Pour une démocratie participative consultative
Souvent, les personnes, qui critiquent le plus Ségolène Royal, reprochent surtout à la présidente du Poitou-Charentes sa fameuse « démocratie participative ». Je ne suis pas partisan de Ségolène Royal et je ne voterai pas pour elle le 16 Novembre, lors des primaires du PS. Mais je dois avouer que ce n’est pas la démocratie participative qui me gène chez elle. Je trouve même que c’est plutôt un bon concept, même s’il est parfois utilisé de façon démagogique.
Je vais essayer d’expliquer ma vision, en tentant de convaincre les plus réticents à cette idée de Royal.
La démocratie participative part d’un constat : La méfiance des citoyens envers leurs élus. Ils ne leurs font pas confiance, c’est un fait. Tout le prouve. L’abstention toujours plus importante, le vote pour les extrêmes de plus en plus fort, l’idée qu’il n’y a pas de différence entre la gauche et la droite, l’impression que les élus sont corrompus…
Les Français ont montré à deux occasions cette défiance envers la classe politique. Il y a eu tout d’abord ce 21 Avril 2002, et l’absence de Jospin au deuxième tour de l’élection présidentielle. Les deux grands partis avaient obtenu à eux deux 35%, ce qui signifie que bien moins d’un français sur deux avaient voté pour eux (et encore ces scores ne concernent que les suffrages exprimés).
La deuxième réplique date du 29 mai 2005. Le deux grands partis qui défendaient la même position concernant le traité établissant une constitution pour l’Europe n’ont recueilli que 46% des suffrages exprimés par les Français.
Ces avertissements lancés par la population française ne sont pas anodins. On aura beau dire (et on le fera) pendant la campagne qu’il faut voter utile, que l’on ne veut pas d’un nouveau 21 Avril, on ne pourra pas utiliser trop longtemps cet argument pour contrer les extrêmes, qui ne manqueront pas de critiquer les hommes politiques qui prennent leurs responsabilité en gouvernant. Le 29 mai, c’est avant tout le jour où les Français ont dit « NON » a un traité de 300 pages écrit par des technocrates que les gens ne comprenaient pas. Toutes les propositions étaient ambivalentes. Tous les mots étaient imprécis. Face à ce charabia technique, les Français ont considéré qu’on se moquait d’eux, et ce n’est, évidemment pas, en leur envoyant l’intégralité du texte qu’on allait résoudre ce problème. Au-delà de ce traité constitutionnel, bouc émissaire de l’Europe aux yeux des Français, nos concitoyens ont voulu dire non à une Europe qui n’associait plus les peuples à sa construction. Un élargissement mal compris, des traités toujours plus illisibles les uns des autres, des directives de « Bruxelles » (dont les partisans du président Chirac – s’il en existe encore – oublie de préciser que Tous ces éléments ont fait pensé –peut-être à juste titre – que cette classe d’énarques qui monopolisent le pouvoir et les termes techniques, n’était pas compétente pour résoudre leur problème concret du quotidien, c’est-à-dire les emplois qui s’en vont ou encore le prix du logement qui augmente. Les Français attendent un vrai changement et c’est peut-être pour ça que Ségolène Royal a le vent en poupe actuellement. En proposant la « démocratie participative », c’est-à-dire replacer le citoyens au centre de la vie publique, Ségolène Royal a le mérite de proposer quelque chose pour sortir de la crise. A gauche comme à droite c’est la seule à le faire. La démocratie participative, c’est l’idée que les énarques ne sont pas les seuls compétents pour gérer les situations locales, et c’est la volonté d’inciter les citoyens à s’impliquer dans la vie publique bien davantage qu’aujourd’hui. J’entends souvent dire que les associations de quartiers existent déjà depuis bien longtemps ou que les gens peuvent s’impliquer en adhérent à un parti. Pour la deuxième proposition, il faut respecter le droit à chacun d’être neutre politiquement. Pour la première idée, c’est vrai que les associations de quartier sont déjà présentes, mais tout le monde sait très bien que le pouvoir public ne leur accorde pas beaucoup d’importance. On a insisté pendant la crise des banlieues l’an passé, sur le fait que le gouvernement avait supprimé de nombreuses subventions aux associations de terrain. Mais il faut savoir que l’argent ne fait pas tout. Les associations doivent exister, mais si elles n’ont pas d’autres utilités, elles ne servent pas à grand-chose. Ce que propose Ségolène Royal est de les replacer au centre de la vie politique, de leur donner, dans les domaines où elles sont compétentes un certain pouvoir, afin que les propositions qui sont faites puissent remonter à la classe politique. Parmi les idées développées par Ségolène Royal, celle des jurys populaires est la plus critiqués. Je ne l’approuve pas non plus car je pense que si l’on veut associer les citoyens à la politique, il ne faut pas mettre en place des jurys qui ne concerneront que 1% de la population –des fonctionnaires et des retraités – mais plutôt associer l’ensemble de la population en rendant le vote obligatoire. Les critiques de certains hommes politiques sur ces jurys populaires sont souvent intéressantes. Quand j’entends certains dirent que cela va « créer une méfiance des citoyens envers les hommes politiques », je rigole. Car cette méfiance existe déjà, et si on ne s’en rend pas compte, mieux vaut arrêter tout de suite la politique. Maintenant, je pense que cette démocratie participative doit avoir une limite. Consulter les Français, par d’autres moyens que par des referendums n’est pas une mauvaise chose. Mais cela ne doit être que purement consultatif. En effet, les Français n’ont pas toujours raison. Le but de l’homme politique est aussi d’être en avance sur son temps. En 1981, quand Robert Badinter a aboli la peine de mort, la majorité des Français n’y était pas forcément favorable. Aujourd’hui tout le monde –à part peut-être Le Pen – est satisfait que cela ait été fait. J’en profite d’ailleurs pour dire que refuser la peine de mort, cela consiste à la refuser autant pour les innocents que pour les pires ordures. La condamnation à mort de Saddam Hussein, ce véritable tyran, doit donc être contestée par tout ceux qui pensent que les hommes ne doivent pas avoir le pouvoir de donner la mort. Dominique Strauss-Kahn évoque souvent dans ses discours le fait qu’il a été en faveur du mariage homosexuel depuis bien longtemps déjà, à un moment où seulement 30% des Français approuvaient cette idée. Par engagement, et grâce à ses qualités d’argumentation, il est parvenu à faire avancer le débat, et à permettre à l’opinion d’évoluer pour que peu à peu, une majorité de Français s’y déclare favorable. Il faut aussi admettre qu’en 1940, une majorité de Français était favorable à l’arrêt des combats, et soutenait la démarche du maréchal Pétain.
Il faut donc trouver un équilibre, entre une confiance que l’on doit accorder bien davantage au peuple en partie sur ce qui le concerne directement, c’est-à-dire les banlieues, l’emploi, l’Europe, tout en laissant à l’homme politique, ensuite le soin de prendre une décision en son âme et conscience, même si ce n’était pas celle que voulait la majorité des Français. Ainsi, pour que cette « démocratie participative consultative » se mette en place, il faut qu’elle se fonde, non pas sur des sondages, comme s’est actuellement le cas aujourd’hui, mais sur des associations locales qui auront une légitimité bien plus grande.
N'hésitez pas à exprimer votre opinion dans les commentaires de cet article.