Crise financière internationale, croissance en berne : François Fillon propose la réforme choc : le changement de mode de scrutin des élections régionales
Qu'on se le dise, le gouvernement "réforme" et les Français veulent "des" réformes, voire "les" réformes, qui ne peuvent être proposées que par le gouvernement.
Les Français demandent des réformes à la fois justes mais aussi hiérarchisées, cohérentes...
Comme nous le répètent les hiérarques de l'UMP, ils ont compris le message des Français... En voici le meilleur exemple : les réformes essentielles du quinquennat ont été décrétées : outre la réforme de la carte électorale confiée à un spécialiste de la question (il a déjà participé au charcutage Pasqua en 1986), Alain Marleix, il s'agit de réformer... le mode de scrutin des élections régionales !
Si si, vous avez bien entendu. Dans cette interview invraisemblable (où il nous apprend en vrac que ces prévisions de croissance inscrites dans le PLF étaient mensongères, que les promesses de diminution des prélèvements obligatoires et de l’endettement public partent en fumée…), Fillon ne s’embarrasse même pas de justifications quelconques (représentatitivité démocratique, diversité des courants de pensée...) pour déclarer qu’il faut « réformer le mode de scrutin des élections régionales ». Il a même déjà sa solution toute trouvée : revenir au scrutin proportionnel à 1 tour. Bien entendu, la justification, tout le monde la comprend : il s’agit d’éviter à nouveau la Berezina de 2004 en faisant artificiellement gonfler le Modem et des partis d’extrême-gauche qui pourraient empêcher la gauche de s’imposer dans certaines régions.
Ce raisonnement est stupéfiant à au moins deux égards. Il part tout d’abord du principe que la victoire de la gauche en 2004 n’était pas tout à fait légitime, qu’il ne s’agissait pas (comme les municipales de 2008) d’un désaveu cinglant de la politique en place. Il n’hésite donc pas à utiliser des tripatouillages politiciens pour tenter de limiter la casse aux prochaines échéances. Mais c’est en réalité encore pire : le mode de scrutin actuel a été mis en place en 2003 par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, dont l’un des principaux Ministres était… François Fillon ! Ce mode de scrutin (mi-proportionnel, mi-majoritaire puisqu’il accorde une forte prime majoritaire à la liste arrivée en tête) avait été instauré pour de bonnes raisons : éviter l’ingouvernabilité – et les alliances UDF/RPR/FN – que l’on avait observées en 1998, mais pour aussi pour de mauvaises raisons : faire gagner la droite.
5 ans seulement après l’avoir modifié eux-mêmes, parce qu’ils n’en ont pas bénéficiés comme prévu, ils reviennent à nouveau sur le mode de scrutin, de façon en outre aussi tonitruante. Pourtant, il y aurait sans doute des éléments perfectibles dans la démocratie locale, régionale notamment. Il est vrai que la place de l’opposition est parfois trop faible, que les chefs d’exécutifs ont peut-être des prérogatives trop étendues… Non, Fillon fait le choix par cette manœuvre politicarde invraisemblable d’empêcher d’emblée tout débat.
Surtout, il démontre une fois de plus que le cap fixé par le gouvernement est désormais clair : il faut sauver l’UMP, la France, elle attendra.