Henri Guaino premier ministre
Les cours d'éducation civique forment les citoyens de demain répètent inlassablement chaque Ministre de l'Education nationale. La Constitution, notre loi fondamentale, doit effectivement être connue par tous. C'est également vrai. On explique même que la Constitution reste supérieure à tout traité international, y compris au droit communautaire. Elle doit donc être respectée.
Pour autant, si la pédagogie est l'art de la répétition, c'est aussi et sans doute l'art de la preuve. Je pense déjà à ces valeureux enseignants d'éducation civique, dont les cours ont du être animés en cette année électorale charnière, qui ont taché d'expliquer à leurs élèves notamment l'article 20 ("le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation") ou encore mieux, l'article 21 ("le Premier ministre dirige l'action du gouvernement").
Quand les élèves vont raconter cela à leurs parents, ces derniers ne vont pas manquer de s'interroger : mais qui sont ces profs gaucho-marxistes qui n'ont pas compris que tous les pouvoirs appartiennent au président de la République ? Ils auront alors raison de souligner le manque de regard éclairé de ces professeurs sur la pratique institutionnelle, de dire que décidément ces professeurs sont bien "coupés de la réalité". Et le niveau baissera ma bonne dame, puisque ces élèves, après un tel discrédit de la parole professorale, ne vont pas manquer de ne pas apprendre leurs leçons. A quoi ça sert d'apprendre, si la télé contredit le prof ?
On l'aura compris, François Fillon a un problème avec l'Education nationale. Depuis son passage remarqué rue de Grenelle avec une réforme funeste heureusement rejetée (pourtant "la seule chose qui restera des deux mandats de Jacques Chirac" selon notre fort modeste édile sarthoise), le "Premier ministre" a donc décidé de se venger. Suppressions purement comptables de postes de professeurs, suppression de la carte scolaire sans la supprimer ou encore dernière idée saugrenue, le "service minimum" à l'école. Le problème c'est qu'une fois de plus, le mauvais élève Fillon s'est fait taper sur les doigts.
Selon une procédure désormais bien établie, Fillon balance une pseudo "bombe" inutile à la télé pour que l'on soit sûr de voir sa raie de côté au Zapping, ensuite le Ministre concerné dément formellement le lendemain puis le surlendemain, il Professore, le vrai Premier ministre, l'ineffable conseiller spécial élyséen Henri Guaino renvoit tout le monde à ses cahiers en expliquant qu'il n'y aura pas je cite de "service minimum dans l'éducation nationale". En deux jours, c'était plié, la personne censée diriger l'action du gouvernement et conduire la politique de la Nation s'était fait mettre un zéro pointé par l'un des sous-fifres (mais en réalité, où se situe-t-il ?) avant d'être mis au coin avec un bonnet d'âne par le flingueur en chef de l'Empereur.
Henri Guaino a donc fait aujourd'hui un coup d'Etat (de velours). Alors qu'on nous expliquait que les membres du gouvernement, et notamment le "premier" d'entre-eux, devaient se présenter aux élections législatives pour bénéficier d'une légitimité démocratique, voilà qu'un obscur rédacteur de discours, jamais élu, peut-être même pas membre de l'UMP, vient contredire totalement et donner les orientations à son subalterne qu'est donc le Premier ministre de la France.
J'avoue que je vais peut-être songer à reprendre des cours de droit constitutionnel avec le professeur Edouard Balladur pour mieux comprendre la nouvelle architecture institutionnelle sarkozyste. Pour ma part, je conseillerai à notre cher gouvernement de prendre rapidement au minimum des cours de... communication.