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Mardi 1 février 2 01 /02 /Fév 23:15
- Publié dans : Actu du PS et de la section Jean Zay


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Jeudi 27 janvier 4 27 /01 /Jan 18:00
- Publié dans : International


                La commission Chilcot, chargée d’étudier la question irakienne sur la période 2001-2009, et plus précisément la décision d’entrer en guerre aux côtés des Américains en 2003, a auditionné depuis son institution en 2009 les différents acteurs de l’époque (ainsi, Alastair Campbell ou Gordon Brown). Interrogé en janvier 2010, Tony Blair a été rappelé devant la Commission vendredi 21 janvier, après que des incohérences aient été constatées entre son témoignage et les témoignages d’autres acteurs-clés entendus après lui.

 

                Les témoignages et documents déjà recueillis montrent clairement que, contrairement à ce qu’il affirme, Tony Blair s’est placé dans l’optique d’un renversement du régime de Saddam Hussein très tôt, chose qui va totalement à l’encontre des principes du droit international.

 

                Différentes questions, cependant, restaient en suspens avant cette seconde audition. Parmi elles, on peut distinguer tout d’abord la volonté du Premier ministre d’impliquer le Cabinet dans la prise de décision, et d’autre part la légalité de cette entrée en guerre sur la base d’une résolution de l’ONU ne l’autorisant pas explicitement (et l’avis de l’Attorney general de l’époque, Lord Goldsmith, pour le moins réservé).

 

Une audition pour rien ?

 

                L’audition du 21 janvier a permis de soulever quelques points importants. Tout d’abord, lorsque Tony Blair est accusé de ne pas avoir suffisamment consulté le Cabinet, il faut tout de même noter qu’à part Robin Cook et Clare Short, aucun ministre n’a particulièrement cherché à amener le sujet sur la table (par exemple, pas Gordon Brown). Sur ce plan on peut donc dire que le Premier ministre a toujours mené l’action de son Cabinet dans son ensemble, et soutenu par la quasi-totalité de ses membres. Cependant, la question est de savoir s’il l’a mené dans le respect de la vérité. Plus le temps passe et plus l’impression domine que Downing Street a manipulé le pays dans son ensemble, non seulement en exagérant la menace représentée par l’Irak mais également en insistant sur le fait qu’aucune décision n’avait été prise alors que, Mr Blair l’a reconnu lui-même, il avait assuré le Président Bush de son soutien total quoi qu’il arrive.

 

                Un point crucial, concernant les relations entre Londres et Washington, est la divulgation des messages échangés à l’époque entre Tony Blair et George Bush. Le Cabinet Secretary, Gus O’Donnell, s’est opposé à leur déclassification, et l’ancien Premier ministre a refusé d’en discuter le contenu au cours de son audition. Ces notes, que les membres de la Commission ont pu étudier, sont pourtant un élément crucial, qui permettrait de mettre en lumière la nature des échanges entre les deux hommes, et la date à laquelle la décision d’entrer en guerre a vraiment été prise. Tony Blair aurait dit, entre autres, dès 2002 au Président américain que quelle que soit la décision que prendrait ce dernier, il serait « avec lui ». Interrogé sur ce point, Blair a répondu que, si Bush avait son « soutien total », il ne s’agissait pas pour autant d’un « chèque en blanc ».

 

                D’autre part, d’aucuns estiment qu’il y a eu, par le Premier ministre et ses conseillers, une instrumentalisation du droit international selon les priorités du moment. Tony Blair a ainsi argué que « reconnaître qu’il existait des doutes sur le plan légal aurait été une catastrophe politique », et fait la distinction entre prononcer un discours « politique » et un discours « juridique », distinction pour le moins étonnante.

 

                Un autre détail intéressant a été relevé par la Commission : sur les 28 réunions entre acteurs clés du gouvernement pour étudier la possibilité d’une guerre, seulement 14 ont été l’objet d’une prise de notes détaillée et minutée. Pour les autres, il n’existe aucune trace de ce qui a été dit ou même des personnes présentes.

 

                L’ancien Premier ministre a passé une bonne partie de son audition à affirmer son absolue certitude de la justesse de sa décision, se plaçant dans une posture de martyr vis-à-vis d’une décision « difficile » qu’il a eu a « assumer » (ce qui a été « pénible »).

