« Socialiste et libéral », ce débat a-t-il un sens ?
Les réactions des divers ténors socialistes ne se sont pourtant pas fait attendre. Ainsi pour Benoit Hamon «Ce n'est pas au moment où on constate l'échec du modèle libéral qu'il faut réhabiliter un concept dépassé». Bruno Julliard estime que « soit il s’agit d’un positionnement et c’est une erreur stratégique, soit il s’agit de sa conviction et c’est une faute politique ».
Ségolène Royal, pour sa part a « envie de pouvoir agir, avec beaucoup d'autres, pour produire et distribuer autrement les richesses, pour garantir à chacun un avenir meilleur, pour lutter contre les excès insupportables du capitalisme et tout ceci n'a rien de libéral. [Sa] conviction, c'est qu'au XXIème siècle, être libéral et socialiste, c'est totalement incompatible". Voilà des propos bien étranges pour quiconque a effectué la campagne présidentielle de la candidate ou lu son ouvrage « Maintenant » (2007), un lexique politique. A l’entrée « libéralisme » (p181) la présidente de la région Poitou-Charentes explique qu’aux « Etats-Unis, libéral veut dire de gauche. Nous socialistes, nous sommes des libéraux au sens du libéralisme politique originel car nous sommes ardemment attachés aux libertés individuelles et démocratiques, à la liberté de penser, d’expression, d’aller et venir, d’entreprendre, de voter, de mener sa vie, etc. ».
Que d’indignations, que de débats, pour une prise de position si consensuelle. Car aujourd’hui, y’a-t-il vraiment un leader ou militant socialiste qui récuse le mot « libéral » si la définition de ce mot correspond à celle-ci-dessus ? Najat Belkacem semblait résumer un consensus lors d’une émission de télévision mardi dernier. Tous les socialistes acceptent la dimension politique du mot mais refuse son interprétation économique. Fin du débat !?
Il y a pourtant quelque chose d’étrange dans ce débat avorté ? Pourquoi les déclarations très prudentes du maire de Paris ont-elles déclenché des réactions si brutales au sein du PS ? La réalité, c’est que ce faux débat ouvert par le maire de Paris en dissimule un autre bien réel : Est-ce que le PS doit accepter le libéralisme économique ? Ce débat n’a rien de récent. Dans années 1980, les partisans de Jean-Pierre Chevènement et Michel Rocard ont lourdement débattu de l’orientation économique du PS. Ainsi en 1985, l’ancien maire de Belfort s’exclamait dans un discours : « Nous disons non à ceux qui, sous le prétexte d’un faux réalisme, voudrait passer d’un libéralisme plus ou moins honteux à un libéralisme proclamé ».
Un an plus tard, Michel Rocard lui répondait « Il est un point sur lequel les socialistes doivent annoncer la couleur clairement, précisément parce qu’ils l’ont trop négligé dans le passé : C’est la relation entre libéralisme politique et libéralisme […] Le marché est l’expression de la liberté dans l’ordre économique. Toutes les sociétés qui ont tenté de le supprimer sont devenues totalitaires ».
Après ce bref rappel de quelques épisodes plus ou moins récent, voici ma propre pensée. D’abord on remarquera l’habileté des réponses des opposants (sur cette question) à Bertrand Delanoë. Benoit Hamon évoque ainsi le « modèle libéral », un « concept » dépassé. Non seulement la notion de « modèle » évoque une application concrète, bien plus liée aux réalités économiques qu’à la philosophie politique, mais surtout elle se réfère indirectement aux Etats-Unis. Concrètement, quand on parle du modèle libéral originel, on l’associe immédiatement à l’Amérique, par opposition au modèle socialiste soviétique. On voit tout de suite ici l’ambigüité de ce propos. Nous sommes socialistes, mais nous ne cautionnons pas forcément le « modèle socialiste », mis en place par Moscou. Aussi la critique de Benoit Hamon porte sur un libéralisme économique de type américain, sans limite et sans aucune présence de l’Etat pour en compenser les lacunes. On peut difficilement reprocher au maire de Paris de défendre ce modèle. Lors d’un meeting de soutien à Ségolène Royal en 2007, il déclarait en citant Jean Jaurès que ce libéralisme, « c’est le renard libre dans le poulailler libre »...Tombant lui aussi dans le même abus de langage que ceux qui le contestent aujourd'hui... (oui je suis fier de mon film...)
