Obamania socialiste : ce qui aurait du rester un oxymore…
Le 5 Novembre dernier, après un an d’une campagne présidentielle américaine qui n’avait jamais autant captivé le reste du monde, beaucoup se sont empressés de saluer la victoire de « l’homme de gauche » ou du « premier président noir des Etats-Unis ».
Noir, Obama ne l’est pas. Né d’une mère blanche et d’un père kenyan, le bon sens voudrait que l’on parle de lui comme du « premier président métis des Etats-Unis ».
Socialiste de gauche, Obama l’est encore moins.
Dans le style tout d’abord. Peu d’hommes politiques français assumeraient de se retrouver en couverture des magazines people ou dans les suppléments modes des magazines. Il est peu probable que Martine Aubry ou François Hollande figurent un jour en couverture de Vogue ou de GQ… Il convient d’ailleurs de noter que le même François Hollande s’était vu priver de rencontre avec le candidat Obama, qui avait préféré s’afficher aux côtés de Nicolas Sarkozy en août dernier.
Vouant l’extraordinaire efficacité de la campagne démocrate, les socialistes français en ont oublié au passage le coût : Obama le « candidat du peuple » a collecté (et dépensé) 605 millions de dollars, en spots publicitaires et autres appels téléphoniques ciblés, alors que le suppose « candidat de l’argent » John Mc Cain ne récoltait « que » 150 millions de dollars. Pendant ce temps, Obama s’entourait des grands patrons de Wall Street, comme Eric Schmidt (PDG de Google) pour l’aider à définir les grands axes de sa politique économique. Je doute qu’aucun candidat socialiste français à la présidentielle accepte un jour de gaspiller 36 000 années de SMIC net dans une campagne électorale et nomme Daniel Bouton (PDG de la Société Générale) comme conseiller économique…
S’imaginer Obama en chevalier blanc de la politique, comme j’ai pu le lire sur ce blog, relève d’une douce ingéniosité. L’affaire Blagolevitch, dans laquelle le gouverneur de l’Illinois aurait mis aux enchères le siège de sénateur d’Obama (aux Etats-Unis, la Constitution dispose que si le siège d’un sénateur devait se trouver vacant, le gouverneur de son état d’élection doit désigner un remplaçant), a dévoilé les dessous de la politique à Chicago, où Obama a fait ses premières armes. L’enquête s’orienterait d’ailleurs dangereusement vers des proches du nouveau président (le Représentant Jesse Jackson Jr) voire des membres de la nouvelle administration (son directeur de cabinet Rahm Emanuel).
Car si Obama présente un profil relativement neuf, la nouvelle équipe dirigeante ressemble étrangement a un « best of » de la vieille garde clintonienne. Si la candidature Mc Cain avait été dénoncée comme un troisième mandat Bush, il semble bien que la présidence Obama ne soit qu’une troisième réédition de la présidence Clinton. Difficile désormais de vendre le changement avec une administration dont la majorité était déjà aux commandes il y a dix ans. Ainsi, Hillary Clinton, pourfendeuse de l’ingéniosité d’Obama en politique étrangère, soutien de la guerre en Irak et partisane de la ligne dure contre les régimes de l’Axe du Mal, devra incarner une politique étrangère américaine multilatérale et chercher le consensus avec l’Iran, la Russie, le Venezuela. De même, Rahm Emanuel, nouveau directeur de cabinet, soutien inconditionnel d’Israël, connu pour ses liens avec le « big business » et le monde de la finance, devra mettre en œuvre les politiques de soutien à la classe moyenne et pourrait être amené un jour a serrer la main de Mahmoud Ahmadinejad… Enfin, Paul Volcker, nomme directeur de la FED par Ronald Reagan, responsable par sa politique monétaire de la crise de la dette dans les années 1980, aujourd’hui âgé de 82 ans (et dire qu’on jasait sur les 72 ans de McCain…), dirigera l’équipe des conseillers économiques d’Obama…
Si on peut encore avoir des doutes sur le positionnement politique d’Obama sur l’échiquier politique, son administration est indéniablement tout sauf de gauche.
Les politiques envisagées n’ont, elles aussi, rien de socialistes.
Alors que j’ai pu lire que le candidat Obama voulait « restaurer l’équité du système fiscal » en baissant les impôts pour 90% des familles américaines, il convient de rappeler que la plupart des socialistes français, comme Bertrand Delanoë, entendent « réhabiliter l’impôt » et rétablir la progressivité de l’impôt sur le revenu.
J’ai aussi pu lire une ânerie monumentale, qui ferait d’Obama le protecteur de « la sécurité sociale contre toute tentative de privatisation ». Les grands axes du plan qui sera proposé par Tom Daschle prévoient exactement le contraire : protéger les assurances sociales privées contre toute tentative de socialisation, par exemple en encourageant les entreprises à proposer des plans de couverture santé à leurs salariés. Les seuls concernés par la couverture maladie universelle que propose Obama seront les plus pauvres ou les sans-emplois, qui seront pris en charge par le gouvernement. On est encore loin d’une sécurité sociale à la française.