 

                Cependant, Tony Blair s’est laissé piéger par ses propres contradictions. Au sujet de la coopération entre le régime de Saddam Hussein et les inspecteurs de l’ONU, il a dit que le point clé pour lui était que Bagdad donne son aval à des entrevues informelles entre scientifiques irakiens et inspecteurs. Lorsqu’un des membres de la Commission lui fait remarquer qu’à l’époque, l’Irak était parfaitement coopératif sur ce point (d’après les déclarations de Hans Blix à l’époque), Blair n’a rien trouvé à répondre.

 

                Il ressort clairement du témoignage d’ensemble de Tony Blair que la décision d’entrer en guerre s’est faite sur la base d’un jugement de valeur, jugement dont il n’a plus l’air aussi sûr aujourd’hui qu’à l’époque.

 

L’Irak, question toujours brûlante

 

            Accueilli un peu plus tôt par des manifestants hostiles lors de son arrivée au Queen Elizabeth II Conference Centre, Tony Blair a tenu, à la fin de son audition, à dire clairement ses « profonds regrets » concernant les victimes de la guerre en Irak, après les propos pour le moins ambigus qu’il avait tenus en janvier 2010, se refusant à employer le mot « regret » et lui préférant celui de « responsabilité ». Ces « regrets » ont été accueillis avec mépris de la part des familles des victimes, avec certaines personnes lui criant « Trop tard ! » et « Vous avez eu un an pour y penser ! ». Alors que Tony Blair se levait pour terminer son audition, le public a littéralement explosé de colère, avec de nouveaux cris (« Vos mensonges ont tué mon fils ! » ; « J’espère que vous arrivez à vivre avec ça. » ; « Vous êtes une honte pour votre fonction et votre pays »…). Malgré cela, l’ancien Premier ministre ne s’est pas arrêté et a continué calmement vers la sortie sans jamais regarder le public, une femme lui jetant « Il ne nous regardera jamais dans les yeux ». Puis c’était fini.

               

                Ces familles ont le sentiment d’avoir été volées, volées d’abord par la décision d’entrer en guerre et ses conséquences ; volées ensuite par les mensonges et la manipulation qui ont servi à justifier cette entrée en guerre ; volées enfin par l’impunité dont semblent jouir l’ancien Premier ministre et ses conseillers de l’époque. Au-delà des familles des victimes, l’opinion britannique ressent également beaucoup de frustration, car chacun sait ou croit savoir la réalité de cette entrée en guerre, mais il n’existe pas de preuve formelle permettant de dire avec certitude que Tony Blair a menti.

 

                Un des problèmes est que la Commission ne tente pas réellement de forcer les personnalités entendues à répondre aux questions difficiles et fondamentales qui se posent quant à cette guerre. Ce refus de la polémique risque bien  de se traduire par un rapport final creux, sans véritable fond à part une liste de recommandations sur le droit et la manière de gouverner. La Commission ignore ici le besoin qu’a l’opinion publique de voir ses ex-gouvernants répondre effectivement de leurs actes et des dérives dont certains de ceux-ci ont témoigné, en particulier dans les méthodes de gouvernement utilisées par Blair durant cette période qui marquait l’apogée de son mandat de Premier ministre, méthode que d’aucuns qualifient de « quasi-dictatoriales » (mépris de l’opposition, manipulation du renseignement, refus de toute contradiction au sein de son camp…).

                Il serait injuste et absurde, cependant, de se limiter au simple Tony Blair. La décision d’entrer en guerre contre l’Irak a été élaborée et soutenu par de nombreuses autres personnalités, et des commentateurs hostiles d’aujourd’hui oublient leur soutien enthousiaste de l’époque…

               

                “Success has many fathers, but failure is an orphan.”

 

David Guilbaud


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Mardi 25 janvier 2 25 /01 /Jan 19:23
- Publié dans : International

Précisions de J-L Guigou suite à un de nos articles

 

Le 22 décembre dernier, nous avons publié sur notre blog une tribune de militants suite à la conférence de M. Guigou sur l’UPM. Vous trouverez cet article ici: http://ps-scpo.over-blog.com/article-reponse-a-jean-louis-guigou-president-de-l-ipemed-63538460.html  N’ayant pas apprécié l’opinion exprimée, M. Guigou a souhaité répondre et apporter quelques précisions en retour.

