Vue d'ailleurs [6] : faire gagner un programme politique de centre-gauche, consensuel et ambitieux ? Si può fare!
Alors que le débat sur l'alliance possible ou non avec le centre agite et agitera encore le PS, cet article propose un éclairage transalpin sur cette question.
Alors que la gauche radicale de la Sinistra-Arcobaleno était, au début du mois, sur le point de présenter Olivio Diliberto, parlementaire professionnel, plutôt que l’ouvrier de la Thyssen, Ciro Argentino, et que le Parti de la Liberté de Berlusconi plaçait en tête de liste le fasciste Giuseppe Ciarrapico, Walter Veltroni déposait, dimanche dernier, des listes du Parti démocrate, entièrement renouvelées où place avait été faite aux jeunes, aux femmes, aux minorités, à des figures de la société civile, aux salariés, bien sûr, mais aussi aux chefs d’entreprises.
Le clivage entre les deux autres principales forces en présence est d’abord là : dans la conception des listes. Le Parti démocrate a tout fait pour proposer des listes aussi bien à la Chambre des députés qu’au Sénat incarnant le renouveau et la volonté réformiste du centre-gauche. Bien sûr, les uns et les autres ont reproché au Parti démocrate d’être le parti de la contradiction. Le parti de la contradiction, vraiment ? Non, le parti du consensus.
Le consensus est probablement une conception étrangère aussi bien à la gauche radicale qui ne conçoit la politique qu’en termes de lutte entre un supposé bas et un supposé haut qu’à la droite qui, avec sa rhétorique haineuse, méprisante et paranoïaque, ne conduit qu’à dresser les Italiens les uns contres les autres. Oui, le Pd a su mettre d’accord les Radicaux et les Teodems. Oui, le Pd présente aussi bien l’ouvrier Antonio Boccuzzi, rescapé de l’accident à la Thyssen en décembre dernier que le chef d’entreprise et ancien président de la Fédération patronale de la métallurgie, Massimo Calearo. L’Italie a besoin d’un parti qui représente tous les Italiens, c’est pourquoi, des hommes et des femmes d’horizons différents ont été choisis.
Lundi paraissait le programme définitif du Parti démocrate proposant douze chantiers prioritaires que lancera le Pd s’il gagne la majorité. L’Italie a quatre grands problèmes selon Walter Veltroni : l’inefficacité économique, une inégalité chronique entre les personnes, des limites encore trop fortes au niveau des libertés individuelles et une démocratie de mauvaise qualité.
Walter Veltroni à la tête du Pd s’engage s’il est élu à revoir d’abord entièrement la gestion de l’Etat : dépenser mieux et moins pour réduire le déficit public. À cela devrait s’ajouter une réforme fiscale : réduction de l’impôt sur le revenu pour les salariés, notamment en priorité aux femmes du Mezzogiorno. Les familles se verraient également octroyer une prime de 2 500 euros par enfant. De même, une réduction fiscale sera en mise en place pour les locataires d’appartement afin de faciliter l’accès au logement. Le Pd propose aussi, sans avancer de chiffre néanmoins, de multiplier les logements sociaux.
Au niveau de la sécurité et de la justice, le Pd prévoit de recruter plus de fonctionnaires de police et de veiller à ce que les peines soient réellement exécutées tout en garantissant aux citoyens le droit à une justice impartiale et juste. Les magistrats devront se spécialiser et accepter une gestion plus efficace, voire managériale de la justice.
Même si ce domaine reste flou, notons aussi quelques avancées finalement à propos des droits de la personne qui ont beaucoup fait débat au sein du parti. Le Pd veillera à éviter que se produise un « acharnement thérapeutique » sur les malades, notamment en autorisant le testament biologique. Un premier pas peut-être vers la légalisation de l’euthanasie ? De même en ce qui concerne l’homosexualité, bien que le mot n’apparaisse pas dans le programme, le Pd s’engage à reconnaître un droit aux personnes vivants ensembles librement.
