle est en mal de renouveau et d'inventivité. Ses idées sont apparues faiblardes par rapport à la vigueur communicationnelle dont a fait alors preuve la droite. Et plutôt que de vigueur, parlons plutôt d'agressivité.

Mais contrairement à ce que dit l'auteur, je ne pense pas que l'Occident aille irrésistiblement à droite, ou en tout cas, pas pour des raisons qui seraient uniquement culturelles.Tout d'abord, le vieillissement généralisé des populations occidentales induit un inévitable virage à droite. La corrélation entre le vieillissement et la droitisation est un poncif qu'il ne s'agit plus aujourd'hui de contester, car admis par tous. Aussi, si l'Occident va à droite, c'est aussi en raison de facteurs structurels et démographiques. Cependant, si l'analyse du revirement culturel de Simone est intéressante, n'oublions pas qu'il a écrit ce livre en 2008. La crise n'avait pas alors pris toute son ampleur. Du moins, la conscience collective n'avait-elle pas encore intégré toutes les conséquences néfastes qu'elle avait produites. Or, la crise qui a frappé de plein fouet les économies des pays occidentaux a eu, à mon avis, un impact très fort sur les mentalités. La crise a révélé les failles criantes du capitalisme financier mondial, failles que nous avions essayé d'oublier. Nous nous sommes rappelé alors que les objectifs d'égalité et de justice étaient des absolus que nous ne pouvions plus longtemps renier. Peut-être ce point de vue est-il très optimiste, mais je pense sincèrement que les idéaux de gauche ne sont pas morts. Le malheur est peut-être que le peuple de gauche n'a pas su profiter de cette situation : il aurait dû rappeler son rôle de fier leader de ces opinions pour retrouver auprès du peuple son assise légitime. Il faut sans doute voir dans ce manque le signe de sa sclérose, mais il n'est pas encore trop tard pour changer cette trajectoire. La gauche n'est pas aussi « antinaturelle » que Simone veut bien le croire, il lui faut simplement revoir sa stratégie de communication pour rappeler à quel point ses idées au contraire sont ancrées dans notre nature d'homme et sont à la hauteur des enjeux de demain.

 

Suzanne


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Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 12:41
- Publié dans : Point de vue militant

            Le flou qui entourait le processus des primaires s’est dissipé cette semaine. Le doute quant au caractère démocratique de ces élections qui désigneront le candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2012 commençait à s’installer. Les trois candidats en tête – Martine Aubry, Ségolène Royal et Dominique Strauss Kahn – avaient prétendument conclu un pacte selon lequel un seul d’entre eux se présenterait. À bien des égards, ces rumeurs pouvaient sembler surprenantes. Comment le Parti Socialiste aurait pu défendre ses valeurs démocratiques s’il présentait au peuple français des « primaires de confirmation », comme  les imaginait Claude Bartolone ?

 

            Mais la cohérence politique de Ségolène Royal a eu raison de possibles manœuvres d’appareil qui auraient été du plus mauvais effet. Il est rare de maintenir si constant une ténacité contre le pouvoir en place au niveau national, et une efficacité politique au niveau régional. Sa brillante réélection en Poitou-Charentes, avec plus de 60 % des suffrages exprimés, est probablement la conséquence de son originalité politique, qui tient en deux mots : cohérence et honnêteté. Aussi n’est-il pas réellement surprenant, c’est l’avis de Benoît Hamon, qu’elle brigue l’investiture aux primaires. N’avait-elle pas, dès le soir de la défaite socialiste, appelé les militants et le peuple de gauche à se tourner vers d’autres victoires ? Elle s’était alors engagée à mener ces nouveaux combats, ce qui rend absolument logique sa déclaration de mardi. Son attachement à la démocratie l’a emporté, et grâce à elle les primaires seront ouvertes et plurielles. La candidate, ou le candidat, qui en sera issu disposera d’une réelle légitimité et d’une dynamique forte.

 

            Cette décision est permet à Ségolène Royal de clarifier la position ambiguë de Martine Aubry quant au « pacte ». Elle lui permet également de s’affirmer avant tout pour ce qu’elle est, à savoir une dirigeante convaincue qui veut engager rapidement la bataille contre Nicolas Sarkozy et sa politique injuste.