 

- J’ai critiqué la position libérale et mis en valeur les nouveaux paradigmes du co-développement fondés sur le partage de la valeur ajoutée, la proximité, la complémentarité et la solidarité. J’ai bien insisté sur le fait que, outre les échanges commerciaux avec le Sud, il fallait mettre en place des politiques communes, comme dans le cadre de l’UE, qui seules garantissent la convergence. De cela vous n’en parlez point, ce qui frise la malhonnêteté.

 

- La préférence communautaire euro-méditerranéenne pour un milliard d’individus a pour objectif de promouvoir des rapports Nord-Sud équilibrés. Or vous dites exactement le contraire, affirmant que « l’image du quartier d’orange enjolive à notre sens le discours ultra libéral voir néo-colonialiste ». Je crois rêver !

- Concernant la bataille de Poitiers. J’ai cité Houari Boumédienne qui, en 1974 à l’ONU, a dit en gros « Si les écarts de développement continuent, vous n’arrêterez plus les Arabes à Poitiers ». De ce discours tiers-mondiste clair mais violent, vous en tirez une interprétation selon laquelle « le co-développement serait le dernier rempart de la civilisation chrétienne menacée ». Cette idée vient directement du Front National. Je déplore que des soi-disant socialistes utilisent ces termes.

- Sur la corruption, vous schématisez encore une fois et me faites dire le contraire de ce que j’ai dit. Après quarante ans d’enseignement sur ce sujet j’ai acquis une connaissance sur les effets nocifs de la rente, que j’ai en toute occasion toujours dénoncés. La malédiction du pétrole et des Matières Premières abondantes ankylose le développement de toute l’Afrique et donne naissance à des états fantoches, corrompus, que soutiennent avec allégresse certains Etats corrupteurs du monde occidental.

- La simplification culturaliste dont vous m’accusez pourrait être une preuve d’attitude malveillante à mon égard. Les Européens sont divers et les Arabes tout autant. C’est évident. Mon exposé rapide et schématique avait sur ce point pour objectif de faire ressortir des lignes de fond. Sur ce thème je reprenais Fernand Braudel et la spécificité de la Méditerranée, où se côtoient de très près trois continents : l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Cette proximité et ces différences sont sources de tensions et d’échange. Si les Etats s’en mêlent, il s’ensuit des périodes de colonisation, de croisade, de domination et d’exclusion. Si par contre la société civile, les marchands et les intellectuels gardent la main s’ensuivent des périodes d’une étonnante richesse et des échanges de type civilisationnel. Voilà ce qu’il fallait retenir et non pas la stupide simplification que vous soulignez : « les Européens sont opposés aux Arabes ».

- Tout mon message est anticolonialiste et antilibéral en insistant sur le fait que l’UpM ne doit pas être au seul profit des pays du Nord, mais aussi des pays du Sud, que l’UpM a apporté un réel progrès par rapport à MEDA en favorisant la parité et les projets d’intérêt commun.

 

Jean-Louis Guigou

Délégué Général de l’IPEMED


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Samedi 22 janvier 6 22 /01 /Jan 13:43
- Publié dans : International

 

 

                Alastair Campbell, principal conseiller en communication et spin doctor de Tony Blair de 1994 à 2003, a publié cette semaine le deuxième tome de ses Diaries, son journal intime tenu jour après jour durant ces onze années. Après le tome initial qui correspondait aux années 1994-1997, ce deuxième tome couvre la période allant du triomphe électoral du New Labour de Tony Blair, le 1er mai 1997, jusqu’au mois d’avril 1999. Il constitue un compte-rendu détaillé, qu’il s’agit de lire avec précaution compte-tenu de la subjectivité de l’auteur, mais qui permet néanmoins d’apprendre de nouvelles choses, parfois importantes, souvent anecdotiques et toujours intéressantes, sur l’action du Premier ministre Tony Blair et les différentes dimensions de la vie politique britannique durant cette période.

                De Diana à Gordon Brown en passant par Belgrade et Bagdad, voici les « bonnes feuilles » de ce volume 2, parues dans The Guardian.

 

1997, la mort de Diana, et la famille royale

                Après la mort de la Princesse de Galles le 31 août 1997, et jusqu’à ses funérailles la semaine suivante, la réaction pour le moins mesurée de la famille royale et en particulier de la Reine a suscité de nombreuses réactions négatives dans la presse et l’opinion publique britanniques, alors que l’émotion populaire était intense dans tout le pays. Les notes personnelles d’Alastair Campbell donnent de nouveaux détails sur cette semaine et les coulisses de l’organisation des cérémonies en hommage à Diana Spencer.

