Total ne connaît pas la crise
Alors que certaines banques voient leurs titres dégringoler avec la crise financière, l’action du groupe Total se porte bien, elle a progressé de 9,8% sur la semaine (Le Monde, 19/20 Octobre 2008). Bonne nouvelle pour l’économie française, surtout quand on sait le poids du groupe sur la scène mondiale. Dernièrement, lors d’un séminaire à Bruxelles, l’entreprise a confirmé ses projets d’investissement en dépit de la crise financière. Aucune crainte à avoir pour l’avenir ! Nous voilà rassurés, et ceux qui hier encore critiquaient les superprofits du groupe feraient mieux de revoir leur jugement, depuis la publication par le MEDEF du code de bonne conduite des entreprises. Fini le temps où Total rechignait à indemniser les victimes de l’Erika, finies les redevances opaques versées aux dirigeants birmans, voilà enfin venu le temps du capitalisme vertueux, et Total, n’en doutons pas, compte bien en faire la preuve !
Alors, bien sûr il y a encore quelques zones d’ombres au tableau, mais heureusement, on peut compter sur le gouvernement pour couvrir Total. Taxer les superprofits de la compagnie: jamais ! Cela nuirait à la compétitivité de l’entreprise. Exiger de Total qu’elle fasse pression sur la junte birmane en menaçant de se retirer si un processus démocratique n’est pas engagé, cela menacerait les intérêts du groupe face à la concurrence chinoise dans la région !
Les dirigeants de Total peuvent continuer à avoir confiance en l’avenir, tant que la droite continuera à servir les privilèges des multinationales. Derrière ces discours sur l’impossibilité de contrôler les profits des firmes pétrolières se cache l’incapacité à agir du gouvernement :
- Incapacité à faire pression, par l’intermédiaire de Total, sur une dictature birmane qui laisse périr sa population, à huis clos (comme l’ont montré les refus de recevoir l’aide internationale après le cyclone Nargis en mai dernier). Du fait de son expertise et de son rôle majeur dans l’exploitation des hydrocarbures, Total n’a rien à craindre de son éventuel remplacement par une autre firme concurrente si elle décidait de se retirer de Birmanie. Ce n’est pas la Chine, soutien majeur de la junte, et qui contrôle déjà une partie de l’économie du pays, qui viendrait prendre la place de Total.
- Incapacité à penser l’après pétrole, en prélevant une partie des profits du groupe pour créer un fonds de développement de l’économie verte qui représenterait une source majeure d’emploi pour les années à venir.
La responsabilité sociale et environnementale des entreprises n’est pas une vaine opération de communication, elle doit se traduire en actes. A nous la gauche de porter cette exigence !
Arnaud Lopez