Même si l'avenir s'appelle Ségolène...
J’ai été déçu. Et j’ai peur. Sincèrement, j’ai jusqu’à maintenant douté de la capacité de notre candidate à concevoir un système de pensée cohérent. Douté de voir autre chose que de la provocation creuse. Douté de mon engagement, tellement Mme Royal me semblait aux antipodes de ma conception de l’éthique politique. Et je doute encore…
Mais quelque chose d’imperceptible est en train de faire chavirer la gauche réformiste, et ce quelque chose me fascine. J’ai tout à coup l’impression que l’image absolument ringarde qui lui collait à la peau (et accessoirement à celle de nos éléphants préférés) vient d’être balayé. Cette image tellement destructrice qu’elle a fait refleurir l’extrême gauche et qu’elle a poussé le prolétariat du tertiaire dans les bras de l’extrême droite.
Cette image, honnie de suffisance et d’indécent misérabilisme, est en train de changer.
Si je suis de gauche, c’est parce que je veux un parti de proximité, de compréhension, de respect et de tolérance. Certes, nous n’avons pas « le monopole du cœur », et qu’importe ! Nous avons celui de l’espoir ! Qui, et même à l’UMP, croit sincèrement que Nicolas Sarkozy nous mènerait vers des jours meilleurs ? Qui, et surtout à la LCR, croit concrètement qu’il peut apporter du bien être à notre société ? Qui, enfin, à la droite de la droite, a d’autres solutions que la haine ?
Le PS, c’est le seul parti qui défend la société dans son ensemble et sur tous les sujets. C’est le seul qui peut désamorcer les conflits que la droite est en train d’envenimer. Alors cela me fait mal de voir à quoi peut ressembler l’image d’un parti pourtant si pur dans ses idéaux.
Alors, si Mme Royal peut bousculer les vieux mythes de la gauche, et bien c’est tant mieux, et ce n’est pas la moindre des qualités. Je soutiendrai notre candidate non pas par dépit, mais parce l’avenir de la gauche m’enthousiasme.
Mais par pitié, et je m’adresse là surtout à ceux qui soutiennent fortement la candidate, méfiez-vous ! Nous avons tous à y perdre, si l’on rejette, dans l’emballement, ce qui fait la crédibilité du PS : sa compétence et son réalisme.
Que notre candidate garde ses marottes et ses phrases chocs, grand bien lui fasse ! Mais je commencerai à me poser des questions sur mon engagement socialiste si elle a la faiblesse de s’enfoncer encore une fois dans les marécages de la démocratie d’opinion.
Jean-Michel Charles