Un ambitieux projet écologique : rompre avec le tout pétrole. Pour le Pd, qui n’oublie pas le combat écologique, l’Italie doit être le pays du soleil. Le Pd s’engage à faire en sorte qu’au moins 20% de l’énergie soit produite grâce aux éoliennes et aux panneaux solaires. Le Pd propose aussi un plan qui permettra en dix ans de transformer les anciennes sources principales de chauffage des lieux publics et privés en sources se fondant sur les énergies renouvelables. Le Pd entend enfin rompre avec l’écologisme du refus en développant des infrastructures écologiquement soutenables, ainsi le Pd ne s’opposera pas à la création de la ligne TGV Lyon-Turin-Trieste.
Au plan strictement social, comme cela avait été déjà annoncé par le gouvernement Prodi à la suite des accidents meurtriers dans les usines Thyssen-Krupp du Nord du pays, le Pd propose trois mesures pour plus de sécurité au travail : la création d’une Agence spéciale dédiée à la sécurité ; primes aux entreprises qui investissent sur la sécurité ; indemnités rehaussées en cas d’accidents du travail. Ensuite, c’est la lutte contre le « piège de la précarité » qui apparaît comme essentiel dans le programme du Pd : toutes les périodes d’essai des contrats de travail seront allongées et l’Etat veillera à inciter les entreprises à embaucher par contrats à durée indéterminée. En outre, sera créé un fond de crédits réservé aux jeunes qui souhaitent créer leur entreprise et des aides de l’Etat seront versées aux PME. Les libéralisations de certains secteurs publics seront enfin envisageables ; de plus la gestion de la TV sera complètement revue pour éviter tout monopole de l’information.
Autre sujet important : l’immigration. Le Pd entend changer clairement la dernière loi sur l’immigration faite par la droite (la Bossi-Fini). Il faut s’engager à multiplier les entrées régulières et lutter contre l’immigration clandestine. Le Pd propose également le droit de vote pour tous les extracommunautaires aux élections municipales.
Enfin, le Pd entend mener une réforme institutionnelle de grande ampleur pour éviter à l’avenir toute crise de gouvernement identique à celle de janvier 2008 : une chambre de 470 députés élus selon des collèges uninominaux à deux tours, les députés seront désignés par des primaires internes aux partis avec une obligation de parité homme/femme ; le Sénat ne comptera plus que 100 membres représentants les régions. Le gouvernement se composera de 12 ministres et de 60 membres au maximum et n’aura besoin que de la confiance de la Chambre basse. L’opposition se verra doter d’un statut. Les jeunes de 16 ans auront le droit de vote aux élections municipales. Et, enfin, préoccupation majeure des Italiens (qu’avait cristallisé Beppe Grillo à l’automne dernier) : les citoyens condamnés pour de graves délits ne pourront pas se présenter aux élections quelles qu’elles soient.
Un programme donc qui tente d’apporter des solutions à l’ensemble des préoccupations des citoyens en se focalisant, bien sûr, sur les grands sujets : déficit public, sécurité au travail, droits et sécurité des personnes, environnement, entreprenariat et réforme institutionnelle. L’alternative réformiste qu’incarne le Pd est une chance. Les sondages donnent encore à l’heure actuelle gagnante la droite de Silvio Berlusconi, mais l’écart se réduit de jours en jours tandis que le nombre d’indécis augmentent. Berlusconi demande à l’Italie de se relever ? Walter Weltroni a répondu que l’Italie ne s’était jamais couchée, mais qu’elle était seulement lasse des mêmes tours de passe-passe politiques par les mêmes personnes depuis des années. L’Italie a besoin que s’ouvre une nouvelle saison politique comme l’a connu l’Espagne avec Zapatero ou la Grande-Bretagne avec Tony Blair. Cette volonté n’est pas une utopie, si può fare!