La nouveauté de la candidature Obama et son formidable charisme ne doivent pas nous aveugler et nous faire croire à l’avènement d’une nouvelle société américaine, libérée des conflits raciaux et des inégalités sociales.
Malgré près d’un demi-siècle de discrimination positive, un enfant noir américain sur dix dort plus de deux mois par an dans un foyer d’accueil. Dans l’agglomération Washington-Baltimore, près de la moitié des Afro-Américains âgés entre 18 et 35 ans ont un casier judiciaire ou bien sont en prison ou en liberté conditionnelle. Enfin, un Sri Lankais, vivant dans un pays déchiré par la guerre civile, continue d’avoir une espérance de vie plus élevée qu’un noir de Brooklyn… L’élection d’Obama ne changera pas ces données et la crise économique risque au contraire de renforcer ces sinistres constats. Les derniers chiffres du chômage aux Etats-Unis montraient en effet que la population Afro-Américaine était touchée plus durement que les autres communautés par les destructions d’emplois.
Déficits budgétaire et commercial records, Guerre à Gaza, Crise économique d’une ampleur jamais vue depuis 1945 : les défis s’accumulent et le programme mirifique d’Obama risque fort de se heurter aux dures réalités de la politique politicienne. Au cours de la dernière élection générale, la Chambre des Représentants et le Sénat se sont remplis de démocrates centristes, plus conservateurs que la nouvelle administration, et le Parti Démocrate n’a pas su sécuriser une « filibuster proof majority » de 60 sièges au Sénat, qui permet d’éviter un blocage par la minorité républicaine (au Congrès, le temps de parole lors des débats est illimité).
Les comparaisons internationales sont toujours périlleuses. Elles le sont encore plus quand un parti français, de gauche, vieillissant, peu ouvert a la diversité, habitué aux raclées électorales lors des élections nationales, essaye de récupérer l’impact médiatique du triomphe d’un jeune métis américain. Donner des diplômes de « gauchologie » ou coller des étiquettes de « droitisme » sur les hommes politiques d’un pays qui ne connait pas le clivage droite-gauche tel que nous le vivons en France, s’apparente à de l’autisme.
Rétablissement de la progressivité de l’impôt sur le revenu, instauration d’un bonus-malus social, abaissement de la TVA pour les produits de première nécessité, défense des droits des immigrés, protection de l’indépendance de la justice et des médias, mise en place du non cumul des mandats, … les socialistes français ont un programme et n’ont pas besoin d’aller le chercher outre-Atlantique.
Noir, Obama ne l’est pas. Né d’une mère blanche et d’un père kenyan, le bon sens voudrait que l’on parle de lui comme du « premier président métis des Etats-Unis ».
Socialiste de gauche, Obama l’est encore moins.
Dans le style tout d’abord. Peu d’hommes politiques français assumeraient de se retrouver en couverture des magazines people ou dans les suppléments modes des magazines. Il est peu probable que Martine Aubry ou François Hollande figurent un jour en couverture de Vogue ou de GQ… Il convient d’ailleurs de noter que le même François Hollande s’était vu priver de rencontre avec le candidat Obama, qui avait préféré s’afficher aux côtés de Nicolas Sarkozy en août dernier.
Vouant l’extraordinaire efficacité de la campagne démocrate, les socialistes français en ont oublié au passage le coût : Obama le « candidat du peuple » a collecté (et dépensé) 605 millions de dollars, en spots publicitaires et autres appels téléphoniques ciblés, alors que le suppose « candidat de l’argent » John Mc Cain ne récoltait « que » 150 millions de dollars. Pendant ce temps, Obama s’entourait des grands patrons de Wall Street, comme Eric Schmidt (PDG de Google) pour l’aider à définir les grands axes de sa politique économique. Je doute qu’aucun candidat socialiste français à la présidentielle accepte un jour de gaspiller 36 000 années de SMIC net dans une campagne électorale et nomme Daniel Bouton (PDG de la Société Générale) comme conseiller économique…
S’imaginer Obama en chevalier blanc de la politique, comme j’ai pu le lire sur ce blog, relève d’une douce ingéniosité. L’affaire Blagolevitch, dans laquelle le gouverneur de l’Illinois aurait mis aux enchères le siège de sénateur d’Obama (aux Etats-Unis, la Constitution dispose que si le siège d’un sénateur devait se trouver vacant, le gouverneur de son état d’élection doit désigner un remplaçant), a dévoilé les dessous de la politique à Chicago, où Obama a fait ses premières armes. L’enquête s’orienterait d’ailleurs dangereusement vers des proches du nouveau président (le Représentant Jesse Jackson Jr) voire des membres de la nouvelle administration (son directeur de cabinet Rahm Emanuel).
