Mon grain de sel dans le poivre d'Arvor.
Par Hamou Bouakkaz, conseiller du maire de Paris et candidat suppléant aux élections législatives
L'émission "J'ai une question à vous poser" sur TF1 de lundi dernier a suscité beaucoup de remous sur les claviers et dans les cafés. Les habituels quolibets se sont mêlés aux louanges, aux chrysanthèmes de la veille ont succédé les pétales de roses, les sondages calamiteux font place aux estimations réconfortantes, bref le manège continue. Il faut bien que tout le monde mange sur les élections pendant 11 semaines encore.
Pourtant, dans cette avalanche d'articles, personne n'a relevé la façon dont Patrick Poivre d'Arvor a introduit la question qu'allait poser Bernard, en situation de handicap. Les uns ont trouvé Bernard courageux d'oser se montrer en public, d'autres ont remarqué la compassion de Ségolène Royal, mais personne n'a entendu que Bernard allait poser deux questions "spécifiques", dixit PPDA. Le chasseur, le chef d'entreprise, le parent de famille, tous posent des questions générales. La personne handicapée pose, quant à elle, des questions "spécifiques".
Les cinq millions de personnes handicapées pour PPDA, c'est du spécifique. Pas le million et quelque de chasseurs. Cette façon de voir est parfaitement emblématique de la place faite aux personnes
handicapées au pays de Tartuffe et des droits de certains hommes. Comme le dit Abd Al Malik : "c'est pas moi c'est les autres" ! Or le handicap ne choisit pas que les autres, il frappe chacun sans distinction de classe, de race, de sexe ou de religion. Il n'a donc rien de spécifique.
Il n'est pas non plus nécessairement une malédiction. Ou du moins, tant que les préjugés ne s'en mêlent pas. La personne handicapée n'est pas un malade en transition entre la guérison hypothétique et la mort. C'est un citoyen qui aspire à vivre, à produire, à créer. La France de 2007, décidément bien monocolore, n'attend pas mieux.