                Campbell révèle ainsi que les conseillers du Prince Charles ont eu de grandes craintes pour la sécurité physique de ce dernier au cours des cérémonies. Il a alors été vu comme nécessaire que les Princes William et Harry (les enfants de Charles et Diana) soient présents à ses côtés derrière le cercueil de Diana afin d’éviter toute attaque contre le Prince de Galles. Les négociations pour obtenir cela ont été particulièrement difficiles, compte-tenu de la « haine totale » que William, âgé alors de quinze ans, nourrissait à l’égard des médias britanniques après le véritable harcèlement qu’ils avaient fait subir à sa mère.

 

                Sur un plan plus politique, les Diaries révèlent un nouvel aspect de la médiocrité de William Hague, actuel Foreign Secretary, en tant que leader du Parti Conservateur de 1997 à 2001. Hague avait en effet accusé Tony Blair de « détourner » l’héritage de Diana à des fins politiciennes et aux dépens de la Reine, après ses discours pourtant particulièrement justes et bien perçus par l’opinion (« la Princesse du peuple »). On apprend ici que Buckingham Palace, loin de remercier William Hague, a considéré ce dernier et les arguments qu’il développait comme « pathétiques », et a soutenu entièrement le Premier ministre.

 

1998, l’Irak, la religion, le pouvoir

                Dans le contexte de tensions croissantes avec l’Irak de Saddam Hussein qui refusait de coopérer avec les experts onusiens, fin 1998, les Etats-Unis et le Royaume-Uni avaient décidé un bombardement stratégique du territoire irakien, planifié pour le 16 décembre.

                Alastair Campbell rapporte que dans la nuit précédant le bombardement, Tony Blair a connu un véritable « wobble », une très forte hésitation quant à la décision prise et aux conséquences qu’elle pourrait avoir. Cette hésitation du Premier ministre, comme le raconte l’ancien spin doctor de Downing Street, a été provoquée par la lecture de la Bible durant cette nuit, et plus particulièrement d’un passage incluant, semble-t-il, Jean le Baptiste et Hérode.

                Cet épisode illustre bien le rôle prépondérant de la foi dans les décisions prises par Tony Blair qui, comme le précise Campbell, lisait chaque fois la Bible avant des moments importants. Le même Campbell avait pourtant, à l’époque, écarté les questions concernant la religion du Premier ministre par une phrase restée célèbre : « We don’t do God ». Mais l’ancien locataire du 10 Downing Street a régulièrement montré depuis ce rôle important de la religion et de sa vision du bien et du mal dans les décisions qu’il a prises, en utilisant régulièrement l’argument du « right thing to do » (« c’était la juste chose à faire ») concernant l’invasion de l’Irak en 2003. Tony Blair aura à nouveau l’occasion de se justifier sur ce point vendredi 21 janvier, devant la Commission Chilcot (chargée d’analyser les tenants et les aboutissants de ce conflit), dans le cadre d’une seconde audition après celle du 29 janvier dernier.

 

                Alastair Campbell révèle également que le 18 avril 1998, reçu par le Prince Abdallah d’Arabie Saoudite, Tony Blair avait assuré à ce dernier que le Royaume-Uni ne menacerait pas l’intégrité territoriale de l’Irak. Plus loin, dans ses notes en date du 19 décembre 1998, alors que le bombardement de l’Irak touchait à sa fin, il rapporte que le Premier ministre considérait la stratégie du containment employée à l’encontre de Saddam Hussein comme étant la bonne.

 

1999, le Kosovo, l’OTAN, le spin

                 Le 26 mars 1999, l’OTAN commence à bombarder la Serbie de Slobodan Milosevic afin de le contraindre à revenir à la table des négociations concernant la situation au Kosovo. Cependant, les résultats sur le terrain se font attendre, la stratégie de communication de l’Alliance est opaque et pousse le Royaume-Uni à envoyer Alastair Campbell à Bruxelles pour aider à clarifier le message véhiculé dans les médias.

                Campbell souligne à l’époque que le facteur médiatique est crucial, avec la machine de propagande serbe entièrement contrôlée par Milosevic qui fait contrepoids à la faible diffusion d’informations de la part de l’OTAN, et ce alors même que cette dernière est bien plus puissante militairement que Belgrade.