Il semblerait par ailleurs que cette franchise politique se soit forgée de solides ennemis. 

 

Pierre Yves Caladen


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Vendredi 26 novembre 2010 5 26 /11 /Nov /2010 14:44
- Publié dans : Point de vue militant

 

Les élections européennes de 2009 n’ont pas été glorieuses pour le Parti Socialiste Européen qui y a perdu des plumes – et quelques eurodéputés au passage. Et pourtant, le PSE était le seul à avoir réussi à mettre en place une plateforme commune, un Manifesto accepté par tous les partis nationaux et qui devait servir de base programmatique commune, permettant par là même occasion d’éviter autant que faire se peut que la campagne européenne ne se transforme, comme souvent (comme toujours ?) en vingt-sept campagnes nationales. Avouons que, si l’idée était belle, le succès n’était pas vraiment au rendez-vous.

 

Il faut dire que l’Union Européenne ne fait plus rêver : des taux de participation aux élections en chute ininterrompue, un sentiment d’éloignement perpétuel entre « les technocrates de Bruxelles » et le peuple européen, une absence d’identité européenne véritable – le processus d’intégration politique construit depuis cinquante ans semble avoir perdu de sa superbe.

 

L’action du PSE est, à cet égard, primordiale : les partis européens doivent tout faire, tout mettre en œuvre pour que les élections européennes permettent aux citoyens de débattre sur des enjeux européens – et pas, comme souvent, que ces élections soient un thermomètre visant à prendre la température des situations politiques nationales.

 

Toutefois, il manquait un élément clé pour la réussite de cette entreprise d’européanisation des élections… européennes. Il manquait un homme (ou une femme), un leader, quelqu’un en qui les gens pouvaient se reconnaître ! Quelqu’un que les gens pouvaient identifier comme étant bien le leader de la campagne européenne des socialistes – quelqu’un qui serve d’exutoire aux soutiens ou critiques populaires. Quelqu’un qui se substitue, à lui seul, aux vingt-sept leaders socialistes des vingt-sept pays européens. Quelqu’un qui incarne l’idée d’une Europe socialiste. Quelqu’un qui, si le PSE avait été, grâce aux suffrages européens, promu comme le premier groupe parlementaire à Strasbourg, aurait été élu par ce Parlement à la tête de la Commission Européenne.

Car c’est bien là, le problème : l’Union Européenne manque de leader et le peuple a l’impression de ne pas connaître ses dirigeants européens et, dès lors, de ne pas savoir ce qu’il se trame dans les instances décisionnelles de Bruxelles, Strasbourg ou Luxembourg. Or, le Parlement Européen a une prérogative majeure, primordiale, clé, première ! Elle élit le Président de la Commission Européenne. Comme dans tout régime parlementaire, le Parlement élu, représentatif du peuple européen dans son ensemble, a le pouvoir de porter à la tête de l’Union son Premier Ministre – car le Président de la Commission Européenne a des prérogatives qui le rapprochent d’un Premier ministre national, son armée de Commissaires munis chacun de portefeuilles spécifiques étant les ministres de l’Union.

 

Comme au Royaume-Uni où c’est la Reine qui propose au Parlement britannique un Premier ministre qui doit ensuite être élu par ce Parlement, en Europe, c’est le Conseil des ministres qui propose au Parlement un Président de la Commission. Sauf qu’en Europe, jusqu’à présent, le Parlement s’est laissé dicter son choix par le Conseil, ne faisant qu’entériner sa proposition !

 

Imaginez qu’au Royaume-Uni, la Reine propose, à l’Assemblée conservatrice nouvellement élue, Gordon Brown comme Premier ministre. Outre le scandale provoqué – et le soulèvement de la question de la sénilité éventuelle de la très chère Elizabeth !, le Parlement britannique ne l’aurait jamais élu ! Pourquoi donc le Parlement européen devrait-il à tout prix élire le candidat proposé par le Conseil ?

 

L’idée, elle est là : en 2014, le Parti Socialiste Européen désignera clairement son candidat à la Présidence de la Commission Européenne pour contraindre le Conseil, si le PSE est majoritaire, à proposer ce candidat. Les textes institutionnels européens ouvrent clairement la voie à un régime parlementaire et seuls les exécutifs nationaux, réticents face à toute subsidiarité ascendante, entravent le processus de parlementarisation de l’Union.

