La droite française, propriétaire naturelle du pouvoir ?
Qu’est-ce qui peut bien préoccuper l’UMP lorsqu’elle prodigue, sous forme de critiques, des conseils de bonne rénovation au PS ? Probablement pas l’altruisme. A moins que nos adversaires considèrent que notre sort est suffisamment grave pour se permettre le luxe de venir une dernière fois à notre chevet…
Comment et au nom de quoi la droite serait-elle fondée à nous donner des leçons de réalisme et de « modernité » ? Lorsque la gauche gouvernait entre 1997 et 2002 et que la droite atteignait les abysses de l’impopularité, nous n’avons pas le souvenir de voir Lionel Jospin faire preuve d’autant d’aplomb.
Il y a dans la volonté de l’UMP de commenter la situation du PS une sorte de curiosité dans le rapport qu’elle entretient au pouvoir. Une sorte de conviction implicite, peut-être même inconsciente, qu’elle en est la propriétaire naturelle et que ce titre de propriété lui donne le droit de juger l’échiquier politique à l’aune de la conception qu’elle a du pouvoir.
Combien de fois n’a-t-elle pas eu l’audace d’opérer une sélection entre les socialistes « réalistes », donc respectables et les autres, ces infâmes dogmatiques et idéologues ? Combien de fois a-t-elle décerné un brevet de réalisme aux premiers et banni les derniers ? Au nom de quoi se permet-elle de définir ce qui est moderne ou ne l’est pas ?
En politique, l’invocation de la modernité comme argument n’est d’ailleurs souvent que le cache-misère d’une vision du monde qui consiste à prendre les rapports de forces pour donnés et à définir le réalisme par la capacité à s’y plier. Au final, si la modernité est si superficielle, on veut bien la laisser à la droite…
La droite ne détient pas le monopole du pouvoir, pas plus que nous ne détenons « le monopole du cœur » … Elle n’est donc pas habilitée à décerner avec arrogance, aux uns et aux autres, un brevet de bonne conduite fondé sur sa vision.
Les seuls juges de notre capacité à exercer des responsabilités nationales sont les citoyens. Ils n’ont guère besoin de directeurs de conscience autoproclamés. Le moment venu, ils jugeront ceux qui gouvernent en ayant à l’esprit que l’alternance est le meilleur moyen de rappeler à ceux qui s’imaginent propriétaires du pouvoir qu’ils n’en sont que les locataires…
Bastien Taloc