Immigration : de la politique spectacle française à une industrie européenne des expulsions ? Le Parlement Européen réalisera-t-il le rêve de Sarkozy ?
On connaissait la politique spectacle du gouvernement français avec ses objectifs de 25 000 expulsions et 125 000 interpellations par an, qui ont pour seul objet de brosser l’électorat dans le sens du poil de sa xénophobie. Cette politique du chiffre à la fois irrationnelle et inhumaine a pour conséquence d’engendrer des drames quotidiens, des re-expulsions de migrants dans des pays où ils sont effectivement en danger (Darfour…), et de faire vivre dans la terreur 400 000 personnes mises hors du droit par des lois de plus en plus restrictives et répressives.
Cette politique risque de prendre une nouvelle dimension avec le projet actuel de « directive retour » qui sera soumise au Parlement européen au mois de janvier 2008.
La proposition de la Commission vise à harmoniser les politiques d’immigration sur le volet répressif (lutte contre l’immigration clandestine) et s’inscrit ainsi dans la continuité des politiques européennes depuis 1999 et le traité d’Amsterdam qui sont principalement marqué par la restriction de l’accès du territoire et l’externalisation des procédures et contrôles.
La directive prévoit notamment de fixer la durée de rétention à 18 mois l’enfermement des personnes étrangères va devenir le mode normal de gestion des migrations en Europe » – un alignement sur le modèle de Maltes qui détient systématiquement les demandeurs d’asile pendant 12 mois. (en France elle est pour l’instant de 32 jours, dans d’autres pays elle peut être illimitée), ce qui selon Caroline Intrand, (responsable des questions européennes à la Cimade) « signifie qu
Par ailleurs, les mineurs pourront désormais être enfermés et expulsés, chaque mesure d’éloignement sera systématiquement assortie d’une interdiction de retour sur le territoire européen, le droit des accords de réadmission est légitimé ainsi que les charters communautaires, l’action du Frontex.
D’après Caroline Intrand, « on est arrivé ici à un point de rupture : auparavant, il s’agissait avant tout de politique spectacle (regardez en France, on nous annonce un nombre de personnes à expulser) ; maintenant, on se rend compte que les instruments existent pour remplir effectivement ces objectifs. »
Sophie Banasiak