Mon ascenceur social il sent la pisse
"Dans mon quartier l'ascenseur social, il est bloqué au sous-sol et il sent la pisse". Ce bon mot de Djamel traduit la désillusion des habitants des quartiers populaires par rapport à la promesse républicaine d'égalité des chances. Tout le monde à gauche comme à droite parle de cela, mais le sujet est-il si consensuel ? L'analyse des projets sur l'éducation est à cet égard éclairante. Envers les catégories défavorisées, la droite manie la carotte pour les élites et le baton pour les autres alors que pour la gauche, la priorité est la lutte contre l'échec scolaire.
Dans son projet, l'UMP s'engage sur "une société du respect et de l'égalité des chances" (p.20). Le premier paragraphe s'appelle "Sévérité avec les délinquants". Puis viennent (j'en saute) "Protection des innocents" et last but not least, "Pour pouvoir demeurer en France, il faut respecter ses valeurs fondamentales" (on dirait du Sardou). Après ce long rappel sur la société du respect, arrive la partie sur l'égalité des chances. Cet extrait est révélateur de l'approche et des motivations de la droite :
Pour mettre fin à l’autocensure scolaire, les meilleurs élèves de chaque établissement scolaire, dans la limite de 5%, auront le droit, s’ils le souhaitent, de rejoindre une classe préparatoire aux grandes écoles. Ce mécanisme concernera tous les établissements scolaires, pas seulement ceux qui sont situés dans les zones difficiles, et constitue un puissant vecteur de promotion sociale et d’égalité des chances.
Diversifier le recrutement des élites est un enjeu déterminant. C’est un facteur de richesse pour toute la société. Comme l’écrivait un jour le prix Nobel français Georges Charpak, si la France ne recrute ses élites que sur 10% de sa population, c’est comme si sa population était de 6 millions de personnes, et non plus de 60.
L'accent est mis sur le recrutement des élites. Fait intéressant, au delà du critère d'équité (égalité des chances pour tous) les auteurs se sentent obligés de justifier cette démarche par un critère d'efficacité (facteur de richesse pour tous), non pas en utilisant une expression anodine qui ne convaincrait probablement pas le lecteur ou la lectrice moyen de programmes de droite mais en faisant appel à un prix Nobel. Par ailleurs, cette approche élitiste pose deux problèmes : que fait-on pour le plus grand nombre des élèves qui n'a pas vocation à faire partie de l'élite ? Dira-t'on qu'ils ont eu leur chance et qu'ils sont responsables de leur échec ? Le deuxième problème concerne les meilleurs élèves qui sont censés bénéficier de la mesure. Le projet ne semble pas s'occuper des conditions de leur réussite dans les classes préparatoires. La proposition s'inspire de l'expérience de Sciences-Po, à ceci près que les élèves recrutés en ZEP par Sciences Po intègrent l'école avec toutes les chances d'en sortir (13 élèves diplômés sur 15 dans la première promotion), pas une classe préparatoire. Le diagnostic est qu'il existe un biais social des épreuves de sélection et qu'il faut donc inventer une autre filière de sélection. Evidemment, de part le statut de Sciences Po, l'experience est par nature élitiste.
A l'opposé, dans le pacte présidentiel, la priorité des enjeux éducatifs (p.8) est clairement affichée :
Enjeux
Aujourd'hui, 150 000 élèves sortent du système scolaire sans qualification. L'école doit tenir la promesse républicaine d'égalité scolaire.
L'égalité des chances n'est pas restreinte au seul accès à l'élite. C'est en priorité l'échec scolaire qu'il faut prévenir. Le nombre d'élèves sortant du système éducatif sans qualification est très élevé en France par rapport aux autres pays de l'OCDE et notamment ceux qui ont les meilleurs résultats en terme de chômage et d'emploi. Le système éducatif français se concentre probablement déjà trop sur la sélection des élites par rapport au sort des personnes en situation d'échec. Il convient aujourd'hui, dans les termes du pacte présidentiel, de "s'attaquer à l'échec scolaire à la racine". Certaines propositions précises ("scolarisation obligatoire dès 3 ans", " Limiter à 17 le nombre d’élèves par classe en CP et en CE1 dans les ZEP et fixer la dotation aux établissements par élève en difficulté à 25% de plus que la dotation ordinaire") s'inspirent des travaux menés par Thomas Piketty. L'idée générale, chère à dsk, est une logique de prévention des inégalités sociales."
alors?
Que nous propose l'UMP? Un escalator, un escalier? Même pas. Une échelle de secours à l'américaine, un truc fait pour qu'on puisse sortir de l'immeuble, mais par où il est presque impossible d'y monter. Mais attention, interdiction de faire des rassemblements sauvages même sous ces escaliers, bande de racailles. Il ne peut s'agir que de discrimination positive, de mesures individuelles, un de ces trucs que Sarko adore parce qu'on redonne confiance dans le système sans rien changer à ses méfaits au fond.
Et pourtant, l'intégration, elle passe aussi par là. Peut-être même surtout. Parce que, tant qu'à imposer des tests de citoyenneté aux immigrés, y'a qu'à être logiques jusqu'au bout et les faire passer aussi à ces fameux français de souche, ou de racine. Le problème, c'est qu'on manquera de charters pour virer tous ceux qui échoueront...
En la atière, pour ne pas allonger encore ce post, je vous renvoie à la comparaison des projets des candidats en matière d'immigration (non actualisée, mea culpa).