Car si Obama présente un profil relativement neuf, la nouvelle équipe dirigeante ressemble étrangement a un « best of » de la vieille garde clintonienne. Si la candidature Mc Cain avait été dénoncée comme un troisième mandat Bush, il semble bien que la présidence Obama ne soit qu’une troisième réédition de la présidence Clinton. Difficile désormais de vendre le changement avec une administration dont la majorité était déjà aux commandes il y a dix ans. Ainsi, Hillary Clinton, pourfendeuse de l’ingéniosité d’Obama en politique étrangère, soutien de la guerre en Irak et partisane de la ligne dure contre les régimes de l’Axe du Mal, devra incarner une politique étrangère américaine multilatérale et chercher le consensus avec l’Iran, la Russie, le Venezuela. De même, Rahm Emanuel, nouveau directeur de cabinet, soutien inconditionnel d’Israël, connu pour ses liens avec le « big business » et le monde de la finance, devra mettre en œuvre les politiques de soutien à la classe moyenne et pourrait être amené un jour a serrer la main de Mahmoud Ahmadinejad… Enfin, Paul Volcker, nomme directeur de la FED par Ronald Reagan, responsable par sa politique monétaire de la crise de la dette dans les années 1980, aujourd’hui âgé de 82 ans (et dire qu’on jasait sur les 72 ans de McCain…), dirigera l’équipe des conseillers économiques d’Obama…
Si on peut encore avoir des doutes sur le positionnement politique d’Obama sur l’échiquier politique, son administration est indéniablement tout sauf de gauche.
Les politiques envisagées n’ont, elles aussi, rien de socialistes.
Alors que j’ai pu lire que le candidat Obama voulait « restaurer l’équité du système fiscal » en baissant les impôts pour 90% des familles américaines, il convient de rappeler que la plupart des socialistes français, comme Bertrand Delanoë, entendent « réhabiliter l’impôt » et rétablir la progressivité de l’impôt sur le revenu.
J’ai aussi pu lire une ânerie monumentale, qui ferait d’Obama le protecteur de « la sécurité sociale contre toute tentative de privatisation ». Les grands axes du plan qui sera proposé par Tom Daschle prévoient exactement le contraire : protéger les assurances sociales privées contre toute tentative de socialisation, par exemple en encourageant les entreprises à proposer des plans de couverture santé à leurs salariés. Les seuls concernés par la couverture maladie universelle que propose Obama seront les plus pauvres ou les sans-emplois, qui seront pris en charge par le gouvernement. On est encore loin d’une sécurité sociale à la française.
La nouveauté de la candidature Obama et son formidable charisme ne doivent pas nous aveugler et nous faire croire à l’avènement d’une nouvelle société américaine, libérée des conflits raciaux et des inégalités sociales.
Malgré près d’un demi-siècle de discrimination positive, un enfant noir américain sur dix dort plus de deux mois par an dans un foyer d’accueil. Dans l’agglomération Washington-Baltimore, près de la moitié des Afro-Américains âgés entre 18 et 35 ans ont un casier judiciaire ou bien sont en prison ou en liberté conditionnelle. Enfin, un Sri Lankais, vivant dans un pays déchiré par la guerre civile, continue d’avoir une espérance de vie plus élevée qu’un noir de Brooklyn… L’élection d’Obama ne changera pas ces données et la crise économique risque au contraire de renforcer ces sinistres constats. Les derniers chiffres du chômage aux Etats-Unis montraient en effet que la population Afro-Américaine était touchée plus durement que les autres communautés par les destructions d’emplois.
Déficits budgétaire et commercial records, Guerre à Gaza, Crise économique d’une ampleur jamais vue depuis 1945 : les défis s’accumulent et le programme mirifique d’Obama risque fort de se heurter aux dures réalités de la politique politicienne. Au cours de la dernière élection générale, la Chambre des Représentants et le Sénat se sont remplis de démocrates centristes, plus conservateurs que la nouvelle administration, et le Parti Démocrate n’a pas su sécuriser une « filibuster proof majority » de 60 sièges au Sénat, qui permet d’éviter un blocage par la minorité républicaine (au Congrès, le temps de parole lors des débats est illimité).
Les comparaisons internationales sont toujours périlleuses. Elles le sont encore plus quand un parti français, de gauche, vieillissant, peu ouvert a la diversité, habitué aux raclées électorales lors des élections nationales, essaye de récupérer l’impact médiatique du triomphe d’un jeune métis américain. Donner des diplômes de « gauchologie » ou coller des étiquettes de « droitisme » sur les hommes politiques d’un pays qui ne connait pas le clivage droite-gauche tel que nous le vivons en France, s’apparente à de l’autisme.
Rétablissement de la progressivité de l’impôt sur le revenu, instauration d’un bonus-malus social, abaissement de la TVA pour les produits de première nécessité, défense des droits des immigrés, protection de l’indépendance de la justice et des médias, mise en place du non cumul des mandats, … les socialistes français ont un programme et n’ont pas besoin d’aller le chercher outre-Atlantique.
Nicolas Brien
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