Le 7 juin, choisir entre l’Europe verte et l’Europe du déni

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


J’ai toujours dit que le pouvoir rendait fou, la preuve en est que notre cher politburo  m’a demandé d’écrire un article sur les propositions environnementales contenues dans le Manifesto du PSE. Que l’on soit clair : il ne s’agit pas d’un mauvais programme en soi. Je ne me lancerai pas dans une analyse détaillée de ces propositions (sachant bien qu’on fait campagne en poésie et on gouverne en prose) mais plusieurs points ont attiré mon attention. Pour commencer, je trouve incroyable que les différents partis de gauche gouvernementale d’Europe aient réussi à se mettre d’accord sur un programme commun, et c’est bien plus que ce que peut revendiquer n’importe quelle mouvance présente dans ces élections. Je trouve également impressionnant que les problématiques environnementales soient aussi présentes dans ce Manifesto, ce qui prouve que les opinions publiques sont de mieux en mieux sensibilisées à ce sujet. De plus, là où la politique environnementale du PPE consiste en une croyance béate en les bienfaits hypothétiques de la technologie (ce qui le rapproche beaucoup des Républicains américains), le Manifesto met en avant des objectifs ambitieux concernant la lutte contre le changement climatique et une éventuelle politique énergétique commune. Il s’agit, par exemple, de coordonner les politiques d’isolation des habitations. Une telle mesure peut paraître marginale à première vue, mais les études ont montré que c’est par l’isolation que les plus grandes économies d’énergie peuvent être obtenues. Ensuite, le PSE propose d’augmenter de 50% les dépenses de recherche et développement pour rattraper le retard sur les USA et permettre l’émergence de technologies plus propres. Il propose même, d’imposer des régulations plus contraignantes aux agriculteurs pour qu’ils participent à l’effort collectif pour construire les bases d’un nouveau modèle de développement.

On ne me fera pas dire que ces propositions, si elles étaient réalisées, ne constitueraient pas une réelle avancée. Cependant, ce programme est trop timide et ne va pas assez loin. Au lieu d’affirmer le leadership naturel et indiscutable de la gauche européenne sur les questions environnementales, le PSE a préféré pondre un texte marshmallow qui n’effraie pas l’électorat centriste soucieux de résoudre la crise économique avant toute chose. Or, ce que n’a pas compris cet électorat-là, et la gauche fait d’ailleurs un travail épouvantable pour le faire comprendre, c’est que la seule manière de sortir de manière durable de la crise est de changer notre modèle de développement, ce qui passe par une prééminence des problématiques environnementales à tous les niveaux. Non, environnement et économie ne sont pas incompatibles. Il y a des centaines de milliers d’emplois à créer en Europe en investissant dans les technologies « propres » qui peuvent également entraîner un cycle de croissance formidable sur le continent.

Là où le PSE pêche, c’est dans sa réduction des problématiques environnementales à la limitation du réchauffement climatique. Certes, il s’agit de la mère de toutes les batailles. Certes, c’est une des menaces les plus importantes et les plus difficiles à résoudre qui ne se soient jamais présentées face à nous. Mais il n’empêche que l’urgence de la situation sur plusieurs fronts devrait obliger à subdiviser la guerre en « mini »-guerres. Le Manifesto n’aborde que de façon élusive la question de la biodiversité, dont le récent rapport remis à Jean-Louis Borloo (http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=980) démontre l’importance économique (un coût de 14000 milliards d’euros par an si rien n’est fait) ainsi que l’étendue du chemin qui reste à parcourir pour sa protection. Ensuite, il n’aborde pas le problème, à mes yeux central, du soutien financier de l’Union à la naissance d’un nouveau modèle de société. Une résolution adoptée par le Parlement montre que celui-ci soutient « tous les efforts visant à augmenter et à concentrer les moyens financiers nécessaires pour renforcer le rôle de l'Europe en tant que chef de file de la lutte contre les effets du changement climatique ». En d’autres mots, il serait peut-être temps d’utiliser l’argent du budget communautaire pour modestement tenter de préserver le peu de futur qu’il nous reste plutôt que de maintenir le niveau de la production de Cabécous lesquels, bien que tout à fait délicieux, n’apportent qu’une plus-value économique et sociale pour le moins limitée… Encore en d’autres mots, nous sommes arrivés au point où il nous faut rediriger les fonds de la PAC vers un soutien massif à un développement durable. Ce sera certes douloureux, et je doute qu’on voit de sitôt un leader français assez courageux pour accepter un tel changement. Mais avons-nous réellement le choix ?

