La Marseillaise et l'Internationale sont-elles incompatibles?
Dimanche dernier, c’est la Marseillaise qui a clôt le meeting du Parti Socialiste porte de Versailles. Evidemment ce choix a entraîné des commentaires à la Gauche comme à la Droite de l’échiquier politique.
A chaque fois que la Gauche essaye de s’approprier un symbole national, que se soit le drapeau tricolore ou la Marseillaise, la presse et la classe politique de droite comme d’extrême gauche crient à la tentation de l’extrême droite. On peut citer Besancenot, qui a déclaré dimanche : «Ça me choque et ça me fait flipper. Il y a [ la Marseillaise] , plus l'identité nationale, plus les drapeaux [...], ça crée un petit climat.»
Un chant réservé à l’extrême droite ?
Bon je ne voudrais pas faire ma Sciences Po et imposer aux lecteurs de ce post un cours d’Histoire, mais je tenais quand même à rappeler quelques faits. Premièrement, l’idée de nation est historiquement une valeur de gauche. En 1789 l’emblème de la nation c’est les soldats de l’an II et la victoire de Valmy. Ce sont des symboles chers aux députés assis à gauche de la toute jeune assemblée et pas aux députés assis à droite de la tribune. Rappelons aussi que La Marseillaise est déclarée chant national le 14 juillet 1795, soit après 1793, date fatidique sur laquelle se divise aujourd’hui encore Droite et Gauche. La Droite ayant reconnu la Révolution Française jusqu’en 1793, considérant que suit ensuite un régime de Terreur, la Gauche considérant la Révolution Française comme un tout jusqu’en 1799.
Bon j’ai fini avec le cours d’Histoire, nous pouvons retourner au débat politique.
Mais aujourd’hui, me diront certains, la Marseillaise c’est l’hymne de Le Pen et De Villiers, du colonialisme et du chauvinisme. Citons dans ce sens Laguiller qui a déclaré « La Marseillaise a été un chant révolutionnaire pendant la Révolution Française, mais après, c'est le chant qui a accompagné toutes les guerres coloniales, qui a accompagné le massacre des communards[1].» En suivant une telle logique, on comprend qu’utiliser ce chant serait faire le jeu de l’extrême droite.
A cela il faudra qu’on m’explique en quoi M. Le Pen ou M. Philipe de Villiers de son vrai nom Philippe Le Jolis de Villiers de Saintignon sont plus légitimes que les socialistes pour chanter la Marseillaise. C’est vrai ce Monsieur, noble et vendéen, est très bien placé pour revendiquer l’héritage de la Révolution Française ! L’hymne national est un chant révolutionnaire qui prône l’égalité (couplet IX « chaque citoyen respire //Sous les lois de l’Égalité ») et l’abolition des privilèges s’il doit être réservé à une catégorie politique c’est de la Gauche dont il s’agit.
Un chant pas assez internationaliste ?
Olivier Besancenot, dans une interview à la Télélibre.fr[2] a déclaré « C’est pas la Marseillaise ma chanson préféré c’est l’Internationale ». Il y aurait un donc un champ réellement internationaliste d’un côté et de l’autre un autre coincé entre les six faces de l’hexagone. La meilleure réponse à ce tissu d’âneries ? Une étude de texte :
VIII
« Nous avons de la tyrannie
Repoussé les derniers efforts ;
De nos climats, elle est bannie ;
Chez les Français les rois sont morts. (Bis)
Vive à jamais la République !
Anathème à la royauté !
Que ce refrain, partout porté,
Brave des rois la politique.
Aux armes, citoyens ! Etc. »
IX
« La France que l'Europe admire
A reconquis la Liberté
Et chaque citoyen respire
Sous les lois de l'Égalité ; (Bis)
Un jour son image chérie
S'étendra sur tout l'univers.
Peuples, vous briserez vos fers
Et vous aurez une Patrie !
Aux armes, citoyens ! Etc. »
La Révolution Français, il faut apparemment le rappeler à M. Besancenot, a toujours eu une vision internationaliste. Elle souhaitait que les trois valeurs Liberté/Egalité/Fraternité « partout porté[es] » « s’étend[ent] sur tout l’univers ». Il suffit de lire la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen pour comprendre cette évidence.
Alors l’Internationale et la Marseillaise, des chants incompatibles ? Pas le moins du monde à mon avis : ils représentent tous deux les espoirs d’une époque et ont leur place l’un à côté de l’autre. La preuve lors des meetings des jeunes socialistes, nous avons une fâcheuse tendance à chanter les deux à la suite !
Patricia Perrenes.