Lire ou ne pas lire, telle est la question...
Lundi 22 octobre.
C'est aujourd'hui que devait être lue dans tous les lycées de France, à la demande de M. Sarkozy ,la lettre de Guy Môquet, résistant communiste arrêté et fusillé le 22 octobre 1941 . Alors qu'en penser? Que faire de Guy Môquet, comme s'interroge Pierre Assouline dans son blog "La république des livres"?
Et bien ce n'est pas si simple... Il est vrai qu'il s'agit d'un hommage à Guy Môquet, et qu'à ce titre, et même si c'est M. Sarkozy qui le propose, c'est un hommage à toute la Résistance française. Il est sûrement difficile pour les professeurs de refuser de lire cette lettre, non pas parce que c'est le Président qui le demande, mais parce que cette lettre est effectivement importante et émouvante.

Il ne s'agit donc pas de refuser catégoriquement de lire cette lettre. Seulement, il faut peut-être aussi prendre du recul. Pourquoi faire lire cette lettre en dehors du programme? Pourquoi imposer un jour? Ne serait-il pas aussi efficace de la faire inclure dans les manuels scolaires et que chaque professeur fasse ainsi une vrai analyse de cette lettre dans le contexte du programme? Ils pourraient certainement en faire un meilleur usage dans le cadre de l'étude de la période dans son ensemble.
Ainsi, même si cette lettre est un symbole de la Résistance française, il serait intéressant de la mettre en parallèle avec le silence de la majorité des Français pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, c'est un peu "tous derrière Môquet", mais ce n'était pas le cas en 1941, et on aurait un peu tendance à l'oublier quand on entend les discours autour de cette lettre.
On peut aussi s'interroger plus longuement sur le choix de ce texte: si la lecture de cette lettre est bien un hommage à Guy Môquet -résistant communiste- alors pourquoi dans l'intitulé de l'hommage officiel le mot "camarade a -t-il été remplacé par le mot "compagnon"?
Comme le disait un ancient résistant de Châteaubriand, là où Guy Môquet s'est fait fusillé, jamais une personnalité politique n'est venue déposer une gerbe de fleurs sur le monument aux morts de cette ville. On est alors en droit de se demander d'où vient donc cette frénésie autour de la lettre de Guy Môquet, et de douter de la neutralité de son utilisation...
Il est en fait très dommageable que M. Sarkozy ait trop insisté sur cette lettre: même si sa lecture -dans les conditions restrictives que j'évoquais ci dessus- peut être une initiative louable, sa non-lecture se transforme en réflexe antisarkozyste...M Sarkozy n'est pas M. Môquet, même s'il a semblé parfois chercher à l'incarner...