 

Mais nous, nous voulons aller encore plus loin. Un mouvement est né parmi les socialistes européens et nous voulons que son ampleur soit telle qu’elle contraigne le PSE à en prendre compte. Nous voulons redonner ses lettres de noblesse au militantisme socialiste européen. Nous voulons que le candidat socialiste à la Présidence de la Commission Européenne soit désigner par les militants du PSE eux-mêmes – par des primaires européennes !

 

Tels primaires ne pourraient qu’entraîner l’adhésion pleine et entière des militants dans un leader – et un parti – qu’ils auront eux-mêmes désignés. Des primaires à travers l’Europe lanceraient majestueusement le candidat socialiste, lui donnant une belle longueur d’avance devant tous les autres partis européens qui, dépassés, seraient jugés anachroniques et anti-démocratiques par leur processus de désignation obscur… quand désignation il y a ! Le PSE serait compris comme étant le premier parti européen à se battre pour rendre l’Union Européenne au peuple européen, en revigorant le Parlement pour qu’il ne soit plus l’esclave du Conseil.

 

Ces primaires auraient le mérite d’entraîner un mouvement de parlementarisation de l’UE. De plus, elles donneraient toutes ses chances au candidat socialiste pour qu’en 2014, près de vingt ans après le départ de Jacques Delors de la Présidence de la Commission Européenne, les socialistes puissent enfin réinvestir dignement les instances dirigeantes de l’Union. 

 

Jules Fournier

Retrouvez les articles de Jules fournier sur http://unventdefolie.wordpress.com

 

L'Association Terra Nova Sciences Po organise une Conférence sur le thème "Des primaires en Europe?" Lundi 29 novembre à 19h15 Amphi Jean Moulin. 


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Mardi 16 novembre 2010 2 16 /11 /Nov /2010 16:01
- Publié dans : Point de vue militant


Après des semaines de rumeurs, de bruits de couloirs et de paris entre commentateurs politiques, le nouveau gouvernement français formé lundi 15 novembre répond à peu d’attentes. Contrairement à ce que répandaient les rumeurs qui voyaient un centriste prendre le premier ministère,  François Fillon reste en place. De nombreux ministres quittent le navire (en particulier les ministres « d’ouverture » Jean-Louis Borloo, Bernard Kouchner, Hervé Morin, Fadela Amara, Rama Yade… mais également Eric Woerth, Jean-Marie Bockel, et Patrick Devedjian (dont le ministère est supprimé)) ; et surtout les femmes disparaissent du gouvernement, où elles ne seront plus que 11 sur 31 ministres ! Encore une fois, le gouvernement restreint, ouvert, paritaire et diversifié du candidat Sarkozy est sacrifié à l’autel du recadrage à droite (et à l’UMP).

 

gvt Fillon

Parallèlement, la valse des ministères atteint son apogée. Michelle Alliot Marie occupe pour la 4ème fois un ministère de poids (mais jamais le même), Luc Chatel étend son ministère, François Baroin conserve Bercy et obtient la fonction publique et le porte-parolat, et surtout Xavier Bertrand devient Ministre du travail, des affaires sociales, de l’emploi et de la santé.

 

Le ministère de l’Immigration passe à l’intérieur, laissant de côté le codéveloppement, quant à la santé et les sports, la jeunesse et les solidarités, ils sont dispatchés (Solidarité et Cohésion sociale pour Roselyne Bachelot, Sports pour Chantal Jouanno). Le ministère du plan de relance est entièrement supprimé.

 

Les stratégies s’annoncent à deux ans des élections, la défense devient le deuxième poste du gouvernement et une priorité affichée. Les centristes au contraire sont abandonnés dans ce nouveau gouvernement de droite, et Hervé Morin n’a pas caché ses ambitions présidentielles, et veut désormais construire un nouveau projet centriste, même si il rappelait sur France Inter lundi qu’il « faisait partie de la majorité ». La nomination de Marie Anne Montchamp, qui secondera Roselyne Bachelot à la Solidarité et Cohésion sociale, est au contraire un coup direct porté à Dominique de Villepin, puisque la porte parole de République Solidaire fait son entrée dans ce gouvernement de majorité.

