Le scandale du permis de conduire

Aujourd’hui la voiture est devenue un outil nécessaire à la vie en société. Une des premières questions lors d’un entretien d’embauche est : « avez-vous le permis de conduire ? ». En province, c’est une nécessité pour se déplacer à tel point que l’on peut parler de nécessité pour remplir un droit constitutionnel qui est la liberté de circulation. Car, en effet, tout le monde n’habite pas à Paris où le réseau de transport public est très développé.
Mais passer le permis de conduire est un vrai parcours du combattant. Il faut, tout d’abord obtenir le code de la route. Pour se faire, le candidat doit se rendre dans une auto-école qui lui facture en moyenne 250 € pour un forfait code comprenant un nombre d’heures illimité pendant plusieurs mois et un seul passage au code (50€ supplémentaires par passage supplémentaire en cas d’échec). Ainsi, vous ne vous êtes toujours pas assis dans le siège du conducteur que vous devez déjà payer ! De plus, le temps d’attente pour passer le code est extraordinairement long. Si l’on ne passe pas par un processus accéléré dans certaines auto-écoles, on en a pour 3 mois car le nombre de places est réduit pour le passage et ce ne sont que les meilleurs qui peuvent tenter leur chance.
Ensuite, si vous avez eu de la chance et que vous obtenez, enfin, votre code de la route, vous allez pouvoir commencer à apprendre à conduire. Main attention, on passe d’abord à la caisse. Pour un forfait permis de conduire comptez minimum 500€ (en général, les forfaits comprennent code + permis et sont entre 700 et 1000€). Ce forfait permis comprend, la plupart du temps, 20 heures de conduite, la présentation à l’examen. A ce moment, les plus naïfs croiront qu’au bout de 20 heures, ils obtiendront le précieux sésame…Grave erreur ! Lorsque vous en serez à votre 18ème heure et même peut-être avant, le moniteur va vous expliquer que vous n’êtes pas prêt et qu’il faut faire des heures supplémentaires. Dans ce cas, observez la façon dont il vous dit cela. On a l’impression que c’est gratuit…Grave erreur ! Les heures supplémentaires sont facturées 30€ de l’heure dans le meilleur des cas. Comptez au minimum 5 heures supplémentaires et plus généralement 10 heures. On a donc 300€ à ajouter. Et là, c’est votre porte-monnaie qui prie de toutes ses forces pour que ce maudit permis, vous l’ayez du premier coup.
Dans le cas contraire, on recommence ! Le moniteur vous dit que vous ne deviez pas être prêt, au minimum, il faudra faire 2 heures de plus, évidemment à 30€, ce qui nous fait 60€ de plus au minimum car 5 heures c’est mieux que 2 ! Le passage du permis est encore une fois………payant ! Comptez 50€ minimum. Et là votre porte-monnaie pointerait une arme sur la tempe de l’inspecteur s’il le pouvait pour qu’enfin on vous le donne. Dans mon petit récit, j’ai bien évidemment évité de parler des temps record d’attente pour être présenté, pour le repasser ou même le recevoir, ce petit papier rose tant espéré. Finalement si on fait l’addition : si vous êtes chanceux et que vous obtenez tout du premier coup, vous en avez pour 1200€ en moyenne, si vous n’êtes pas chanceux, vous payez de 1500€ à 2000€ (limite arbitraire qui peut être explosée si vous êtes, décidemment, vraiment trop nul).
Le gouvernement propose, de manière très opportune, une réforme de ce permis de conduire archaïque. Il souhaite faciliter l’accès au passage du code, la conduite accompagnée, mettre en place une caution publique et modifier l’examen pour le rendre plus abordable par les nouveaux conducteurs et surtout augmenter le nombre d’examinateurs pour réduire les temps d’attente. Tout cela part certainement d’un bon sentiment mais c’est très incomplet. Il est vrai que réduire le temps d’attente est très important, mais ce n’est pas primordial. Le plus important est de réformer ce système injuste qui prend en otage des millions de jeunes. Lorsque vous êtes dans une famille dont les revenus sont de 1500€, comment financez-vous votre permis de conduire ? On me répond, le permis à 1€ par jour. D’accord, le jeune doit s’endetter avant même d’entrer sur le marché de l’emploi. C’est beau ! En ce qui concerne le permis plus facile, je ne suis pas sûr que les associations de prévention routière soient d’accord, ni les examinateurs d’ailleurs.
Osons une vraie solution juste ! Cette solution consiste à intégrer l’apprentissage du code de la route et de la conduite dans l’éducation nationale. En quoi cela consiste ? Les jeunes entre 16 et 18 ans passeraient leur code et apprendraient à conduire à l’école dans le cadre des lycées généraux et professionnels. Les jeunes auraient des cours de conduite comme les cours de maths ou de français, ils auraient la garantie d’obtenir leur permis en même temps que le baccalauréat ou leur BEP grâce à un contrôle continu. Comment fait-on pour les adultes et les jeunes déscolarisés ? Des centres nationaux dans les grandes villes permettraient d’obtenir le permis de conduire. Qu’est ce qu’on fait des milliers d’emploi dans le secteur ? Les mieux formés sont les mieux à même d’enseigner dans les lycées. Ainsi, les moniteurs d’auto-école obtiendraient un statut de professeur des écoles rémunéré de la même manière. Les patrons d’auto-école pourraient obtenir des postes d’encadrement des enseignants moniteurs. Les examinateurs chapeauteraient l’ensemble et feraient passer l’heure de conclusion d’apprentissage pour vérifier les acquis de l’élève. Il faudrait « fonctionnariser » 26.000 moniteurs. Comment le finance-t-on ? Aujourd’hui ce sont les jeunes ou les parents d’élèves qui paient. Le permis de conduire est indispensable pour avoir un emploi. Ainsi, les jeunes, en obtenant leur permis de conduire, contribuent à la croissance. Il est donc normal que tout le monde participe à cet effort. Cependant, avec la crise actuelle, il parait évident que tout nouvel impôt n’est pas le bienvenu. C’est pourquoi d’autres pistes sont plus légitimes. Depuis plusieurs années, on nous explique que les radars financent des politiques de sécurité routière, expression assez vague. Les radars pourraient financer en partie cette réforme. D’autre part, les autoroutes qui ont été privatisées encaissent avec peu d’effort de très fortes sommes, une petite partie de cette somme pourrait être prélevée pour permettre aux jeunes d’apprendre à conduire de manière plus juste et plus efficace. Le financement du parc automobile pourrait se faire avec des accords entre les constructeurs et l’Etat pour des tarifs préférentiels. Il faut aussi rappeler que certaines personnes ne trouvent pas de travail et sont incapables d’en trouver à cause de leur situation. On appelle cela, en général, le chômage naturel contre lequel il est presque impossible de lutter. Permettre à des personnes qui ne le pouvaient pas d’obtenir leur permis de conduire peut réduire en partie ce chômage naturel et donc réduire les allocations versées par l’Etat et augmenter les entrées d’impôt.
Alors pourquoi ne pas le mettre en œuvre dès demain ?
Guillaume B.
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