Un an plus tard, Michel Rocard lui répondait « Il est un point sur lequel les socialistes doivent annoncer la couleur clairement, précisément parce qu’ils l’ont trop négligé dans le passé : C’est la relation entre libéralisme politique et libéralisme […] Le marché est l’expression de la liberté dans l’ordre économique. Toutes les sociétés qui ont tenté de le supprimer sont devenues totalitaires ».
Après ce bref rappel de quelques épisodes plus ou moins récent, voici ma propre pensée. D’abord on remarquera l’habileté des réponses des opposants (sur cette question) à Bertrand Delanoë. Benoit Hamon évoque ainsi le « modèle libéral », un « concept » dépassé. Non seulement la notion de « modèle » évoque une application concrète, bien plus liée aux réalités économiques qu’à la philosophie politique, mais surtout elle se réfère indirectement aux Etats-Unis. Concrètement, quand on parle du modèle libéral originel, on l’associe immédiatement à l’Amérique, par opposition au modèle socialiste soviétique. On voit tout de suite ici l’ambigüité de ce propos. Nous sommes socialistes, mais nous ne cautionnons pas forcément le « modèle socialiste », mis en place par Moscou. Aussi la critique de Benoit Hamon porte sur un libéralisme économique de type américain, sans limite et sans aucune présence de l’Etat pour en compenser les lacunes. On peut difficilement reprocher au maire de Paris de défendre ce modèle. Lors d’un meeting de soutien à Ségolène Royal en 2007, il déclarait en citant Jean Jaurès que ce libéralisme, « c’est le renard libre dans le poulailler libre »...Tombant lui aussi dans le même abus de langage que ceux qui le contestent aujourd'hui... (oui je suis fier de mon film...)
Dans le même registre Ségolène Royal explique que « lutter contre les excès insupportables du capitalisme n’a rien de libéral ». On voit bien ici la double astuce. La première consiste à évoquer le capitalisme. Or n’oublions pas que d’après tonton, qui refuse de lutter contre la société capitaliste « ne peut pas être adhérent du parti socialiste ».
Mais cette association des mots « libéralisme » (économique) et « capitalisme » n’a pas de sens. Dans une excellente tribune sur ce blog, Bastien Taloc et Sandra Desmettre ont bien montré la différence entre le libéralisme économique et le capitalisme. Ségolène Royal, qui lit peut-être ce blog le sait. C’est pourquoi elle définit le mot libéral, non pas par ce dont il s’agit, mais par ce que ce n’est pas. Ainsi sa phrase est difficile à démentir. ..
Cependant, un libéralisme économique - permettant une véritable concurrence, profitable aux consommateurs et à leur pouvoir d’achat - accompagné par un rôle important de régulateur de l’Etat, pour assurer des services publics pour tous, n’a rien de « capitaliste ». Aujourd’hui, il s’agit justement de construire un nouveau modèle libéral, européen, capable d’incarner une alternative crédible à la droite capitaliste, rentière et conservatrice qui connait – je l’espère – ses dernières heures de triomphe. Les dirigeants socialistes le savent. Mitterrand et Jospin au pouvoir ont d’ailleurs mené des politiques plutôt libérales. Mais faute de l’assumer pleinement, ils n’ont jamais pu aller jusqu’au bout de leur projet. Allez, mesdames et messieurs les ténors socialistes, s’il vous plait, de l’audace !
Etienne Longueville
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