Quelle attitude de la part du PS vis-à-vis de lUDF ?
Un moi et demi avant l’élection présidentielle, le dernier sondage en date plaçait Ségolène Royal et François Bayrou à égalité avec 23% des intentions de vote. Une déduction rapide : la candidate socialiste et le candidat démocrate-chrétien ont a priori les mêmes chances d’arriver au second tour face à Nicolas Sarkozy. Ségolène Royal a un léger avantage : son électorat potentiel est moins volatile alors que celui de François Bayrou compte en fait beaucoup d’indécis.
Ne nous fions pas aux sondages, ils ne servent que d’indications et ne présagent en rien de la réalité. Néanmoins, nous ne pouvons pas nier une forte remontée de l’UDF dans les sondages et sur le terrain. Par exemple, dans le XIe arrondissement de Paris, où les seuls tractages étaient réalisés par les militants du PS et du PCF, depuis peu, nous avons aussi la concurrence des militants de l’UDF qui semblent bien décidés à toucher l’électorat populaire.
Comment expliquer une telle remontée ?
Il faut être honnête. Le programme de François Bayrou n’est pas un programme de droite. Économiquement et socialement, c’est un programme particulièrement proche de celui de l’Ulivo (alliance des Democratici di Sinistra –ex-communistes italiens, sociaux-démocrates- et de
Le programme de l’UDF est un programme réellement centriste. Si les sujets concernant les mœurs sont clairement connotés à droite, les sujets économiques et sociaux frôlent les idées sociales-démocrates. En ce qui concerne des sujets éminemment politiques comme l’Europe, le programme de l’UDF est bien de gauche. Cela ne sert à rien de dire que l’UDF est de droite si ce n’est à lui offrir des voix et à la rapprocher de l’UMP alors que justement François Bayrou a clairement refusé un rapprochement avec Nicolas Sarkozy. Rappelons d’ailleurs que la nouvelle ligne de l’UDF s’est d’abord constituée en réaction à la droite avant, dans une logique purement centriste, de se mettre en porte-à-faux avec la gauche. Souvenons-nous qu’au moment du CPE, l’UDF s’est fortement fâchée avec l’UMP et que des mains ont été tendues au PS… Toujours rejetées, certes.
La stratégie de l’aile gauche du PS qui depuis quelques semaines se focalisent sur l’UDF est suicidaire. À faire passer François Bayrou pour un homme de droite, l’aile gauche du PS donne une image du PS totalement archaïque, non-réformiste et incapable d’incarner le changement social. Ne nous trompons pas d’ennemi : l’adversaire de la gauche, c’est l’UMP, pas l’UDF. À ne pas nous concentrer sur un seul adversaire, nous jouons un jeu dangereux, celui de la dispersion et de la confusion. Chaque attaque contre l’UDF est une voix perdue pour la gauche.
Si la percée de l’UDF ne doit pas être négligée, Nicolas Sarkozy et son idéologie sécuritaire et de casse sociale restent le principal danger. N’oublions pas non plus le FN. C’est lorsque nous entendons le moins parler de l’extrême-droite qu’elle est la plus dangereuse. Jean-Marie Le Pen n’est pas encore politiquement mort et il semble bien plus cohérent de mener un combat politique contre le FN que contre l’UDF. Des priorités existent à gauche, et les crispations idéologiques de certaines personnes dans notre parti ne doivent pas nous détourner de notre objectif unique : battre la droite, faire gagner la gauche.
Car rappelons-le, la gauche démocratique joue gros à cette élection. Nous devons gagner ces élections car un gouvernement de droite présidé par Nicolas Sarkozy pendant cinq ans serait pire pour
Enfin, si ces élections sont importantes pour
La gauche a donc un devoir de victoire et ce devoir de victoire passe aussi par la constitution de nouveaux amis, surtout lorsque ceux-ci ont changé. Une France plus juste, c’est une France plus forte. Mais une France plus juste gouvernée par les socialistes passe aussi par un travail de réflexion et de modernisation de nos idées. Aujourd’hui, notamment au regard de la récente expérience italienne, être socialiste n’exige pas un rejet unilatéral du centre politique.
Diego Melchior