Pourquoi Ségolène Royal a raison de proposer un plafonnement des frais bancaires
Ségolène Royal a récemment rappelé sa proposition, qui figure dans son Pacte présidentiel, consistant à plafonner les frais bancaires. Critiquée par certains, cette proposition a pourtant le mérite de répondre à un problème réel.
Nombreux sont aujourd'hui les clients de banques qui sont confrontés à une escalade injustifiée des frais bancaires (facturation des opérations, frais relatifs à la détention d'une carte bancaire, prélèvements multiples sur les abondements de produits d'épargne, etc.). Ces frais étant forfaitaires, ils sont d'autant plus douloureux pour les ménages modestes.
Pendant ce temps, les groupes bancaires français affichent des profits records qui ne sont aucunement liés à de réels succès économiques ou à des risques pris mais aux rentes que constituent ces banques par l'augmentation des frais bancaires. La clientèle des banques est en effet très peu "élastique" à ces augmentation tarifaires, compte tenu des contraintes imposées, du fait qu'elle a souvent souscrit des prêts qu'elle doit rembouser et du fait que toutes les banques pratiquent la même politique.
Les clients ne pouvant que difficilement quitter leur banque pour faire jouer la concurrence et les banques suivant toute cette politique, il incombe au politique d'intervenir à deux titres.
(i) Les pouvoirs publics doivent d'abord encadrer l'évolution des frais bancaires comme le propose Ségolène Royal.
(ii) Par ailleurs, cette mesure est indissociable d'une politique favorisant la concurrence au sein du système bancaire français. La modernisation du système bancaire français depuis la loi Bérégovoy de 1984 a débouché dans les années 90 sur un processus de concentration des banques avec la constitution de grands groupes bancaires (BNP Paribas, Crédit Agricole, etc.). Si l'emergence de groupes bancaires ayant la taille critique pouvait être justifiée, celle-ci a aussi limité la concurrence. On retrouve là l'ambiguïté de la dialectique économie de marché/capitalisme.
Il faut passer à un nouvel âge du système bancaire. L'ouverture européenne doit en constituer un levier. L'exception française de la gratuité des chèques/non rémunération des comptes courants a été remise en cause mais ce tournant peine à se traduire concrètement car les banques françaises ont convenu d'un commun accord de préserver de fait cette exception. La pénétration récente de caisses d'épargne espagnoles qui rémunèrent les dépôts à vue en France doit amorcer ce processus.
En engageant le débat et en formulant une proposition pertinente, Ségolène Royal est la seule candidate qui apporte une réponse à ce qui constitue un réel problème pour les milieux populaires et les classes moyennes.
Bastien Taloc