Vu(e) d'ailleurs [1] : ce que la Chine nous apprend
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En Chine depuis désormais trois mois, j’ai l’honneur d’inaugurer une série d’articles écrits par des membres de la section qui étudient cette année aux quatre coins du monde. Lorsque nous avons décidé de créer cette série pour notre blog, il nous paraissait important de profiter de nos voyages, de nos découvertes et de rencontres pour enrichir nos réflexions sur les débats qui agitent la politique française en général, et le Parti socialiste en particulier, avec des « points de vue venus d’ailleurs ».
Dans le cas présent, il me semble que nous avons peu de leçons politiques positives à tirer de la Chine, qui malgré son incroyable développement économique actuel reste encore loin d’être un modèle politique de référence. Si le fonctionnement politique chinois a peu d’enseignements à nous donner, l’expérience que je vis ici fait en revanche évoluer quelques-unes de mes conceptions antérieures, en les réfutant dans certains cas, en les renforçant dans d’autres. Voici donc quelques idées qui constitueront ma modeste et très partielle contribution aux trois questions générales (relations au marché, à la nation, à l’individu) que le PS s’est engagé à traiter dans son travail de « rénovation ».
Retrouver confiance en nos qualités économiques et sociales dans la mondialisation
Le passage de la France à la Chine offre un contraste saisissant. D’un côté, j’ai quitté pour un an un pays que l’on décrit souvent avec pessimisme comme à l’arrêt, voire en déclin. Un pays dont les habitants ne voudraient plus travailler et ne sauraient que se lamenter sur leurs petits problèmes. De l’autre, je suis arrivé dans un pays au dynamisme effréné, qui ressemble à un gigantesque chantier, avançant à pleine vitesse vers un futur encore flou, mais qui apportera à n’en pas douter développement et prospérité à la plupart de ces habitants.
Avec ce rythme de croissance, les Chinois voient leurs salaires doubler tous les cinq ans, et ils n’aspirent qu’à assouvir leur appétit de consommation, trop longtemps brimé. Tant que ce progrès matériel rapide sera assuré, les questions politiques devraient rester au second plan, dans un pays où, de manière générale, les gens montrent de toute façon un profond désintérêt pour la chose politique. Et figurez-vous que contrairement à ce que l’on nous dit de notre modèle social qui serait archaïque et inadapté aux contraintes de la mondialisation, les Chinois ne rêvent que d’une chose : avoir le même que les Français !
Les Chinois admirent le système de Sécurité sociale français, ainsi que notre mécanisme de retraite permis par la solidarité intergénérationnelle. Les professeurs envient leurs homologues français qui ont plus de temps et de liberté pour préparer leurs cours. Les mères rêveraient d’avoir une assistance et un emploi du temps aménagé pour s’occuper de leurs enfants. Les Pékinois souhaiteraient avoir un réseau de transports en commun de la qualité de celui de Paris : quoi que vous puissiez penser des fonctionnaires de la RATP ou des Vélib’, venez voir ce qui se passe à l’étranger et nous reparlerons de la politique de transports de Delanoë !
Loin d’être ringard, le modèle social français reste attractif pour ceux qui n’ont pas la chance d’en profiter. Et je ne parle pas ici des catégories sociales défavorisées de travailleurs migrants, arrachés à leurs familles, et qui n’imaginent même pas l’idée d’une régulation du temps de travail hebdomadaire et d’un salaire minimum !
La France fait rêver les Chinois, et pas seulement pour ses conditions de vie qui, vu d’ici, semblent idylliques. La France vend très bien son image en Asie, et notamment en Chine ! Tourisme romantique à Paris, gastronomie raffinée arrosée de bon vin, produits de beauté et vêtements de qualité. La France jouit d’atouts que nous connaissons chez nous, mais dont nous ne réalisons pas toujours l’ampleur symbolique. Le commerce se faisant dans les deux sens, la Chine ne doit pas être uniquement vue comme une menace pour la France et ses emplois, car elle représente également une opportunité économique exceptionnelle pour nos entreprises et leur savoir-faire reconnu.
Mais je n’oublie toutefois pas les situations tragiques d’ouvriers Français peu qualifiés, qui se retrouvent licenciés du jour au lendemain parce que leurs entreprises délocalisent en Chine ou ailleurs. Il n’y a malheureusement pas de solution miracle à très court terme. Il faut aider ses gens à retrouver un emploi et un niveau de vie plus acceptable, en faisant des efforts financiers nécessaires sur l’éducation, la formation et la reconversion professionnelle, la recherche et les services sociaux.
Relancer le dynamisme de l’Europe et sauvegarder notre environnement
A plus long terme, le renforcement de l’Europe est inévitable. Lorsque l’on se retrouve au cœur d’une civilisation aussi différente de la nôtre, nous ressentons une vraie proximité culturelle avec nos voisins allemands, italiens ou espagnols. Face aux géants américain et chinois, nous devons trouver des réponses communes, car nos économies seront plus fortes à vingt-sept que tout seul. De même, si nous voulons véritablement faire bouger les choses sur les questions de politique internationale par exemple, toute tentative isolée est vouée à l’échec face à une Chine dont l’influence grandit de jour en jour, alors que les Européens sont globalement tous d’accord sur une large majorité des sujets.
L’Europe doit également être un moyen d’action au niveau des politiques environnementales. En Chine plus encore qu’en Occident, la pollution et le changement climatique se ressentent et se voient chaque jour. Cinq des dix villes les plus polluées du monde sont en Chine, tous les grands fleuves ont atteint des seuils de toxicité alarmants, déforestation et désertification progressent au même rythme que la croissance économique. Mais les Chinois ne sont pas aveugles, et bien qu’ils considèrent qu’en tant que pays en développement, ils disposent d’une sorte de « droit à polluer », ils bougent plus que l’on ne le pense en France. Pourtant au rythme actuel, les Chinois (et beaucoup d’autres pays à commencer par l’Inde) auront atteint d’ici vingt ou trente ans un niveau de vie qui nécessitera les ressources cumulées de cinq planètes comme la Terre !
Quelle position le PS doit-il adopter face à la mondialisation, ses avantages et ses dangers ? Quelles politiques d’alternative crédible à Sarkozy la gauche doit-elle proposer pour moderniser notre modèle social (temps de travail, retraites, régimes spéciaux pour coller à l’actualité) ? Comment être constructifs pour relancer l’Europe et peser sur la scène internationale politique et environnementale ? Voilà quelques sujets qui divisent encore le Parti socialiste français, et qui, depuis mon expérience pékinoise, me semblent pertinents pour lancer ou relancer le débat.