                L’ancien Press secretary de Downing Street raconte ainsi comment les responsables de l’OTAN, dont notamment le Secrétaire Général Javier Solana, ont été heureux voire soulagés de sa venue, impressionnés de la façon dont le New Labour avait su changer son approche vis-à-vis des médias. Alastair Campbell rapporte même que le Général Wesley Clark, Commandant Suprême des Forces Alliées en Europe, lui a déclaré que si rien n’était fait, l’OTAN se trouvait « au bord d’un désastre », chose que Campbell dit avoir trouvé plutôt alarmante, tout comme le « bonne chance Alastair, nous comptons tous sur vous ! » que lui a lancé le Général à la fin de la rencontre (« Shouldn’t I be saying that to you ? » répondit-il). On se rend compte ici du manque de préparation de l’OTAN, au moins sur le plan médiatique, pour cette opération.

 

                Campbell raconte également les dessous des négociations entre Londres et Washington sur la question des troupes au sol, option défendue mordicus par Tony Blair mais que refusait le Président américain Bill Clinton, avec le soutien d’autres leaders européens comme le Président français Jacques Chirac, le Chancelier allemand Gerhard Schroeder ou encore le Président russe Boris Eltsine. Il détaille ainsi le contexte du discours prononcé par le Premier ministre à Chicago, dans lequel il affirmait, en particulier, la légitimité de l’ « interventionnisme libéral », de la part d’un Etat souverain envers un autre.

 

1997, Little Britain, Bigger Britain, les robes de Sa Majesté

                L’ancien Press secretary rapporte également nombre d’anecdotes, souvent drôles. Ainsi, après l’éclatante victoire des Travaillistes en 1997 et la popularité qui en suivit pour le leader britannique, Tony Blair déclara en plaisantant qu’il était quand même dommage que la Grande-Bretagne soit si petite géographiquement ; ce à quoi Campbell répond en disant qu’il leur fallait préparer une politique de Bigger Britain, en prenant le contrôle du Danemark, puis de la Belgique, puis de la France… tout en précisant plus sérieusement que le nouveau Premier ministre ne devait pas se laisser prendre par la « world-leader-itis », que les questions internationales étaient importantes mais ne devaient pas dominer les questions intérieures, conseil que Tony Blair a peut-être oublié au cours des années suivantes.

                Campbell raconte que, le lendemain, il continuait à plaisanter avec Tony Blair sur la Bigger Britain, en parlant de la conquête de l’Inde ou de la Chine, voire même des deux. « Britain would be so big then. »

 

                Autre anecdote : en 1997, la Reine Elizabeth II prépare son voyage en Irlande du Nord, encore secouée par les troubles entre unionistes et indépendantistes qui dureront jusqu’en 1998. La veille, elle rencontra Tony Blair, et portait une robe verte (couleur des indépendantistes). Le Premier ministre, apprenant son voyage, lui répond « J’espère que vous n’allez pas mettre cette robe. », ce que la Reine a d’abord pris comme un commentaire sur la robe elle-même et non pas le conflit nord-irlandais. « Je crois qu’elle a compris ce que je voulais dire », commenta Tony Blair à Alastair Campbell un peu plus tard, « mais je ne peux pas en être vraiment sûr ».

 

Les TB-GB’s

                Un aspect important du mandat de Tony Blair a été sa relation très complexe et souvent tendue avec Gordon Brown. Ce dernier, longtemps favori pour devenir le leader du Labour Party, s’était fait « prendre la place » après la mort du leader de l’époque John Smith en 1994, par celui qui était alors son ami et collègue depuis plus de dix ans. Ce que Gordon Brown a vécu comme une « trahison » endommagera irrémédiablement les relations entre Blair et ce dernier, et pèsera considérablement sur le gouvernement travailliste, avec un Chancelier de l’Echiquier obsédé par le poste de Premier ministre, qu’il finira par arracher à Blair en 2007.

