Une urgente campagne.
A moins de 6 mois de l’élection présidentielle, le paysage politique français paraît s’éclaircir. A gauche, le PS a désigné Ségolène Royal comme sa candidate à l’élection présidentielle. A droite, même si les divisions vont régner pendant les deux mois qui viennent, Nicolas Sarkozy a un tel soutien de l’UMP qu’on imagine mal qu’il ne soit pas le candidat de ce parti (même s’il n’est pas à exclure qu’un autre candidat de la droite parlementaire se présente en dehors de l’UMP).
Un duel semble s’annoncer, et son résultat est indécis.
Pourtant je pense que les candidats devraient porter une attention toute particulière aux résultats du Baromètre Politique Français (2006-2007) CEVIPOF-Ministère de l’Intérieur qui vient de paraître :
http://www.cevipof.msh-paris.fr/bpf/barometre/vague2/BPFV2_R15579_Ensemble.pdf
De ce baromètre je retiens un résultat essentiel :
Le nombre de personnes qui affirment avoir confiance dans la gauche pour gouverner le pays était de 15% au printemps 2006, et de 17% à l’automne 2006.
Le nombre de personnes qui affirment avoir confiance dans la droite pour gouverner le pays était de 15% au printemps 2006, et de 18% à l’automne 2006.
Il n’y a donc pas d’écart significatif entre gauche et droite.
En revanche 65% de la population affirme n’avoir confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays.
Ce manque de confiance dans la droite et la gauche s’exprime partout en Europe. Chez nos voisins, il se traduit par des résultats électoraux très serrés. Ce fut le cas en Italie où Romano Prodi n’a eu qu’une courte avance sur la droite. Ce fut le cas en Allemagne où SPD et CDU-CSU furent contraints à une « grande coalition » sous le leadership de Mme Merkel. C’est également le cas en Autriche où le SPÖ (sociaux-démocrates) et le ÖVP (du chancelier Schüssel) mènent actuellement des discussions difficiles pour former un gouvernement. On peut également citer le cas tchèque, où les conservateurs de l’ODS sont dans l’incapacité de former un gouvernement depuis le mois de juin à la suite de résultats très serrés avec les sociaux-démocrates du CSSD (100 sièges chacun !).
En France le mode de scrutin aux élections législatives ne permet pas cette indécision. Les majorités sont toujours claires. Les électeurs expriment donc leur frustration et leur déception par d’autres moyens, et en particulier le vote aux extrêmes. François Bayrou doit cesser de rêver. Il ne sera pas le troisième homme. Sa posture de chevalier du tiers état n’est pas crédible plus de cinq minutes. En revanche Jean-Marie Le Pen sera très probablement au second tour de l’élection présidentielle. Reste à savoir contre qui … A l’extrême gauche, une candidature unitaire pourrait également représenter une force électorale importante, même si les électeurs de gauche auront le souvenir du 21 avril 2002 au moment où ils devront voter et que le phénomène de vote utile devrait jouer en faveur des socialistes.
Pour éviter ce vote aux extrêmes, en particulier à l’extrême droite, le Parti Socialiste doit mener une campagne dynamique, offensive, et efficace, et ce dès maintenant. Nous devons relancer une campagne d’adhésion pour impliquer un plus grand nombre de citoyens dans la vie politique. Nous devons nous baser sur le dynamisme de notre candidate, sur le socle programmatique de notre projet, pour faire entendre notre voix. Le vote socialiste ne doit pas être seulement un vote utile, il doit être un vote d’adhésion à un projet de société. Nous avons les moyens de gagner et de gouverner efficacement. Mais la campagne doit commencer dès maintenant.
Adrien Brun