Le remaniement ministériel : « tout ça pour ça » ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Après des semaines de rumeurs, de bruits de couloirs et de paris entre commentateurs politiques, le nouveau gouvernement français formé lundi 15 novembre répond à peu d’attentes. Contrairement à ce que répandaient les rumeurs qui voyaient un centriste prendre le premier ministère,  François Fillon reste en place. De nombreux ministres quittent le navire (en particulier les ministres « d’ouverture » Jean-Louis Borloo, Bernard Kouchner, Hervé Morin, Fadela Amara, Rama Yade… mais également Eric Woerth, Jean-Marie Bockel, et Patrick Devedjian (dont le ministère est supprimé)) ; et surtout les femmes disparaissent du gouvernement, où elles ne seront plus que 11 sur 31 ministres ! Encore une fois, le gouvernement restreint, ouvert, paritaire et diversifié du candidat Sarkozy est sacrifié à l’autel du recadrage à droite (et à l’UMP).

 

gvt Fillon

Parallèlement, la valse des ministères atteint son apogée. Michelle Alliot Marie occupe pour la 4ème fois un ministère de poids (mais jamais le même), Luc Chatel étend son ministère, François Baroin conserve Bercy et obtient la fonction publique et le porte-parolat, et surtout Xavier Bertrand devient Ministre du travail, des affaires sociales, de l’emploi et de la santé.

 

Le ministère de l’Immigration passe à l’intérieur, laissant de côté le codéveloppement, quant à la santé et les sports, la jeunesse et les solidarités, ils sont dispatchés (Solidarité et Cohésion sociale pour Roselyne Bachelot, Sports pour Chantal Jouanno). Le ministère du plan de relance est entièrement supprimé.

 

Les stratégies s’annoncent à deux ans des élections, la défense devient le deuxième poste du gouvernement et une priorité affichée. Les centristes au contraire sont abandonnés dans ce nouveau gouvernement de droite, et Hervé Morin n’a pas caché ses ambitions présidentielles, et veut désormais construire un nouveau projet centriste, même si il rappelait sur France Inter lundi qu’il « faisait partie de la majorité ». La nomination de Marie Anne Montchamp, qui secondera Roselyne Bachelot à la Solidarité et Cohésion sociale, est au contraire un coup direct porté à Dominique de Villepin, puisque la porte parole de République Solidaire fait son entrée dans ce gouvernement de majorité.

 

Le vrai gagnant de ce week end, c’est bien François Fillon. Salué par Le Figaro comme par Le Monde, qui saluent le sérieux et la popularité du premier ministre, celui-ci est « indéboulonnable » (Le Point), indispensable à Nicolas Sarkozy qui le raillait en 2007 (« collaborateur ») et critiquait à mots ouverts sa réforme des retraites de 2003. Pour Les Echos, « Sarkozy n'a pas pu dire non » à un premier ministre devenu indispensable. C’est une première, conclu Le Point, que le premier ministre, démissionnaire, s’impose au chef de l’état.

 

Il n’y a finalement que Christine Lagarde pour saluer ce remaniement Sarkozyste, et applaudir cette « révolution » (en d’autre termes, ce tour sur soi-même). Lagarde disait même sur France inter  que ce gouvernement est « revenu à l’impératif de la solidité et du professionnalisme » et que dans ce gouvernement, il n’y a « pas de place pour l’improvisation », visant probablement les rumeurs sur la nomination de Borloo à Matignon. Ce gouvernement est bien une révolution, un tour à 360° sur la majorité présidentielle, une équipe «de campagne » « prête à se battre pour l’année et demi qui vient ». Jean Marie Bockel précisait sur France Inter « Clairement, nous avons un gouvernement qui marque une droitisation, un resserrement autour d’une famille au sein de la majorité. »

 

Malgré l’enthousiasme de Lagarde, ce remaniement semble donc décevant (« tout ça pour ça», titrait France Soir).  20 minutes mentionne enfin un sondage Ifop-Paris Match qui sera rendu public mercredi, selon lequel si les Français souhaitent majoritairement la victoire de la gauche lors de la prochaine élection présidentielle, la droite reprend du poil de la bête électorale. Au total, 51% des sondés souhaitent l'arrivée de la gauche au pouvoir en 2012 alors qu'ils étaient 56% en septembre. La victoire de la droite est quant à elle souhaitée par 42% des personnes interrogées, en progression de deux points en deux mois.

 

Renforcer sa position à droite en délaissant l’ouverture et le centre est donc un nouveau défi que relève Sarkozy à moins de deux ans de la présidentielle, a fortiori si on prend en compte les velléités de Borloo de créer un groupe centriste à l’Assemblée Nationale. Mais c’est une stratégie de Nicolas Sarkozy, et il ne reste qu’à savoir comment il la justifiera, et si elle sera payante pour sa majorité en 2012. On espère évidemment que non.

 

Lucile Chneiweiss

Publié dans Point de vue militant

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