                Les notes quotidiennes d’Alastair Campbell permettent de se rendre compte des tensions quotidiennes qui ont existé entre les deux hommes, tout au long des treize ans passés par Tony Blair à la tête des Travaillistes. Ainsi, en janvier 1998, un article du journaliste Andrew Rawnsley dans The Observer a été le sujet d’un intense conflit entre Blair et Brown ; dans cet article, Rawnsley rapportait les propos de « quelqu’un qui peut se targuer de très bien connaître les pensées du Premier ministre » et qui aurait déclaré que Gordon Brown avait des « psychological flaws » (des problèmes psychologiques). Cette expression a provoqué la colère du Chancelier et de ses alliés, persuadés que ce coup médiatique avait été monté par le Premier ministre lui-même pour le déstabiliser. Alastair Campbell a quant à lui, à plusieurs reprises depuis, nié être la source de Rawnsley. Les entrées de son journal intime relatives à cette période, cependant, relativisent cette version des faits. Tout d’abord, elles indiquent clairement que Tony Blair n’était absolument pas derrière cette interview, et qu’il a été profondément agacé de ce nouveau regain de tension avec Gordon Brown, disant clairement à Campbell qu’il ne pouvait pas faire ce genre de choses sans son accord. Ce dernier, s’il reconnaît être à l’origine des propos retranscrits par Rawnsley, récuse l’expression de « psychological flaws » et accuse le journaliste de l’Observer d’avoir surinterprété ses propos ; Andrew Rawnsley, de son côté, a jugé que les Diaries de Campbell « ne disent pas toute la vérité, ce qui ne devrait pas surprendre ».

                Un peu plus loin, en date du 9 février 1998, l’ancien spin doctor offre à ses lecteurs un nouvel exemple des « TB-GB’s », ces anecdotes qui se sont parfois déroulées en public et sont souvent hilarantes, et qui montrent l’ampleur des difficultés relationnelles entre les deux hommes. Ici, durant la réunion « stratégique » hebdomadaire avec les principaux responsables du Labour Party, Tony Blair cherche à impliquer le plus possible Gordon Brown, donnant lieu à une scène « presque comique » pour Campbell (que nous laisserons en version originale, afin d’éviter une traduction nécessairement mauvaise) :

               

                TB : “What do you think, Gordon ?

                GB : About what?

                TB : What we’re talking about.

                GB : What about it?

                TB : What do you think about it?

                GB : Which bit?”

 

                Quelques jours après, revenant sur l’épisode des « psychological flaws », Blair dit à Campbell que le plus gros problème avec cette expression était qu’elle ne traduisait que la triste vérité, et que c’était la raison pour laquelle Brown était aussi blessé. Cherie Blair, quant à elle, décrivait Gordon Brown comme un « homme triste, très triste. Il ne s’en remettra jamais, jamais » [d’avoir été devancé par Blair].

 

                Deux autres tomes des Diaries sont encore prévus, qui couvriront les périodes allant de 1999 à 2001 puis de 2002 à 2003, année de la démission d’Alastair Campbell.

 David Guilbaud



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Vendredi 14 janvier 5 14 /01 /Jan 16:47
- Publié dans : International

Oldham East and Saddleworth 

                Ce jeudi avait lieu dans la circonscription d’Oldham East and Saddleworth la première élection partielle (byelection) depuis les élections de mai dernier. Cette byelection faisait suite à l’annulation par la justice de l’élection du Travailliste Phil Woolas, élu grâce à des tracts jugés mensongers, notamment à l’égard de son adversaire Libéral-Démocrate Elwyn Watkins, qu’il n’a devancé que de 103 voix. Compte tenu de ces résultats, la logique voudrait que les LibDems de Nick Clegg soient parvenus relativement facilement à prendre cette circonscription traditionnellement acquise aux Travaillistes, représentés à Oldham par Debbie Abrahams.

 

Huit mois après l’élection, un contexte nouveau

 

