Le gouvernement va-t-il liquider l’esprit de novembre 2007 ?
La semaine prochaine s’annonce particulièrement agitée sur le plan social. Le gouvernement et notamment François Fillon (qui essaie aussi d’exister par la même occasion) paraissent presque s’en féliciter. Ils ont envie de prendre une forme de revanche sociale sur les mouvements de 1995 qui contribuèrent à bloquer le pays en raison de l’autisme du Premier ministre « droit dans ses bottes », Alain Juppé. La tactique sera donc la suivante : jouer l’ « opinion » (sous-entendu les sondages) contre la « rue ». Tenter de délégitimer au maximum la totalité des mouvements en les catégorisant comme de simples agitations « corporatistes » pour éviter à tout prix l’enlisement et la hantise de tout gouvernement de droite, très perceptible en 1995, la « grève par procuration ».
Puisque Sarkozy en revient systématiquement à la campagne durant laquelle « il aurait tout dit », rappelons également ce que nous avions dit, à savoir que Sarkozy souhaite opposer les Français les uns avec les autres. C’est exactement ce qui est en train de se passer et qui génère ce mécontentement social généralisé. Comme on l’a évoqué ici, Sarkozy a fait preuve d’une étrange implication et mansuétude à l’encontre de certaines revendications catégorielles (comme celle des marins-pêcheurs) quand il en ignore totalement d’autres. Comment voudrait-il que cela ne fasse pas, sans mauvais jeu de mot, tâche d’huile alors que les mécontentements, notamment concernant le pouvoir d’achat, sont multiples ?
Pourquoi certains régimes spéciaux bénéficient-ils d’un régime spécial ?
La réforme des régimes spéciaux était présente dans le pacte présidentiel de Ségolène Royal. Cette réforme doit être faite, en raison principalement du déséquilibre entre cotisants et retraités. Mais pourquoi diable avoir isolé ce problème à certains régimes spéciaux, qui ne concerne que 6% de l’ensemble des retraités, alors que la réforme de 2003 prévoit une renégociation dès l’année prochaine (2008) ? N’y avait-il pas réforme structurelle plus urgente, priorité plus évidente ? En réalité, si la stratégie du gouvernement se situe bien dans cette revanche sociale évoquée au départ, c’est que la majorité a choisi délibérément de pointer du doigt une catégorie de Français pour les lâcher à la vindicte populaire, en les catégorisant comme des « privilégiés ». Or, si l’on avait fait une réforme d’ensemble, en remettant tout à plat, comme le réclame le PS, on aurait pu précisément introduire la notion de pénibilité pour l’ensemble des métiers, en intégrant ceux qui au sein des régimes spéciaux méritent d’être encore concernés comme pénibles. On aurait aussi pu mettre sur la table des négociations la possibilité de taxer davantage les revenus financiers (et notamment les stock-options), ce que le gouvernement a refusé de faire pleinement, alors qu’il s’agit de l’une des recommandations du dernier rapport de la Cour des comptes.
Cette réforme globale aurait permis d’éviter la stigmatisation détestable d’une catégorie de salariés à laquelle on assiste et de ne pas ouvrir tout le temps les mêmes chantiers, puisque Xavier Bertrand a indiqué que la pénibilité serait prise en compte, mais dans la réforme de l’année prochaine… Elle aurait en outre permis d’éviter les négociations à la petite semaine, comme celle qui s’est déroulée avec l’un des syndicats les plus corporatistes, la FGAAC, afin d’atténuer considérablement les bénéfices de la réforme.
La fonction publique abandonnée et méprisée
Un mot d’ordre de grève a été lancé par toutes les confédérations de fonctionnaires pour le 20 novembre prochain. Il ne s’agit pas seulement d’un malaise dans la fonction publique mais d’un sentiment d'oubli et de mépris de la part du gouvernement. Et cela a gagné toutes les branches de la fonction publique, de la fonction publique d’Etat aux personnels hospitaliers en passant par les gendarmes et les policiers.
Commençons précisément par ces derniers. Alors que le « travailler plus pour gagner plus » est le leitmotiv quotidien et la seule réponse à la principale préoccupation des Français sur le pouvoir d’achat, un stock de sept à huit millions d’heures supplémentaires effectuées par les policiers n’a pas été payé aux agents. On pourrait continuer avec la fonction publique hospitalière où les heures supplémentaires impayées sont également légion. Plus généralement, c’est donc d’un véritable mépris d’Etat dont sont victimes aujourd’hui les fonctionnaires. Suppressions d’emploi à courte vue (11 000 dans l’Education nationale, 10 000 au sein de la police nationale alors que Sarkozy a augmenté les effectifs d’au moins 20 0000…), aucune volonté de négociation sur la rémunération et le déclin de leur pouvoir d’achat, on peut aisément comprendre que les fonctionnaires soient contraints à ce moyen de derniers recours.
La justice face à un sentiment et à un risque d’injustice(s)
Nicolas Brien a déjà exprimé ici la nécessaire réforme de la carte judiciaire. Il détaille également les modalités d’une juste réforme. Mais la Ministre de la Justice actuelle a été non seulement capable de générer une grève générale des professions de justice le 29 novembre prochain, du jamais vu depuis près de 15 ans, mais aussi la capacité à dresser contre elle une bonne partie des parlementaires UMP, au point que ceux-ci menacent même de ne pas voter le budget de la Justice. La réforme actuellement menée au pas de charge par la Garde des Sceaux est tout aussi bien dirigiste que clientéliste. Comment expliquer effectivement que le TGI de Tulle, ville chef-lieu de Corrèze soit menacée de fermeture tandis que le TGI de Meaux est conservé ? Peut-être parce que la première ville est dirigée par François Hollande et l’autre par Jean-François Copé ? En tout état de cause, en l’absence totale de concertation, cette réforme donne l’impression de décisions à la serpe, sans aucune prise en compte des contre-propositions solidement argumentées des élus locaux.
Par ailleurs, au-delà de cette situation volontairement conflictuelle choisie par Mme Dati, c’est le mépris généralisé dont sont victimes les professionnels de la justice qui est aussi l’une des raisons de leur colère légitime. Les élus PS sont en tout état de cause à leurs côtés dans ce combat.
La réforme des universités doit-elle être bloquée ?
Le PS, en tant que principal parti d’opposition et de gouvernement ne peut souhaiter un blocage dur de la société française. L’économie, la vie quotidienne et par ricochet la situation de nos concitoyens, déjà terriblement dégradée par l’action de cette majorité au pouvoir depuis cinq ans et demi, s’en trouverait encore aggravée. En revanche, les socialistes constatent que les motifs de mécontentement sont souvent légitimes et surtout se rendent compte que contrairement à l’adage habituel, ce ne sont pas tellement les syndicats qui veulent la grève mais le gouvernement qui veut l’affrontement. On ne rappellera jamais assez qu’une grève, si elle peut-être pénible pour les personnes qui en subissent les conséquences, est avant tout un engagement fort aussi bien du point de vue temporel que financier (journées de grève ne sont pas payées contrairement à une légende urbaine entretenue à dessein par l’UMP). Et que le nombre de journées de grèves, contrairement à une autre légende droitière est en baisse constant depuis vingt ans.
Le PS n’a pas vocation à être la remorque des mouvements sociaux. Ce sont les syndicats et les forces sociales qui doivent avant tout se mobiliser. Cela ne doit toutefois pas empêcher les socialistes d’être à l’avant-garde de ces mouvements. Autrement dit d’agir comme si nous étions aux responsabilités, à savoir de proposer une alternative crédible aux actions de la majorité UMP. Afin de liquider la période de mise en liquidation de la France.