 

Le vrai gagnant de ce week end, c’est bien François Fillon. Salué par Le Figaro comme par Le Monde, qui saluent le sérieux et la popularité du premier ministre, celui-ci est « indéboulonnable » (Le Point), indispensable à Nicolas Sarkozy qui le raillait en 2007 (« collaborateur ») et critiquait à mots ouverts sa réforme des retraites de 2003. Pour Les Echos, « Sarkozy n'a pas pu dire non » à un premier ministre devenu indispensable. C’est une première, conclu Le Point, que le premier ministre, démissionnaire, s’impose au chef de l’état.

 

Il n’y a finalement que Christine Lagarde pour saluer ce remaniement Sarkozyste, et applaudir cette « révolution » (en d’autre termes, ce tour sur soi-même). Lagarde disait même sur France inter  que ce gouvernement est « revenu à l’impératif de la solidité et du professionnalisme » et que dans ce gouvernement, il n’y a « pas de place pour l’improvisation », visant probablement les rumeurs sur la nomination de Borloo à Matignon. Ce gouvernement est bien une révolution, un tour à 360° sur la majorité présidentielle, une équipe «de campagne » « prête à se battre pour l’année et demi qui vient ». Jean Marie Bockel précisait sur France Inter « Clairement, nous avons un gouvernement qui marque une droitisation, un resserrement autour d’une famille au sein de la majorité. »

 

Malgré l’enthousiasme de Lagarde, ce remaniement semble donc décevant (« tout ça pour ça», titrait France Soir).  20 minutes mentionne enfin un sondage Ifop-Paris Match qui sera rendu public mercredi, selon lequel si les Français souhaitent majoritairement la victoire de la gauche lors de la prochaine élection présidentielle, la droite reprend du poil de la bête électorale. Au total, 51% des sondés souhaitent l'arrivée de la gauche au pouvoir en 2012 alors qu'ils étaient 56% en septembre. La victoire de la droite est quant à elle souhaitée par 42% des personnes interrogées, en progression de deux points en deux mois.

 

Renforcer sa position à droite en délaissant l’ouverture et le centre est donc un nouveau défi que relève Sarkozy à moins de deux ans de la présidentielle, a fortiori si on prend en compte les velléités de Borloo de créer un groupe centriste à l’Assemblée Nationale. Mais c’est une stratégie de Nicolas Sarkozy, et il ne reste qu’à savoir comment il la justifiera, et si elle sera payante pour sa majorité en 2012. On espère évidemment que non.

 

Lucile Chneiweiss


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Samedi 6 novembre 2010 6 06 /11 /Nov /2010 12:23
- Publié dans : Point de vue militant


 

Ca y est, la France des travailleurs, celle des opprimés par la politique gouvernementale, s’est (enfin) mis en branle à la faveur d’une hasardeuse réforme des retraites. Partis politiques, syndicats, associations, toute la gauche fait front commun contre la réforme proposée par un Président qui avait pourtant promis que, lui à l’Elysée, l’âge de départ à la retraite ne serait pas repoussé. Mais la crise est passée et les discours ont changé. Ainsi, depuis quelques mois, le gouvernement laisse entendre qu’une telle réforme est “inévitable”, que s’y opposer revient à mettre en péril notre système de retraites par répartition, système né après la Seconde Guerre mondiale et pierre angulaire de la solidarité nationale. Grâce à des médias parfois complices et souvent passifs, beaucoup ont adhéré à ce message gouvernemental : on vit plus longtemps, il est donc normal que l’on travaille plus longtemps.

 

Mais, attendez, dites-moi où il est écrit que parce que l’on vit plus longtemps, on devrait travailler plus longtemps ? Où il est écrit que les progrès scientifiques qui nous ont permis d’allonger l’espérance de vie devraient être contrastés par une régression sociale ?