                Mais huit mois ont passé depuis les élections de mai, et de nombreux facteurs ont considérablement évolué, avec les LibDems qui gouvernent désormais aux côtés des conservateurs du Premier ministre David Cameron, choix qui a surpris et déçu nombre d’électeurs libéraux plus proches du Labour. Les LibDems connaissent ainsi une baisse spectaculaire de soutien chez les électeurs depuis la formation de la Coalition, qui contraste fortement avec la brève « Cleggmania » observée durant la campagne. Compromis et reniement de leurs promesses de campagne, en particulier concernant la hausse des frais d’inscription : les LibDems avaient combattu cette hausse, ce qui leur avait assuré le soutien d’une large partie des étudiants ; la décision de la Coalition d’augmenter les Tuition Fees a donc été ressentie comme une véritable trahison, de la part de Nick Clegg en particulier. Côté travailliste, Gordon Brown, leader usé et déconsidéré, a cédé la place à Ed Miliband (ex-secrétaire d’Etat à l’Energie et au Changement Climatique), élu de justesse en septembre devant son frère David (ex-ministre des Affaires Etrangères, longtemps favori), et est perçu comme plus à gauche que ce dernier ; de façon révélatrice, son élection a été possible grâce au soutien des syndicats, qui a fait défaut à son frère. Ses cent premiers jours en tant que leader ont été largement considérés comme réussis, malgré une image encore floue. Enfin, les conservateurs de David Cameron gardent un soutien relativement stable dans l’opinion publique, malgré l’hostilité de certains Tories à l’idée de partager le pouvoir avec les Libéraux, et les concessions que ce partage implique.

                L’élection d’Oldham East and Saddleworth, dans ce contexte changé, faisait donc figure de révélateur du rapport de forces actuel à Westminster.

 

Une Coalition mise à l’épreuve et des Libéraux déconsidérés

 

                Les derniers sondages sont révélateurs de l’état de l’opinion britannique. Ainsi, le dernier sondage YouGov présente des résultats impressionnants : Labour: 43% (+13% depuis l’élection) Conservateurs: 36% (-1%), LibDems: 9% (-15%). Il s’agit de la plus large avance pour les Travaillistes relevée par YouGov depuis mai. On peut estimer que ces chiffres montrent que, d’une part, une grande partie des soutiens qui ont abandonné les LibDems ont rallié le Labour Party ; et d’autre part, que la politique menée par les Conservateurs et les LibDems donne satisfaction aux soutiens Conservateurs (si on lit cette donnée en creux, on y voit surtout l’illustration de la désaffection des électeurs Libéraux-Démocrates). Ainsi à Oldham, selon un sondage ICM, un tiers des électeurs libéraux du mois de mai déclarent qu’ils vont à présent voter pour le Labour Party.

                D’autre part, l’indicateur d’approbation du Gouvernement pointe à -24, chiffre le plus bas depuis l’élection ; et si les coupes budgétaires sont largement approuvées car « nécessaires » pour 63% des personnes interrogées à Oldham, il importe de nuancer ce soutien : 74% pensent en effet que les coupes sont trop rapides et trop importantes.

                L’enjeu, pour Nick Clegg dont l’image personnelle a souffert énormément depuis l’élection et les déceptions qui ont suivi pour ses électeurs, était de faire en sorte qu’Elwyn Watkins ne tombe pas à la troisième place, derrière les Travaillistes et les Conservateurs, ce qui aurait été un véritable désastre pour son leadership. De nombreux commentateurs soupçonnent ainsi qu’un « pacte » ait été conclu entre le Premier ministre, David Cameron, et son Vice-Premier ministre, afin que les Conservateurs « lèvent le pied » durant cette élection partielle. En effet, il a été observé un certain manque de dynamisme de la part du Parti Conservateur, qui a distribué le moins de tracts, appelé le moins d’électeurs et frappé au plus petit nombre de portes ; et la visite de David Cameron dans la circonscription, la semaine dernière, s’est résumée à près de trois heures passées dans un pub à discuter avec des membres de son parti. D’autres comptes-rendus rapportent que des ministres conservateurs ont été chargés d’orchestrer le soutien discret de la machine électorale Tory au candidat libéral.

 

Un résultat qui exprime une sanction claire pour la Coalition

 

                Le résultat de l’élection est sans appel : Debbie Abrahams (Labour), 14718 voix et 42.1% des suffrages exprimés ; Elwyn Watkins (Liberal Democrats), 11160 voix et 31.9% ; Kashif Ali (Conservatives), 4481 voix et 12.8%.

                Debbie Abrahams a donc été élue avec une majorité de 3558 voix (10.2%), qui contraste avec la majorité de 103 voix acquise par Phil Woolas en mai. Les Travaillistes ont ainsi recueilli 10.2% des suffrages de plus qu’en mai dernier, et la majorité acquise par Debbie Abrahams est même supérieure à celle remportée par Phil Woolas lors de sa première élection en 1997, année de la victoire écrasante du New Labour de Tony Blair.

