L'introuvable ouverture

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

La politique d'"ouverture" instaurée par le Président de la République (et nous n'en serions qu'au début!) mérite à tout le moins des guillemets. En quoi? En ce qu'il apparaît que le terme ne renvoie objectivement à une aucune réalité politique.

Penchons-nous en effet sur le sens des mots. Une telle entreprise ne se révèle jamais inutile pour distinguer la justesse de la tartufferie. Qu'est-ce que l'ouverture, sinon le "fait de rendre accessible, à quelqu'un ou à quelque chose, quelque chose qui ne l'était pas", si l'on en croit la cinquième édition du dictionnaire de l'Académie française, dont les membres ne sauraient raisonnablement être taxés d'antisarkozysme primaire?

Or, suivant à la lettre cette définition, peut-on considérer à ce jour que l'apport des ministres d"ouverture" fut tel qu'il permit de "rendre accessible" une inflexion - même légère -  de la politique gouvernementale Ouverture.JPGoriginellement définie par Nicolas Sarkozy? A-t-on noté la marque d'une sensibilité social-démocrate à travers les projets de loi proposés par l'exécutif? La réponse est hélas limpide: que nenni!

Il suffit simplement de considérer la philosophie des premières décisions du mandat sarkozyste pour constater qu'elles portent toutes en elles le sceau d'une droite "décomplexée". Du détricotage des 35 heures au paquet fiscal, du fameux amendement Mariani à la loi de rétention de sûreté, il semble clairement que chacune de ces mesures puise sa source bien loin de l'esprit de Jean Jaurès, nouvelle idole présidentielle au demeurant.

Il ne s'agit point de dénoncer le concept d'ouverture per se, pouvant s'avérer fécond s'il repose sur un projet de société - voire de civilisation (le terme étant à la mode) - partagé par tous les membres de l'exécutif, mais juste de remarquer qu'il n'est en l'occurrence guère mis en œuvre.

Car il est un fait qui se dégage aujourd'hui de façon flagrante: les transfuges nommés par le Président se sont davantage fait remarquer par l'absurdité de leur contorsions que par la solidité de leurs convictions. Cela les regarde, me direz-vous? Certes, mais l'enjeu les dépasse.

Puisqu'en étant habilement parvenu à créer une opposition de pacotille au sein de sa propre cour, Nicolas Sarkozy a réussi le tour de force d'ôter au Parlement l'ultime grande force qui lui restait, à savoir celle de constituer l'espace fondamental du débat démocratique.

C'est ainsi qu'au travers d'un discours fédérateur, le Président aura réussi à berner une certaine gauche - et c'est de bonne guerre - dans le seul but d'accroître ses pouvoirs. Alors, "ouverture" ou pas? Toujours selon la cinquième édition du dictionnaire de l'Académie française, une telle attitude semble plutôt confiner à l'imposture.

Clara 
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