Maître Renard, par l’odeur alléché, tenait en son bec un fromage.
Le Général de Gaulle apprenait une poésie par jour selon la légende. Nicolas Sarkozy s’est arrêté à la fable du Corbeau et du Renard. Il a bien retenu la morale: “Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute”. Comme cette tactique s’est révélée payante lors de la dernière élection présidentielle, le Président cherche désormais à l’appliquer a sa politique internationale.
La tactique est simple. Aller voir les hommes politiques les moins fréquentables, souvent isolés sur la scène internationale, vanter leur talent, les féliciter et enfin ramasser le fromage en guise de remerciement. Cette politique a été amorcée dès le début du mandat de Sarkozy lorsque celui-ci est allé rendre visite à Khadafi.
Récemment, deux exemples attestent de cette « politique du renard » de Sarkozy :
Quand Sarkozy ne vise même pas le juste (empire du) milieu entre flagornerie et réserves sur la Chine
Quand Sarkozy ne vise même pas le juste (empire du) milieu entre flagornerie et réserves sur la Chine
Il a précisé à de nombreuses reprises qu’il existe une seule Chine, et a vivement critiqué l’organisation d’un referendum à Taiwan pour savoir si l’île devait devenir un membre de l’ONU. Arrêtons-nous un instant sur ce point : ce référendum est évidemment surtout symbolique puisque même si le oui l’emporte, la Chine mettra son veto pour bloquer l’entrée de Taiwan. Mais l’important n’est pas la. A l’ONU, seuls des Etats peuvent être membres. La question de ce referendum, de façon plus directe, correspond à demander aux Taïwanais s’ils veulent être Chinois ou bien indépendants. Voilà donc un pays avec des leaders élus démocratiquement, qui demande à son peuple de dire quelle voie il souhaite prendre. Evidemment, ça ne plait pas au gouvernement chinois, qui réclame la souveraineté sur Taiwan.
Mais est-ce vraiment le rôle du Président français d’aller prendre position en faveur du parti unique et totalitaire, plutôt que de laisser le peuple choisir ? Les 20 milliards d’euros de contrat sont à ce prix…
Insistant sur “une seule Chine”, Sarkozy a évidemment précisé que le Tibet faisait partie intégrante de la Chine. Adieu les principes de non-violence, adieu l’eldorado dont ont rêvé tant d’Occidentaux. Le Tibet est aujourd’hui une occupation militaire de la Chine. Pour avoir croisé plusieurs personnes s’y étant rendue récemment, leurs témoignages sont clairs:
“La Chine fait au Tibet ce qu’elle reproche au Japon de lui avoir fait pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est une occupation” m’indique ainsi Thomas, un voyageur français revenant du Tibet.
“Aujourd’hui il n’y a rien à voir au Tibet, à part les soldats chinois”, rajoute Fatima, une Marocaine qui s’y est également rendue.
Le Dalaï-lama a fait récemment une grande tournée. En Allemagne, en Australie, au Canada et même aux Etats-Unis, il a été reçu par les Présidents ou les chefs de gouvernement avec tous les honneurs. La Chine se retrouvait isolée sur cette question. Heureusement, l’ami français est là pour la secourir. Le Dalaï-lama est donc la nouvelle grande figure de la voyoucratie internationale? Les 20 milliards d’euros de contrats sont à ce prix.
Sarkouztine
- Il y a quelques jours ont eu lieu les élections législatives russes. La liste emmenée par Vladimir Poutine a évidemment été “élue”. La communauté internationale s’est indignée de ce semblant d’élection. Les observateurs européens ont noté que l’élection n’avait pas été équitable. Des images de bourrages d’urnes apparaissent même sur des vidéos sur Internet:
Nazarbaïev, Président du Kazakhstan et…Nicolas Sarkozy…
Président, on gagne combien cette fois?
A court terme, cette stratégie est peut-être économiquement payante: on obtient de bons contrats de pays qui ont du fric à dépenser. Pourtant, la France elle aussi avait dans son bec un fromage. Il avait été construit avec le temps, depuis la Révolution Française jusqu’a Jaques Chirac et se fondait sur certains principes moraux comme le droit des peoples à disposer d’eux-mêmes par exemple. Bien sur, les écarts avaient déjà été nombreux. Mais jamais autant en si peu de temps.
A l’étranger d’ou je suis, la France jouit encore de cette réputation d’Etat moral, qui respecte avant tout la liberté, l’égalité, la paix, la démocratie, et en particulier avant les intérêts économiques. Ce “fromage” français vaut à la France une image inégalée qui permet par ailleurs d’obtenir des retombées économiques indirectes, via un très fort tourisme par exemple.
Ce fromage, il a bien fallu que Sarkozy le lâche, pour pouvoir ouvrir sa bouche et flatter Kadhafi, Hu et Poutine. C’est bien triste.
Etienne Longueville (depuis Hong-Kong)
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