                Du côté de la Coalition, les Libéraux-Démocrates ont perdu 2923 voix tout en maintenant leur pourcentage de suffrages exprimés à 0.3% au-dessus de leur performance de mai ; malgré cette sanction des électeurs, Nick Clegg peut se consoler car son parti n’a pas été rejeté massivement comme il le craignait : cela montre que, malgré les grandes difficultés que son parti connaît, un candidat bien implanté localement peut parvenir à maintenir son pourcentage des votes.   

                Les Conservateurs ont quant à eux été balayés, perdant 7292 voix et 13.6%. Ces résultats traduisent sans doute l’apathie des Tories dans cette campagne, qui a sans doute profité aux LibDems, autant que le rejet des fausses promesses de David Cameron et Nick Clegg dans cette circonscription travailliste, promesses auxquelles ont pu croire nombre d’électeurs lassés du Labour en mai, et qui sont cruellement déçus aujourd’hui.

 

Labour, prends garde !

 

                Si la victoire est belle, les Travaillistes d’Ed Miliband doivent cependant être prudents. Dans le même sondage ICM, 77% des gens affirment que le gouvernement de Gordon Brown est à blâmer en grande partie pour les coupes budgétaires auxquelles est soumise aujourd’hui la Grande-Bretagne. Ed Miliband a réagi jeudi en reconnaissant la responsabilité du Labour Party dans ce domaine, en notant par exemple une action trop faible pour réguler le secteur financier, et en critiquant implicitement le choix de Gordon Brown en faveur d’une campagne qui ne soit pas axée sur les coupes budgétaires pourtant nécessaires, choix qui, pour le nouveau leader, a rendu les Travaillistes vulnérables aux attaques les qualifiant de « deficit-deniers ». Le leader travailliste a cependant insisté sur l’ « hypocrisie » des Tories, dont la principale ligne de défense à propos des coupes budgétaires consiste à reporter la responsabilité sur le gouvernement de Gordon Brown.

                Ed Miliband avait besoin de cette victoire conséquente à Oldham East, circonscription considérée comme acquise aux Travaillistes et que Phil Woolas avait réussi à conserver lors des élections de mai dernier, malgré la profonde désaffection des électeurs britanniques à l’endroit des Travaillistes (qui ne devançaient les Libéraux que de 6 points). La victoire, dans un contexte d’abandon massif des Libéraux de la part des électeurs au profit du Labour (dont l’avance sur les premiers est désormais proche de 36 points), se devait donc d’être large et symbolique.

                Toutefois, cette élection n’est qu’une étape mineure sur un chemin encore long pour Ed Miliband. Il s’agit pour lui d’arriver à définir clairement son image et son profil politique, afin d’incarner une alternative crédible à David Cameron et à la Coalition. L’élection d’Oldham East and Saddleworth, au-delà de ses conséquences et enseignements immédiats, n’aura sans doute pas d’effets durables ; le mandat de la Coalition peut encore durer, sauf catastrophe, quatre ans, et il y aura bien d’autres byelections. A commencer par celle de Barnsley Central, qui suit la démission du Travailliste Eric Illsley, mis en examen pour fraudes relatives à ses notes de frais parlementaires.

                Un vrai test pour la Coalition (et, là encore, surtout pour les Libéraux, dont il s’agit de la promesse de campagne emblématique) sera le référendum du 5 mai prochain sur l’adoption ou nom d’un nouveau système d’élection des députés à la Chambre des Communes, l’Alternative Vote, qui remplacerait le First Past the Post actuel et serait plus « proportionnel ». Les LibDems jouent gros et ont besoin d’un « oui » qui sera très difficile à obtenir au vu des sondages actuels. Si le référendum est perdu, les Libéraux-Démocrates seront nombreux à réaliser que le prix payé pour entrer au Gouvernement ne s’est accompagné d’aucun bénéfice substantiel. De là à ce qu’une scission s’opère au sein du parti de Nick Clegg, avec une part conséquente de ses membres rejoignant le Labour Party, il n’y a qu’un pas, que d’aucuns sont d’ores et déjà prêts à franchir, comme en témoignent les nombreuses défections d’élus libéraux déjà constatées à Sheffield (la circonscription de Nick Clegg), Liverpool, Plymouth, Exeter, Solihull, Doncaster, Barnsley, Harlow…

                Tough times lie ahead for Nick Clegg.

David Guilbaud


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