Pourquoi les démocrates américains ne doivent pas perdre
Il est de bon ton dans une certaine gauche française de prétendre que les démocrates et les républicains américains sont finalement interchangeables et que l’élection de l’un ou de l’autre importe peu.
D'une analyse partielle
L’analyse du bilan calamiteux de la présidence Bush ou la lecture de ce seul article saisissant devraient suffire à n’importe quelle personne sensée d’y voir de profondes différences. Plus fondamentalement, on est d’ailleurs frappés par le suivi très superficiel que les medias français accordent à cette élection. Il est par exemple communément admis que les programmes économiques de Hillary Clinton et de Barack Obama sont similaires ou encore que Barack Obama serait plus « à gauche » qu’Hillary Clinton. Si Clinton et Obama s’accordent pour remettre en cause les « cadeaux fiscaux » (tiens tiens…) accordés par l’administration Bush, leur conception de la généralisation de l’assurance-maladie repose sur deux philosophies très différentes. Clinton propose une généralisation obligatoire quand Obama en fait un choix délibérément consenti par le citoyen (en dehors des moins de 25 ans). Malgré toutes les explications de l’équipe d’Obama, on a du mal à comprendre comment le fait de généraliser l’assurance-maladie abordable et de qualité n’est pas, en soi, un authentique choix de la part des citoyens, qui sont aussi des électeurs. Par ailleurs, comment un authentique fonctionnement solidaire de la protection sociale peut-il reposer sur la coexistence de systèmes à géométrie variable ? Sur ce point, il semble donc difficile de prétendre que Obama est plus « à gauche » que Clinton, même si cela n’enlève en rien la qualité de la candidature du sénateur de l’Illinois.
Pire que Bush : McCain Fries !
Mais surtout, puisque nous n’avons pas vocation à nous ingérer dans les affaires de politique intérieure américaine, nous pouvons en revanche avoir plus qu’un avis sur les options de politique étrangère présentées et leurs répercussions sur l’équilibre mondial. De facto, la victoire de John McCain, seul candidat républicain semblant émerger, serait une véritable catastrophe. Sa proposition de maintenir « indéfiniment » les troupes américaines en Irak est aussi invraisemblable budgétairement (les deux conflits, irakiens et afghans, ont déjà coûté plus de 750 milliards $ aux contribuables américains) que dangereuse d’un point de vue géostratégique. Comme on l’a déjà écrit ici, les Américains ne perdent pas sur un seul front, mais sur les deux. L’envoi, plus que contestable d’ailleurs, de renforts français en Afghanistan, alors que cette guerre depuis 7 ans déjà, démontre à quel point la situation est calamiteuse.
Les deux propositions des candidats démocrates (retrait sous 16 mois pour Obama, d’ici 2013 pour Clinton) permettent au moins de fixer un cap, un horizon. Sans être un faucon patenté, la proposition de Barack Obama de bombarder de manière « ciblée » certains foyers abritant de manière évident des talibans au Pakistan (dans des territoires tribaux où le pouvoir central d’Islamabad n’a aucune influence) ne doit pas être balayée d’un revers de main. La plupart des spécialistes s’accorde sur le fait que l’essentiel du pouvoir terroriste, tout au moins ce qu’il reste de faible centralisation de la nébuleuse Al Qaeda se trouve sur place, et certainement pas en Irak (où les mouvements sont « spontanés »).
C’est aussi de l’Afghanistan et du Pakistan qu’essaime de nouvelles formes d’organisations terroristes qui s’établissent non pas en Irak mais dans les Républiques d’Asie centrale. A ce titre, la déclaration du GAFI (Groupe d'Action Financière sur le blanchiment de capitaux) du 28 février 2008 qui porte principalement, outre l’Iran, sur l’Ouzbékistan et le Turkménistan, illustre ce déplacement du problème et le total échec de la stratégie néoconservatrice de lutte (nécessaire) contre le terrorisme.
Les propositions du sénateur McCain refusent cet état de fait et persévèrent dans leurs erreurs, allant même jusqu’à penser qu’il suffirait de mettre un soldat américain derrière chaque Irakien pour stopper la spirale infernale. Prétendre que le retrait d’Irak ferait de ce pays un « refuge du terrorisme international » démontre à quel point la proposition de McCain est dangereuse. L’Irak n’est pas un terreau facile pour l’islamisme radical, il n’y a aucune adhésion, bien au contraire, de la population aux opérations kamikazes (dont elles sont les premières victimes), contrairement à ce que l’on peut voir, pour des raisons différentes, en Cisjordanie. Le pouvoir de Saddam Hussein, reposant sur l’idéologie de « laïcité de combat » du parti Baas, a pendant très longtemps pourfendu toute immixtion de la religion dans la cité. Inutile de préciser que les armes de destruction massive n’ont en outre jamais existé. Plus les Etats-Unis restent en Irak, plus ils empêchent au contraire la population irakienne de se charger elle-même (par l’intermédiaire de sa police et de son armée) de la lutte contre les terroristes. Bien évidemment que la désorganisation générée par l’invasion américaine ne se règlera pas du jour au lendemain mais le maintien voire le renforcement des troupes serait la pire des solutions.
John McSarkozy vs Ségolène Obama et Dominique Strauss-Clinton ?
Pour cette simple raison, on ne peut pas se permettre d’associer les démocrates aux républicains. Pourtant, même s’il faut se garder de trop plaquer une élection sur une autre, on est frappés par la similarité entre les élections présidentielles américaines de 2008 et celles qui ont eu lieu en 2007 en France. D’un côté, un camp républicain qui gouverne depuis 8 ans et ne cite jamais, sauf pour le critiquer, le Président encore au pouvoir issu de leurs rangs. Des républicains qui prétendent aussi à la « rupture » par rapport à quelque chose qu’ils ont eux-mêmes construits… Ca ne vous rappelle rien ?
De l’autre, un camp démocrate qui a longtemps vu 3 candidats sérieux s’affronter (avec le sénateur John Edwards), désormais 2 candidats, dans une primaire beaucoup plus âpre que celle qui existe au sein du parti républicain, avec des critiques d’incompétence et d’inexpérience d’un côté, de faire partie de l’establishment et de pratiquer une sorte de « vieille politique » de l’autre. Le candidat républicain a d’ailleurs déjà récupéré ces critiques issues des joutes internes aux démocrates pour les intégrer dans ses propres attaques. Ca ne vous rappelle rien ?
Clinton comme Obama doivent comprendre que la division du camp démocrate étalée aux citoyens américains est la seule chance pour les républicains de gagner la présidentielle. Ils doivent aussi comprendre que cette élection les dépasse et qu’ils n’ont pas le droit de la perdre, pour les Etats-Unis, pays ami de la France, pour le monde aussi, uniquement par opposition personnelle.