Sarkozy donne le mal de mer
Quand on aborde lla question des marins-pêcheurs, on ne peut pas oublier le discours scandaleux du 3 avril dernier prononcé à Lorient par le candidat Nicolas Sarkozy. Discours au cours duquel Nicolas Sarkozy n’hésitera pas à légitimer la violence des marins-pêcheurs qui n’est pas à mettre sur le même plan selon lui que celle des « voyous ». Rappelons que ces braves citoyens néanmoins marins-pêcheurs sont notamment fortement suspectés de l’incendie du Parlement de Bretagne dans les années 1990 et de récurrents saccages de bâtiments de l’Etat.
Ayant crié son amour à leurs méthodes exemplaires, Nicolas Sarkozy a donc décidé de s’impliquer directement, dès le troisième jour de « conflit » dans le dossier des marins-pêcheurs confrontés à la hausse des prix du carburant.
Ces braves amis l’ont accueilli d’abord en insultant le Président de la République, ce qui venant de leur part, est tout à fait exemplaire et compréhensible d'après la philosophie guainisto-sarkozienne. Rien à voir évidemment avec la vulgarité d’un jeune Français issu d’une cité populaire, qui n’est qu’un voyou méritant la 6 mois de prison ferme pour outrage, majeur ou pas ! Si Nicolas Sarkozy a répondu vivement (quoiqu’en bégayant) à son interlocuteur, la suite de leurs entrevues a largement changé de ton. Le chef de l’Etat a tout simplement cédé, en moins d’une heure, à absolument toutes les revendications des marins-pêcheurs, même les plus discutables, pour ne pas dire condamnables.
Le sabordage programmé de la Sécu
Si les marins-pêcheurs (du moins la "base) ne sont pas encore rentrés dans leur rang, c’est conforme à leur stratégie du « toujours plus ». Parce qu’ils ont déjà tout gagné, en deux jours seulement de « lutte ». Le porte-parole de leur mouvement, Philippe Le Moigne, ne s’y est pas trompé, en déclarant : «Ce qu’il a proposé recoupe exactement, presque mot pour mot, les revendications exprimées à Lorient samedi dernier».
Pour preuve, une décision invraisemblable prise par le chef de l’Etat : une exonération totale des cotisations patronales durant six mois et renouvelable sans limitation de durée (jusqu'à ce qu'un compromis soit trouvé en réalité). Interrogé par un pêcheur, Nicolas Sarkozy n’a même pas hésité, dans la foulée, à accorder en sus l’exonération de toutes cotisations salariales. Si Nicolas Sarkozy estime le coût à 21 millions €, d’autres le chiffrent à près de 50 millions €. Autant de manque à gagner pour la Sécurité sociale, qui accuse déjà un déficit de 12 milliards €.
Assistanat ?
Puisque l’éternel candidat Sarkozy refuse de sortir de la campagne électorale, rappelons-lui encore ses discours de campagne où il lançait à la vindicte les prétendus assistés et vantait les mérites du mérite. Les marins-pêcheurs font d’ores et déjà partie des professions les plus subventionnées par l’Etat. Ils bénéficient par exemple d’un financement étatique très important pour leur approvisionnement en fioul (qu’ils paient 0,3 € le litre au lieu de 0,6 €). Pourquoi donc leur distribuer des aides supplémentaires sans leur demander de contrepartie ?
Le Grenelle de l’environnement, c’était il y a longtemps déjà…
Depuis plusieurs années, avec la complicité des pouvoirs publics, les pêcheurs se sont par ailleurs entêtés dans une pêche extensive, qui a pillé les fonds marins, contribuant à des quasi-disparitions de certaines espèces, comme le thon rouge, et par extension à une interdiction totale de leur collecte et une remise en cause de la pêche de manière générale.
Sans remettre en cause ce modèle de pêche (par exemple en insistant sur la nécessité des circuits courts), Nicolas Sarkozy s’est au contraire contenté de distribuer à nouveau les subventions publiques à nouveau, en prévoyant un « plan de sauvetage et de modernisation » de la flotte qui devrait au bas mot coûter plusieurs dizaines de millions d’Euros. Il a ensuite évoqué une forme de taxe sur le poisson « vendu à l’étal » qui inclurait le coût du carburant. Au-delà de la probable incompatibilité de cette mesure avec le droit communautaire, on est frappé par cette réactivité sans bornes du chef de l’Etat sur un sujet qui vient d’exploser il y a deux jours.
Corporatistes de toutes natures, faites comme les marins-pêcheurs !
Cette liste de cadeaux que le Père Noël Sarkozy a apporté aux marins-pêcheurs au delà de son caractère inopiné et disproportionné est un très étrange message adressé à l’ensemble des Français. Toutes les professions ne mériteraient-elles pas la même considération ? Tout le monde doit-il céder aux actions violentes prônées par les marins-pêcheurs (encore 4 blessés ce jour) pour se faire entendre et recevoir la visite du Président Sarkozy ? Rappelons encore que les blocages de port organisés par les marins-pêcheurs, se font sans préavis et souvent dans une violence sourde, que les dégâts sur les bâtiments publics sont souvent nombreux, bien loin du pacifisme des grèves prévues à l’avance qui prennent soi-disant « en otage ».
Sarkozy ne se reconnaît que dans cette forme d’agitation médiatique qui veut tout écraser son passage. Il donne surtout l’impression d’une gestion aggravant l’impression d’une réactivité et d'une capacité de négociation à géométrie variable. D’un côté, des salariés en grève méprisés par le pouvoir, stigmatisés comme des « privilégiés » et à qui on offre une « négociation » dont l’issue est déjà fixée. De l’autre, une corporation agissante et parfois violente (même si l’on oublie pas le caractère pénible de leur travail) qui sans aucune négociation se voit attribuer des avantages exorbitants. Pourquoi les premiers ne souhaiteraient-ils pas se retrouver dans la situation des derniers ? Pourquoi des Ministres sont-ils encore nécessaires ? L’action de l’Etat est-elle un tout homogène ou ne s’agit-il que de contre-feux médiatiques incohérents ?
Au-delà des questions spécifiques de ce dossier, c’est tout le sens de l’action publique qui est aujourd’hui mis à mal par cet activisme frénétique.
«J’aurais pu être pêcheur vous savez » a déclaré Nicolas Sarkozy aujourd’hui dans un élan de démagogie populacière dont il a seul le secret. On aurait été tenté d’ajouter : si seulement…