 

Là n’est cependant pas le point. Si je soutiens tout à fait la cause des grévistes d’aujourd’hui et si je me rallie volontiers aux manifestations – sauf les jours, comme aujourd’hui, où j’ai une dissertation sur le droit hindou à pondre !, un autre point me taraude : la méthode. C’est pas nouveau : une grève, c’est (beaucoup) moins de transports en commun, des usagers qui râlent, qui attendent un quart d’heure sur leur quai en rouspétant, qui s’entassent dans un métro bondé et qui, au final, sans même comprendre la portée politique d’une telle action, la méprisent parce qu’elle atteint à leur petit confort quotidien. Ben oui : beaucoup de gens sont “contre la grève” quelque que soit la grève, parce que la grève, ça les emmerde ! Il n’y a qu’à les entendre, les Parisiens dans le métro – “Putain, ils font chier avec leur grève” ; “C’est pas possible, encore en train de protester !?”. C’est triste parce que les grévistes se battent pour une cause juste, importante, primordiale même – se battent aussi pour ceux qui râlent et qui, passagers clandestins sans même le savoir, profitent des avantages sociaux acquis grâce à la lutte de ces “emmerdeurs de grévistes”.

 

Ne serait-il pas temps, dès lors, d’inventer une nouvelle forme de mouvements sociaux ? La grève comme paralysie des services publics n’est-elle pas démodée à l’heure où de plus en plus de monde voue un culte à son petit confort personnel et dénigre la puissance potentielle de l’action collective ?

 

Or, sans le soutien de la population, un mouvement social est voué à l’échec ! C’est d’ailleurs sur cette stratégie que Nicolas Sarkozy a construit une partie de sa popularité électorale : certes, il y a quelques millions de personnes dans le pays qui font grève lorsque leurs acquis sociaux sont menacés, qui manifestent quand il faut monter au créneau pour dénoncer tel ou tel projet destructeur ou dangereux. Mais il y a aussi et surtout tout le reste du pays, la “majorité silencieuse”, qui déplore la paralysie engendrée par de tels mouvements sociaux. Et ceux-là, il faut les convaincre du bien-fondé de tels mouvements, il faut se les mettre dans la poche !

 

            A Paris, dans le métro, par exemple, pourquoi ne pas faire des jours de grève des “journées portes ouvertes”, où les tourniquets tourneraient sans tickets et où l’accès serait libre ? Pourquoi les conducteurs ne liraient-ils pas, dans leur métro, un communiqué expliquant leur mécontentement – pourquoi n’expliqueraient-ils pas aux usagers, tout simplement, contre quoi et pourquoi ils protestent ? Beaucoup de gens n’ont malheureusement pas le temps ou pas l’intérêt de s’en informer mais pourraient être convaincus si on prenait un peu de temps pour leur expliquer !

 

Dans l’Education nationale, pourquoi les maîtresses et les maîtres ne prendraient-ils pas en charge leurs élèves, comme d’habitude, sauf qu’au lieu de leur faire une classe normale, ils ne feraient que des activités culturelles, artistiques, sportives, ludiques – des jeux ?

 

Alors, bien sûr, tous ces gens là restant au travail, ils ne participeraient pas aux manifestations – changer les mouvements sociaux, c’est peut-être aussi arrêter le culte du chiffre dans les manifestations ? L’autre solution étant de multiplier les manifestations le weekend, afin de permettre à plus de monde d’y participer. Il ne faut en effet pas oublier que beaucoup de travailleurs soutiennent les mouvements sociaux mais ne peuvent faire grève par peur de leur patron ou par nécessité financière.

 

Ce ne sont que des propositions, des traits de crayons de papier sur l’aquarelle du changement des mouvements sociaux – mais je pense qu’il faudrait prendre le temps, à gauche, d’analyser les forces et faiblesses des mouvements sociaux tels qu’ils sont pratiqués aujourd’hui et de penser de nouvelles actions collectives, qui rallieraient dans une ambiance festive une plus large partie de la population et éviterait l’écueil préjudiciable d’aujourd’hui où le pays se scinde entre grévistes et “victimes” des grèves. Parce qu’il n’y a pas de “victimes” des grèves ; à la gauche de faire comprendre à tous que si des travailleurs se mettent en grève, c’est pour défendre des acquis sociaux, conquérir des droits – et ce au bénéfice de l’ensemble de la population.

 Jules Fournier


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