L’Europe a su se révéler un outil de progrès phénoménal dans de nombreux domaines comme la paix, la culture ou la défense des droits fondamentaux. Dans cette Europe-là, les socialistes européens ont toujours été une force de progrès et l’ont d’autant plus été qu’ils ne fuyaient pas devant un problème délicat. C’est avec un tel courage que nous, Socialistes, devons renouer si nous voulons apporter une réponse satisfaisante à ce défi dont nous ne faisons qu’effleurer la complexité. La politique de l’autruche prônée par les conservateurs montre qu’il est de notre responsabilité de faire face, seuls peut-être, mais courageusement et droits dans nos bottes. Notre Manifesto n’est pas parfait, certes. Pour être honnête, sa lecture me met régulièrement dans une rage dont la violence n’a d’égale que celle de Frédéric Lefebvre à qui on aurait posé une question intelligente. Il a néanmoins le courage, alors que la droite sombre dans sa bigoterie technologique, de poser les vraies questions et de proposer des mesures pour défendre notre futur à tous.

Le vote du 7 juin donnera le choix entre deux modèles de société. Le notre, le seul qui soit durable, doit l’emporter. Ce vote donnera une réelle orientation politique à l’Union européenne car il déterminera, outre la composition du Parlement européen, qui dirigera la surpuissante Commission. Voter à gauche en juin, c’est préparer le terrain pour un véritable coup de fouet environnemental en provenance de Bruxelles, lequel serait plus que bienvenu dans certains pays dont les dirigeants se distinguent entre autre par leur défaillance idéologique sur le sujet (la France, pour ne citer qu’elle).

Nous avons le devoir d’être courageux. Et le courage, aujourd’hui, c’est d’aller à l’idéal et de changer le réel.

                                    Romain

PS : voici une vidéo de campagne du PS pour les Européennes. On peut pas dire que ça se distingue par la profondeur de l’argumentaire, mais c’est sympathique ;)


PPS: Mon allusion aux Cabécous n’avait en aucun cas le but de blesser, et surtout pas les producteurs, qui ont toute mon admiration (étant moi-même un grand consommateur).

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Sof 05/05/2009 15:13

Si vous vous ennuyez, voici un excellent blog sur les élections européennes : http://politiquepingpong.blogspot.com

Les Bisounours en folie 05/05/2009 10:57

Ah mes amis de l'UMPS

Le PS tape sur l’UMP, qui tape sur le PS, qui tape sur l’UMP… Que se passe-t-il vraiment dans l’hémicycle européen une fois que droite et gauche ont fini leurs chamailleries électorales ?

Une étude portant sur le sens des votes des groupes politiques au Parlement européen pourrait faire grand bruit (…) Jusqu’ici, personne ne s’était livré au travail de recension des votes de chaque groupe puis à leur comparaison.

L’étude à venir porte sur l’année 2008. Elle fait apparaître que le groupe des partis de centre-droit en Europe (dont l’UMP pour la France) et le groupe PSE (socialistes) ont voté dans le même sens sur 97% des textes examinés par le Parlement européen. Un score digne de l’ex-Union soviétique. Droite et gauche au Parlement européen ne se sont opposées que dans 10 cas sur 535 votes.
En 2008, les partis européens de “droite” et de “gauche” ont voté dans le même sens sur 97% des textes examinés par le Parlement européen.

Constatant déjà la convergence de leurs politiques au plan national, Max Gallo avait un jour résumé en disant qu’ « ils se chamaillent sur le perron pour faire oublier qu’ils se partagent la maison ». Le fait est qu’ils soutiennent constamment les mêmes traités et aujourd’hui le même M. Barroso pour un nouveau mandat à la tête de la Commission.


Après on s'étonnera des réflexions poussées chez les gens qui votent-bien : " on ne peut rien faire, c'est comme ça , faut faire avec " ... puisqu'on vous le dit !!!