Syndicats : où sont les forces vives du dialogue social ?

Publié le par Jean-Michel Charles

Voici un premier point de vue militant, de Jean-Michel Charles. 

            Débat à faible rendement médiatique, la représentativité des syndicats est pourtant un facteur fondamental de l’efficacité et de la stabilité d’un pays. Il faut en parler sérieusement. La république est le régime du consensus, pas celui de l’affrontement permanent. Or, la droite se sert de la crise syndicale comme d’un épouvantail, en arguant d’un déséquilibre au sein du dialogue social. Ce problème, il n’y a que la gauche pour le résoudre.

            Où en sommes-nous ?

 

            Deux chiffres font peur : seuls 8% des travailleurs sont syndiqués, et ces 8% sont eux-mêmes éparpillés dans plus de six confédérations concurrentes. Les syndicats sont en crise, c’est un fait. Or, malgré ce bilan désastreux, les confédérations syndicales ont un statut qui tend à se renforcer vis-à-vis de l’Etat. Ce statut comporte à la fois des prérogatives d’action, mais surtout des modalités de subventions. On assiste alors à un phénomène pervers : les permanents des syndicats, qui ont plus à recevoir de l’Etat que de leurs adhérents, se « fonctionnarisent ». Résultat : la communication en direction des salariés se raréfie, les jeunes travailleurs ne syndiquent pas, et tout porte à croire que dans dix ans, les chiffres seront encore plus catastrophiques.

            On oublie le salarié 

 

Les gouvernements successifs ont peu à peu mis les syndicats sous perfusion. Ce n’est pas une solution : la seule légitimité indiscutable qui puisse renforcer leur action et leur donner un véritable poids face aux critiques, ce sont les adhésions. Il faut amener les syndicats à s’autonomiser et à se replier sur leur fonction originelle de représentation des salariés.

Beaucoup utilisent l’argument de « l’individualisme » ou de « la fin des grandes causes » pour justifier la baisse du taux de syndicalisation. Très bien, mais comment expliquer la particularité de la crise française au niveau européen ? Les danois ne sont pas moins individualistes que nous…

            Le principal problème, c’est qu’il est incompréhensible qu’aujourd’hui des syndicats se chamaillent et se dispersent sur des questions idéologiques. L’idéologie en entreprise, c’est archaïque. Ca n’amène à rien et ça ne résout rien. Diaboliser les patrons dans un pays où la majorités des entreprises sont des PME, à quoi ça sert ?

Le résultat, c’est qu’ils sont désormais bien seuls, Marx et les marxistes. La révolution à quelques uns, ça ne mène à rien. Les seuls qui peuvent prétendre au changement, ce sont l’ensemble des salariés.

Nous avons besoin des syndicats !

 

Il y a un nouveau prolétariat. Le prolétariat du tertiaire. Dispersé entre la multitude des PME de services, il est d’autant plus vulnérable.

Et l’Europe sociale ? Sans syndicats forts et entreprenants qui puissent s’organiser au niveau européen, le patronat des grandes entreprises, qui maîtrise depuis bien longtemps le système communautaire, aura toujours une longueur d’avance, et engagera des bras de fer inégaux.

Des solutions ?

 

La loi Fillon du 4 Mai 2004 continuait à les infantiliser, en créant un nouveau processus de négociation ultra-complexe et sans transparence pour minorer leurs divisions. Les suivantes iront dans ce sens. Les solutions sont ailleurs : diminution des aides pour les obliger à compter sur leurs cotisations, obligation de transparence dans leur comptabilité (pour savoir où va l’argent des aides), bouleversement du système des élections syndicales (disparition de la proportionnelle pour éviter les dispersions ?), sensibilisation des salariés à l’importance de leurs syndicats…

Les syndicats se disent autonomes sans l’être vraiment. Permettons leurs de le devenir !

 

 

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Publié dans Point de vue militant

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Bastien T 04/11/2006 15:06

C'est un sujet essentiel aujourd'hui qui fait l'objet de nombreux clichés véhiculés par les médias et la majorité.
Pour aller vite, je pense qu'il faut deux réformes essentielles qui sont des "réformes mères" (à l'image de ce à quoi pourrait aboutir le mandat unique pour ce qui concerne la démocratie politique).
Pour une véritable démocratie sociale, il faut d'abord réformer les critères de représentativité qui sont désuets. Cette réforme qui semble a priori source d'éparpillement accru des acteurs syndicaux doit être complétée par l'instauration d'un véritable principe d'accord majoritaire.
Les syndicats en seront responsabilisés et moins schizophrènes. Il faut reconnaître que la loi du 4 mai 2004 a effleuré ce qui serait une révolution. Mais Fillon n'a pas franchi le pas et a introduit un principe majoritaire d'opposition, donc au rabais.
Ce sera un chantier majeur pour notre candidat. Je partage ta détermination Jean-Michel ! ;-)